Vacances à Paris

Réalisé par Blake Edwards (1959)

Comédie
Vacances à Paris
Durée 93 minutes
Sortie 31/03/1959
Note 6/10

L’armée américaine a envoyé une centaine d’hommes en mission au pôle Nord pendant un an. Au bout de quelques mois, le moral dans cette station isolée est au plus bas. La psychologue lieutenant Vicki Loren soumet alors un projet a priori infaillible à ses supérieurs : offrir à l’un de ces hommes la permission de ses rêves, dont il partagera ensuite les souvenirs avec les soldats restés sur place. Mais ce plan ingénieux est vite torpillé par le caporal Paul Hodges, le seul à avoir été envoyé de force en mission arctique, à cause de ses histoires de femmes notoires. Il exige non seulement que cette permission idéale se déroule à Paris en compagnie de la vedette de cinéma Sandra Roca. Il réussit aussi à se débrouiller pour remporter la loterie qui désigne l’heureux représentant de sa compagnie.

La critique

Par Tootpadu 22/09/2011

Les mœurs ne sont plus ce qu’elles étaient il y a un demi-siècle. Parfois, cette comédie campe par conséquent sur ses positions d’une pudibonderie gentiment désuète. La prémisse de Vacances à Paris est en effet trop ancrée dans une époque, où il ne fallait pas toucher à l’institution sacro-sainte du mariage et où tout ce qui avait trait à la sexualité devait être insinué à demi-mot plutôt que d’en parler sans complexe. L’heure n’était pas encore à la révolution sexuelle survenue une décennie plus tard et le style enjoué, avec une pincée de vulgarité innocente, du scénario signé Stanley Shapiro laissait au mieux présager les histoires à peine plus osées du tandem Doris Day / Rock Hudson, dont il allait bientôt imaginer les quiproquos rocambolesques. En tant qu’instantanée des contraintes morales d’une époque révolue, ce film remplit donc parfaitement son rôle, tandis que cette même valeur représentative le vieillit irrémédiablement.
Heureusement, l’humour corrosif de Blake Edwards est déjà largement opérationnel. La mise en scène cherche même dès le début du film à provoquer avec un peu trop d’insistance le rire, à travers le personnage du major maladroit par exemple ou quelques sous-entendus malgré tout plutôt graveleux. Assez rapidement, il s’installe néanmoins un équilibre tout à fait divertissant entre le côté burlesque des corps et la lucidité assassine des répliques, qui ne sont aucunement dupes de ce qui se trame en réalité pendant cette opération de bonne volonté. L’issue de toute cette agitation est certes prévisible – et bien sûr politiquement correcte avant l’heure –, mais le récit sait s’amuser suffisamment avec quelques idées ingénieuses, comme les différentes tentatives de fuite de Paul Hodges, pour détourner notre attention de son point de départ convenu. La majorité de ces parenthèses comiques, dont celle de l’ampoule est sans doute la plus jubilatoire, n’apportent pas grand-chose à l’avancement de l’intrigue. Elles servent cependant à rendre une histoire engoncée infiniment plus pétillante à l’écran que ce qu’elle a dû apparaître sur le papier.
Outre la rencontre charmante du couple éphémère Janet Leigh et Tony Curtis, le film nous prépare déjà au regard mi-moqueur, mi-attachant que Blake Edwards porte sur les Français. Entre la gouaille sympathique des viticulteurs et le recul philosophe des magistrats et autres médecins, le réalisateur tend à comprendre la mentalité d’un pays, qu’il s’amuse en même temps à représenter par les clichés les plus outranciers. Cette démarche à double tranchant connaîtra son accomplissement triomphal dans Victor / Victoria ou comment évoquer le charme du Paris des années 1930 tout en lui administrant une cure de glamour hollywoodien.

Vu le 21 septembre 2011, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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