Pater
Réalisé par Alain Cavalier (2011)
Docu-fiction
| Durée | 106 minutes |
| Sortie | 22/06/2011 |
| Note | 6/10 |
Le réalisateur Alain Cavalier invite l’acteur Vincent Lindon chez lui, afin de lui soumettre la proposition de tourner ensemble un film dans lequel l’un serait le président et l’autre un patron, fraîchement promu au poste de premier ministre. Au fil des mois, le cinéaste et le comédien s’improvisent en hommes d’état, qui vivent au rythme du calendrier électoral et des votes parlementaires.
La critique
Par Tootpadu 11/08/2011
Pourquoi, dans la réalité, le cirque quotidien des affaires politiques n’est-il jamais aussi imprévisible et décontracté que dans le nouveau film d’Alain Cavalier ? Cet objet filmique inclassable accomplit en effet l’exploit de jeter un regard neuf sur une classe de bureaucrates, qui ne nous inspire généralement que de l’indifférence et du dédain. Les enjeux entre la direction d’un vrai gouvernement et la tentative d’imiter cette tâche difficile dans le cadre d’une fiction au ton très libre ne sont évidemment pas les mêmes. Mais le franc-parler du premier ministre Lindon et sa proximité des préoccupations de la population constituent un changement salutaire par rapport aux marionnettes cachées derrière un discours frileux que nos dirigeants guère charismatiques sont un peu partout en Europe. Pater ne cherche pourtant point à se dresser en commentaire satirique de la présidence calamiteuse de Nicolas Sarkozy. Il procède plutôt à la suggestion d’une présidence parallèle, dont les rouages seraient d’autant plus évidents que les participants commencent à faire l’amalgame entre la réalité et la fiction.
Il existe probablement une part importante d’improvisation dans ce film curieux, qui ne manque jamais de nous prendre au dépourvu. Le va-et-vient entre la dénonciation ouverte de la mise en scène et l’interprétation sincère d’un destin politique imaginaire est ainsi presque imperceptible, tellement Alain Cavalier s’emploie à brouiller les pistes. Alors que ses deux documentaires précédents avaient tendance à se complaire dans un narcissisme plus ou moins enrichissant d’un point de vue humain, l’élaboration d’un projet commun entre l’acteur, en plein tournage de La Permission de minuit de Delphine Gleize, et le réalisateur, apparemment remis de ses soucis de santé, garantit un recul appréciable de cette perspective exclusivement nombriliste. On voit certes le réalisateur vieillissant, qui soufflera bientôt ses 80 bougies, se tirer le visage ridé devant la glace. Mais puisque l’incertitude plane régulièrement sur les personnages à double face, on pourrait aussi bien y voir le reflet d’un président à l’ancienne, réticent de rempiler pour un deuxième quinquennat.
La lassitude de son incarnation parallèle n’accable heureusement plus du tout Alain Cavalier, plus désinvolte que jamais dans le choix des thèmes traités et des façons de filmer telle ou telle séquence. Le récit brille par son mélange délicat entre l’intime et le public, ainsi que par l’alternance d’une finesse considérable entre l’enregistrement de la réalité – qui devient du coup un peu fiction – et les aspects plus revendiqués de cette dernière. Sur ses vieux jours, le réalisateur ne se réinvente pas en activiste politique. Il préfère faire part de sa sagesse de la manière la plus inhabituelle et cinématographiquement stimulante possible.
Il existe probablement une part importante d’improvisation dans ce film curieux, qui ne manque jamais de nous prendre au dépourvu. Le va-et-vient entre la dénonciation ouverte de la mise en scène et l’interprétation sincère d’un destin politique imaginaire est ainsi presque imperceptible, tellement Alain Cavalier s’emploie à brouiller les pistes. Alors que ses deux documentaires précédents avaient tendance à se complaire dans un narcissisme plus ou moins enrichissant d’un point de vue humain, l’élaboration d’un projet commun entre l’acteur, en plein tournage de La Permission de minuit de Delphine Gleize, et le réalisateur, apparemment remis de ses soucis de santé, garantit un recul appréciable de cette perspective exclusivement nombriliste. On voit certes le réalisateur vieillissant, qui soufflera bientôt ses 80 bougies, se tirer le visage ridé devant la glace. Mais puisque l’incertitude plane régulièrement sur les personnages à double face, on pourrait aussi bien y voir le reflet d’un président à l’ancienne, réticent de rempiler pour un deuxième quinquennat.
La lassitude de son incarnation parallèle n’accable heureusement plus du tout Alain Cavalier, plus désinvolte que jamais dans le choix des thèmes traités et des façons de filmer telle ou telle séquence. Le récit brille par son mélange délicat entre l’intime et le public, ainsi que par l’alternance d’une finesse considérable entre l’enregistrement de la réalité – qui devient du coup un peu fiction – et les aspects plus revendiqués de cette dernière. Sur ses vieux jours, le réalisateur ne se réinvente pas en activiste politique. Il préfère faire part de sa sagesse de la manière la plus inhabituelle et cinématographiquement stimulante possible.
Vu le 11 août 2011, au MK2 Quai de Seine, Salle 4
★★★★★★☆☆☆☆
6/10