Moine (Le)

Réalisé par Dominik Moll (2011)

Drame
Moine (Le)
Durée 100 minutes
Sortie 13/07/2011
Note 5/10

Un bébé est abandonné aux portes du monastère des Capucines à la fin du 16ème siècle. Les frères l’adoptent et l’élèvent parmi eux comme un des leurs. Très tôt, le jeune Ambrosio développe un intérêt ardent pour les saintes écritures. Dès son entrée dans les ordres, il devient un prédicateur zélé, dont la foi inébranlable et l’exemplarité morale attirent les fidèles de toute l’Espagne. Ainsi, la jeune et belle Antonia vient l’écouter afin de trouver du réconfort dans ses paroles inspirées pour sa mère souffrante, et Valerio, un adolescent orphelin et défiguré par un incendie, demande de se rapprocher de Dieu en devenant novice auprès du frère Ambrosio.

La critique

Par Tootpadu 26/07/2011

Quand la foi chrétienne est éprouvée dans le cadre de la fiction, il n’existe généralement que deux issues possibles : soit le croyant s’engage définitivement sur le droit chemin, grâce à une intervention divine et au point de devenir lui-même l’équivalent d’un saint, soit la tentation par les choses de ce monde est trop grande et elle le précipite vers la perdition irrémédiable de son âme. Curieusement, le besoin de se dresser en une leçon de morale – édifiante dans les deux cas de figure puisqu’elle souligne la bonté sans fin de Dieu ou bien la nature profondément imparfaite de l’homme – empêche ces récits spirituels de vanter la voie médiane, sur laquelle le pécheur perdrait sa foi, tout en restant un homme honorable, voire encore plus altruiste qu’auparavant, quand ses bonnes actions étaient uniquement motivées par la volonté de rejoindre le paradis. Cette adaptation du roman de Matthew G. Lewis se conforme un peu trop docilement à la deuxième option, sans que la chute tragique de cet homme d’une probité exceptionnelle ne provoque ni des éclats formels notables, ni une interrogation existentielle à la hauteur des moyens mis en œuvre par cette co-production franco-espagnole.
La balance entre le bien et le mal est encore à peu près en équilibre avant le générique, même si la confession des perversions à travers la voix grave de Sergi Lopez exerce déjà une fascination plus viscérale que le raisonnement éclairé du frère Ambrosio, qui croit encore que le diable n’a de pouvoir que celui qu’on veut bien lui accorder. C’est davantage du côté de la lente descente aux enfers que le bât blesse chez Le Moine. De la part d’un homme aussi valeureux que le protagoniste du quatrième film du réalisateur Dominik Moll, il est en effet curieux qu’il ne résiste pas avec un plus grand acharnement aux pièges qui mettent vicieusement à l’épreuve ses convictions. La corruption progressive de sa conscience semble s’inscrire avant tout dans le schéma peu excitant d’une finalité déjà tracée par le destin, à laquelle il sera impossible de se soustraire. L’histoire relève par conséquent plus d’une tragédie oedipienne, avec ses accents incestueux, que d’une exploration approfondie et sans parti pris préétabli sur l’éternelle incompatibilité entre les désirs de l’esprit et ceux de la chair.
Pour orchestrer cette chronique d’une débauche annoncée, la mise en scène lorgne plus du côté de la perversion sulfureuse de Luis Buñuel, que de l’austérité de l’expression propre aux films de Carl Theodor Dreyer. Au détail près que la narration de Dominik Moll n’est jamais vraiment en mesure de maîtriser les aspects plus grandiloquents de l’intrigue. Il lui manque indéniablement la passion et la détermination, voire le talent visionnaire, pour élever cette histoire au delà d’un simple fait divers d’une époque révolue. Incapable de choisir entre les effets voyants, comme les séquences oniriques ou les manifestations venues d’un autre monde, et un ton sans entrain apparent, qui tombe d’ailleurs laborieusement à plat lors du montage en guise de point culminant entre la procession et les exploits les plus compromettants de l’ancien homme de Dieu, la réalisation n’arrive pas à conférer au film un rythme satisfaisant.
Heureusement que l’interprétation dans sa globalité sauve tant soit peu les apparences, avec une mention spéciale pour Vincent Cassel, la jeune Joséphine Japy, ainsi que Geraldine Chaplin dans le rôle trop succinct de l’abbesse.

Vu le 25 juillet 2011, à l’UGC Ciné Cité Bercy, Salle 17

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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