Chat du rabbin (Le)
Réalisé par Joann Sfar, Antoine Delesvaux (2011)
| Durée | 90 minutes |
| Sortie | 01/06/2011 |
| Note | 6/10 |
A Alger dans les années 1920, le chat du rabbin Sfar est entièrement dévoué à son maître, et à sa fille adolescente Zlabya. Bien qu’il soit capable de parler la langue des humains, il a préféré cacher ce don inouï au rabbin, jusqu’à ce que ce dernier l’accuse – à tort ou à raison – d’avoir dévoré le perroquet familial. Dès lors, le rabbin ne veut plus que le chat fréquente sa fille, par peur qu’il l’éloigne du droit chemin. Profondément attristé, le chat ne voit qu’un seul moyen pour retrouver la confiance de son maître et la compagnie de la belle Zlabya : devenir un bon juif.
La critique
Par Tootpadu 20/05/2011
Le protagoniste à quatre pattes du Chat du rabbin n’a en effet rien des personnages animaliers habituels, qui servent au mieux de soutien fidèle aux exploits héroïques de leur maître ou à contribuer une touche plus comique au ton du récit. Au lieu d’être un simple observateur, le chat prend entièrement part à l’action, jusqu’à la faire dérailler plus d’une fois. Si les réalisateurs Joann Sfar et Antoine Delesvaux lui ont donné la parole, ce n’est pas pour qu’il commente sagement ce qui se passe à l’écran, mais pour interroger habilement les contradictions nées de la cacophonie de certitudes religieuses que les humains profèrent. Le retour un siècle en arrière enlève certes l’aspect brûlant de l’actualité. Mais l’hostilité interconfessionnelle et plus globalement le mépris de la différence sont des sujets assez universels, et hélas récurrents, pour qu’on puisse établir un lien entre la fiction et ce qui se passe autour de nous en ce moment, que ce soit dans le monde arabe ou dans ce point de discorde constant qu’est le proche orient.
L’emploi judicieux de la 3D et le côté visuel très agréable à l’œil n’atténuent guère les propos plutôt corrosifs du film. La tolérance a beau être sa cause principale, la narration se complaît surtout à tourner en dérision la faiblesse des hommes, dans la chair et dans l’esprit. L’affection que le chat porte à sa maîtresse a ainsi plus tendance à tourner à l’obsession qu’à déclencher une véritable quête spirituelle. De même, les différentes chimères après lesquelles courent les humains – la reconnaissance soit-disant professionnelle qui dépend de quelque chose d’aussi banal que la maîtrise de la langue française, la découverte d’une Jérusalem africaine qui s’avère être tout sauf un havre de paix – n’ont rien d’altruiste et d’édifiant pour l’âme non plus. En cela, ce film d’animation prodigieux, quoique un peu décousu dans la forme et dans le fond, nous rappelle l’éternelle vérité, selon laquelle l’influence de toutes les religions et de toutes les superstitions réunies ne viendra jamais à bout de la nature faillible de l’être humain.
Vu le 18 mai 2011, à l’Elysées Biarritz