Mon père est femme de ménage
Réalisé par Saphia Azzeddine (2011)
Drame
| Durée | 77 minutes |
| Sortie | 13/04/2011 |
| Note | 6/10 |
Polo est un adolescent ordinaire de seize ans. Bon élève, il n’a pas de souci particulier à se faire, sauf à savoir comment il gagnera le cœur de la belle Priscilla, qui ne semble voir en lui qu’un bon ami. Le soir et les week-ends, il aide son père Michel dans son travail d’agent de nettoyage dans les cabinets huppés de la capitale. Michel voit cependant plus grand pour son fils que de le suivre dans son existence modeste, qui ne lui permet même pas d’emmener sa famille en vacances pendant l’été.
La critique
Par Tootpadu 06/04/2011
Il n’y a pas de honte à être pauvre en France. C’est au moins le message modérément idéaliste que le premier film de la romancière Saphia Azzeddine cherche à faire passer par le biais d’un ton doux-amer plutôt réussi. Sa description d’un milieu social assez mal loti ne met jamais en question la dignité des personnages, aussi représentatifs soient-ils de ce qui reste de la classe ouvrière française. Le jeune protagoniste, instruit et réfléchi, fait ainsi figure d’exception dans son entourage peuplé d’individus au pouvoir d’expression et de réflexion très réduit. Ce n’est pas pour autant que la bêtise ambiante, sous forme d’une dépendance accrue d’idéaux irréalistes tout droit sortis du tube cathodique, est la cible facile de moqueries peu fines. Elle opère davantage comme la base crédible d’un conte social, suffisamment frais pour nous divertir et en même temps nullement dupe du potentiel d’ascension très modéré qu’attend l’adolescent, pourtant déterminé à s’en sortir.
Car sous son air insouciant et comique, Mon père est femme de ménage cache jusqu’à un certain point le constat déprimant qu’on ne gravit les échelons de l’hiérarchie sociale qu’un par un, à moins de souscrire à la philosophie hollywoodienne qui érige l’exception infime du surdoué en un exemple à suivre par tous. Cependant, rarement une apologie larvée de la médiocrité et de la résignation en son sort n’a sonne aussi juste et n’a su nous charmer à tel point, à partir d’une galerie de personnages à première vue minables. La réalisatrice a en effet réussi à percer la coque de la caricature condescendante de la vie ennuyeuse dans la cité, pour proposer au contraire un regard franc et attachant sur cette famille banale et les quelques personnages qui gravitent autour d’elle, guère plus exceptionnels.
La vie humaine dans toute sa noblesse et toute sa dérision passe ainsi en revue dans ce film, qui dispose de la sagesse nécessaire pour ne pas s’appesantir sur le bien ou le mal qui arrive à Polo et ses proches. La frustration accrue qui résulte du fait d’être passablement démuni en termes matériels ne s’y fait réellement jour qu’à deux reprises : la première, lors du coup de gueule du fils envers son père, dont il se repent rapidement sous prétexte de souffrir d’une jalousie encore plus viscérale, et la deuxième, infiniment plus ironique et défaitiste, au cours de l’épilogue qui confirme que le statu quo de notre civilisation n’est pas prêt à connaître des bouleversements majeurs.
Car sous son air insouciant et comique, Mon père est femme de ménage cache jusqu’à un certain point le constat déprimant qu’on ne gravit les échelons de l’hiérarchie sociale qu’un par un, à moins de souscrire à la philosophie hollywoodienne qui érige l’exception infime du surdoué en un exemple à suivre par tous. Cependant, rarement une apologie larvée de la médiocrité et de la résignation en son sort n’a sonne aussi juste et n’a su nous charmer à tel point, à partir d’une galerie de personnages à première vue minables. La réalisatrice a en effet réussi à percer la coque de la caricature condescendante de la vie ennuyeuse dans la cité, pour proposer au contraire un regard franc et attachant sur cette famille banale et les quelques personnages qui gravitent autour d’elle, guère plus exceptionnels.
La vie humaine dans toute sa noblesse et toute sa dérision passe ainsi en revue dans ce film, qui dispose de la sagesse nécessaire pour ne pas s’appesantir sur le bien ou le mal qui arrive à Polo et ses proches. La frustration accrue qui résulte du fait d’être passablement démuni en termes matériels ne s’y fait réellement jour qu’à deux reprises : la première, lors du coup de gueule du fils envers son père, dont il se repent rapidement sous prétexte de souffrir d’une jalousie encore plus viscérale, et la deuxième, infiniment plus ironique et défaitiste, au cours de l’épilogue qui confirme que le statu quo de notre civilisation n’est pas prêt à connaître des bouleversements majeurs.
Vu le 31 mars 2011, au Club Marbeuf
★★★★★★☆☆☆☆
6/10