Rabbit hole

Réalisé par John Cameron Mitchell (2011)

Drame
Rabbit hole
Durée 90 minutes
Sortie 13/04/2011
Note 7/10

Huit mois après la disparition de leur fils Danny dans un accident, Becca et Howie ont toujours le plus grand mal à recoller les morceaux de leur couple. Tandis que Howie trouve du réconfort dans un groupe de soutien de parents qui ont vécu la même tragédie que lui, Becca se réjouit de la grossesse de sa sœur cadette. Pourtant, le souvenir de Danny ne les quitte pas un seul instant. Afin de franchir une nouvelle étape dans son deuil, Becca pense qu’il soit judicieux de confronter le jeune homme responsable de la mort de son fils.

La critique

Par Tootpadu 10/03/2011

Seulement le parti pris narratif du ton différencie Morning de Leland Orser, présenté au dernier festival de Deauville et toujours dépourvu d’un distributeur, et Rabbit hole, le troisième film de John Cameron Mitchell. Autrement, les deux films traitent avec une sensibilité remarquable de cette même tragédie de la vie humaine, qui voit des parents enterrer leur enfant de bas âge, sans savoir d’où tirer la force pour continuer à vivre après cet événement traumatisant. Là où l’émotion à fleur de peau rendait le périple de la mère interprétée par Jeanne Tripplehorn aussi déchirant, le style étonnamment sobre et classique qui transcende la quête d’un point final au chagrin de la part du personnage joué par Nicole Kidman, avec une virtuosité dont on ne la croyait plus capable, suscite chez nous des sentiments moins viscéraux, mais nullement moins bouleversants.
La rupture formelle entre les deux premiers films du réalisateur, qui étaient en quelque sorte les figures de proue d’un cinéma gay et joyeusement contestataire, et celui-ci est en effet proprement sidérante. L’élégance du décor et du contexte social de la banlieue préservée de New York risquent de déteindre à intervalles réguliers sur les éléments plus crus de l’intrigue. Ainsi, la maison luxueuse de Becca et Howie prend la fonction d’un temple sacré du deuil, dont chaque départ se solde par un nouveau renvoi vers le défunt, ou pire encore, vers ce que la vie de famille aurait dû être si le fils chéri n’avait pas disparu aussi brutalement. Tant que les parents n’auront pas accepté leur impuissance face à cette catastrophe et surtout qu’ils n’auront pas réellement fait la paix entre eux, ils ne sauront avancer sereinement vers un avenir qui serait plus qu’une déclinaison heureuse d’eux-mêmes dans un univers parallèle.
La mise en scène de John Cameron Mitchell joue avec une grande finesse sur les points si délicats de l’apitoiement sur soi et de la gravité des faits, qui ne sera jamais relativisée par le passage du temps. Quelques touches de dérision apportent certes des bouffées d’air parfaitement bienvenues, mais dans l’ensemble, son film ne manque jamais de respect ou de sérieux à l’égard de ses personnages humainement imparfaits. Les engueulades et les conflits violents qui étaient au cœur du film cité plus haut sont employés à bon escient ici, afin de laisser une place plus importante au désarroi et aux frustrations vécus en silence par une mère renfermée, mais pas encore émotionnellement morte à l’intérieur.
Rabbit hole est indubitablement le film de son réalisateur qui adopte le moins son style personnel. Mais si la capacité de pouvoir se fondre dans tous les genres sans perdre de sa sensibilité artistique peut être considérée comme un des attributs requis pour prétendre à part entière au titre de cinéaste majeur, alors John Cameron Mitchell nous a réconfortés pour la troisième fois de suite dans la très haute opinion que nous avons de lui !

Vu le 1er mars 2011, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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