Carte des sons de Tokyo

Réalisé par Isabel Coixet (2011)

Drame romantique
Carte des sons de Tokyo
Durée 106 minutes
Sortie 26/01/2011
Note 5/10

Midori, la fille du puissant homme d’affaires Nagara, s’est suicidée. Son père rend son amant David, un marchand de vin espagnol, responsable de sa disparition tragique. Pour se venger de son beau-fils, il fait engager la tueuse Ryu. Celle-ci mène une double vie, puisqu’elle travaille la nuit dans les halles du marché de Tokyo, et qu’elle remplit son contrat sur David le jour en prenant la place de la disparue. Un ingénieur du son, le seul ami de Ryu, observe de loin cette romance condamnée d’avance.

La critique

Par Tootpadu 23/01/2011

Même loin de sa terre natale, la réalisatrice espagnole Isabel Coixet est toujours aussi friande d’histoires d’amour tortueuses. Un ton fatidique, emprunt même d’une certaine perfidie, vague en effet sur son nouveau film, présenté en compétition à l’avant-dernier festival de Cannes, qui démarre sur un repas d’affaires pour le moins particulier. Les sentiments naissants entre la tueuse et sa cible sont minés par cette situation de départ inextricable, qui devra faire en fin de compte du tort soit à l’un, soit à l’autre des amants. Puisque une issue heureuse paraît d’emblée compromise, la romance entre Ryu et David porte en elle la douleur née du gâchis du suicide à l’origine de leur rencontre. Leurs rendez-vous érotiques dans une chambre d’hôtel décorée comme une rame du métro parisien ne procurent aucune joie. Toutefois, ils confirment encore la tonalité glauque de cette intrigue aux faux-semblants multiples.
L’incursion dans la vie nocturne de la capitale japonaise, que la mise en scène entreprend d’une manière désagréablement approximative, a au moins l’avantage de ne pas chercher à jouer au tourisme cinématographique. Contrairement à Sofia Coppola qui montrait dans Lost in translation la culture nippone comme une menace potentielle pour ses personnages occidentaux complètement dépaysés, le point de vue d’Isabel Coixet soumet plutôt la topographie urbaine aux exigences de son récit alambiqué. Le mélange d’images et de sons qu’elle nous a concocté pour illustrer l’intrigue fataliste permet ainsi une immersion assez fascinante dans ce monde entre deux cultures, à condition que vous vouliez bien vous laisser porter par l’histoire.
Or, c’est justement ce mouvement d’abandon de notre propre volonté et de nos habitudes de réception que Carte des sons de Tokyo n’a pas vraiment réussi à déclencher chez nous. Malgré quelques répliques jubilatoires, comme celle sur l’impossibilité de faire confiance à quelqu’un qui passe sa journée au cinéma, la construction du récit nous paraît largement perfectible. A commencer par le fil narratif annexe du preneur de sons, sans doute supposé sublimer l’amour impossible des deux personnages principaux, mais qui reste trop à l’écart de l’intrigue, du coup privée d’un centre névralgique autour duquel les tourtereaux meurtris pourraient s’agiter.

Vu le 17 janvier 2011, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

Retour à la liste des Critiques