Fantômes à Rome

Réalisé par Antonio Pietrangeli (2010)

Comédie fantastique
Fantômes à Rome
Durée 97 minutes
Sortie 22/12/2010
Note 6/10

Le vieux prince Annibale vit paisiblement dans son grand palais romain. Même s’il ne les voit pas, il est convaincu que des fantômes habitent avec lui dans cette bâtisse un peu délabrée. Et effectivement, ses ancêtres morts violemment des siècles auparavant hantent l’immeuble que des promoteurs aimeraient tant démolir pour construire un centre commercial moderne à sa place. Don Annibale fait la sourde oreille aux centaines de millions de lires qui lui sont offertes pour qu’il parte. Mais un accident mortel lors de la réparation du chauffe-eau plus tard, son neveu Federico prend sa succession. Les fantômes craignent alors de devoir quitter les lieux.

La critique

Par Tootpadu 10/12/2010

Le cinéma italien d’antan est une fois de plus à l’honneur en cette fin d’année. Après la ressortie du Manteau d’Alberto Lattuada et de La Classe ouvrière va au paradis d’Elio Petri le mois passé et la restauration magnifique du Guépard de Luchino Visconti plus tôt ce mois-ci, voici une comédie de fantômes aussi sympathique qu’anodine. Il nous serait en effet difficile d’expliquer cet engouement récent pour le cinéma trans-Alpin des générations passées exclusivement par des films de la trempe de Fantômes à Rome, qui s’appelait encore Les Joyeux fantômes au moment de sa sortie initiale en 1965. Mieux vaut le considérer comme un témoin parmi tant d’autres de la variété et de la vivacité d’une cinématographie, dont l’état moribond actuel nous laisse forcément nostalgiques de la grande époque des années 1950, ’60, et ’70.
C’est surtout la représentation gentiment désuète des fantômes qui interpelle ici. Rien de sérieux n’est à craindre de leur part, puisqu’ils se trouvent pris au piège d’une spirale passablement nombriliste de leurs obsessions d’autrefois. Alors que le frère Bartolomeo n’a rien perdu de sa gourmandise qui lui avait été jadis fatale, Reginaldo succombe invariablement au charme de la gente féminine, quitte à se faire avoir par la redéfinition des genres, propre au siècle passé. Les tours que les fantômes jouent aux vivants n’ont rien de mesquin et encore moins d’horrifique. Ils sont plutôt la manifestation d’une oisiveté éternelle, née de la frustration de ne pas pouvoir réellement interagir avec le présent. Le scénario ne s’encombre d’ailleurs pas avec des règles rigides quant à l’influence des spectres sur la réalité. Ils peuvent ainsi transporter des objets légers, insuffler leur volonté aux oreilles réceptives des vivants, voire passer des coups de fil, à condition de crier bien fort. Simultanément, leur nature invisible les condamne à une existence dans les limbes, cet endroit vague des esprits, carrément aboli depuis, où leur toucher ne fait guère d’effet sur le corps des objets de leur désir et où ils se font gronder par un tonnerre céleste, dès qu’ils retombent dans les péchés mortels qui les avaient achevés il y a fort longtemps.
La logique n’est donc pas le point fort de cette comédie, qui se rattrape aisément par son charme. En dehors de son côté divertissant irréfutable, elle nous ramène en toute légèreté à une époque de l’Histoire italienne, où l’attachement aux valeurs traditionnelles s’autorisait une dernière victoire contre le rouleau compresseur du progrès. Les rares indices d’une société moderne, comme la laideur de la ville dortoir qui a anéanti la quiétude bucolique du refuge du fantôme peintre, ont à peine droit de cité dans ce film agréablement vieillot, mais nullement poussiéreux.

Revu le 9 décembre 2010, au Balzac, Salle 1, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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