Fantômes à Rome
Réalisé par Antonio Pietrangeli (2010)
| Durée | 97 minutes |
| Sortie | 22/12/2010 |
| Note | 6/10 |
Le vieux prince Annibale vit paisiblement dans son grand palais romain. Même s’il ne les voit pas, il est convaincu que des fantômes habitent avec lui dans cette bâtisse un peu délabrée. Et effectivement, ses ancêtres morts violemment des siècles auparavant hantent l’immeuble que des promoteurs aimeraient tant démolir pour construire un centre commercial moderne à sa place. Don Annibale fait la sourde oreille aux centaines de millions de lires qui lui sont offertes pour qu’il parte. Mais un accident mortel lors de la réparation du chauffe-eau plus tard, son neveu Federico prend sa succession. Les fantômes craignent alors de devoir quitter les lieux.
La critique
Par Tootpadu 10/12/2010
C’est surtout la représentation gentiment désuète des fantômes qui interpelle ici. Rien de sérieux n’est à craindre de leur part, puisqu’ils se trouvent pris au piège d’une spirale passablement nombriliste de leurs obsessions d’autrefois. Alors que le frère Bartolomeo n’a rien perdu de sa gourmandise qui lui avait été jadis fatale, Reginaldo succombe invariablement au charme de la gente féminine, quitte à se faire avoir par la redéfinition des genres, propre au siècle passé. Les tours que les fantômes jouent aux vivants n’ont rien de mesquin et encore moins d’horrifique. Ils sont plutôt la manifestation d’une oisiveté éternelle, née de la frustration de ne pas pouvoir réellement interagir avec le présent. Le scénario ne s’encombre d’ailleurs pas avec des règles rigides quant à l’influence des spectres sur la réalité. Ils peuvent ainsi transporter des objets légers, insuffler leur volonté aux oreilles réceptives des vivants, voire passer des coups de fil, à condition de crier bien fort. Simultanément, leur nature invisible les condamne à une existence dans les limbes, cet endroit vague des esprits, carrément aboli depuis, où leur toucher ne fait guère d’effet sur le corps des objets de leur désir et où ils se font gronder par un tonnerre céleste, dès qu’ils retombent dans les péchés mortels qui les avaient achevés il y a fort longtemps.
La logique n’est donc pas le point fort de cette comédie, qui se rattrape aisément par son charme. En dehors de son côté divertissant irréfutable, elle nous ramène en toute légèreté à une époque de l’Histoire italienne, où l’attachement aux valeurs traditionnelles s’autorisait une dernière victoire contre le rouleau compresseur du progrès. Les rares indices d’une société moderne, comme la laideur de la ville dortoir qui a anéanti la quiétude bucolique du refuge du fantôme peintre, ont à peine droit de cité dans ce film agréablement vieillot, mais nullement poussiéreux.
Revu le 9 décembre 2010, au Balzac, Salle 1, en VO