Grande vadrouille (La)
Réalisé par Gérard Oury (1966)
| Durée | 124 minutes |
| Sortie | 08/12/1966 |
| Note | 7/10 |
En 1942, un avion anglais participant à l’opération secrète « Tea for two » est abattu au-dessus de Paris. Trois soldats réussissent à se sauver en parachute. Alors que le commandant Sir Reginald atterrit au zoo et peut rejoindre par ses propres moyens le point de ralliement aux bains turcs, ses deux camarades ont moins de chance. Peter Cunningham se pose sur l’échafaudage du peintre en bâtiment Augustin Bouvet et crée par la même occasion un incident diplomatique auprès du commandant de l’occupant nazi. Quant à Alan MacIntosh, il se réfugie à l’opéra, dans la loge du chef d’orchestre peu commode Stanislas Lefort. Malgré eux, Augustin et Stanislas devront prêter main forte à leurs nouveaux amis anglais.
La critique
Par Tootpadu 01/11/2010
La finalité de La Grande vadrouille n’est en fait ni de dépeindre d’une façon saisissante le climat oppressant de l’occupation, ni même de chanter les louanges des valeureux résistants. Les Anglais en fuite se font effectivement prendre si souvent – tout en réussissant de se libérer chaque fois par chance, par ingéniosité, ou simplement grâce à la bêtise de leurs ennemis – que ce jeu du chat et de la souris devient rapidement la raison d’être principale du film. Influencé visiblement par le style loufoque d’un Blake Edwards, le réalisateur Gérard Oury privilégie clairement la dimension burlesque et spectaculaire de son film, au détriment de notions plus sérieuses, comme la véracité historique de l’intrigue ou les implications humaines d’un tel périple en temps de guerre. Impossible cependant de lui tenir rigueur de ce parti pris, tant l’agencement narratif contribue au rythme enlevé et quasiment sans faille de l’ensemble.
Les séquences d’anthologie s’enchaînent donc à une vitesse soutenue, par le biais d’un scénario remarquablement bien écrit, qui est constamment à l’affût d’une nouvelle situation embarrassante, susceptible de mettre à l’épreuve le mélange incongru entre le pragmatisme à l’anglaise des soldats et les vieilles rancunes sociales bien de chez nous des résistants improvisés. Car autant ce classique a très probablement contribué une part importante à l’image rétrograde des Allemands, et à l’aversion viscérale des Français contre la langue de Goethe, autant il dresse un portrait guère plus valorisant des bons dans cette affaire haute en couleur. Le snobisme des Anglais, personnifié admirablement par Terry-Thomas, n’est ainsi qu’une des facettes qui risquent sans cesse de saboter l’opération de l’intérieur. L’antagonisme exacerbé entre les personnages emblématiques, interprétés avec bravoure par Bourvil et Louis De Funès, apporte une touche d’humour supplémentaire, qui tire son originalité de la ringardise assumée d’Augustin et de Stanislas.
Quarante ans plus tard, Dany Boon s’était improvisé en héritier à peu près digne de Bourvil dans son succès national tonitruant Bienvenue chez les ch’tis. Bien que le plébiscite du public lui ait donné raison sur le plan commercial, on voit mal comment sa comédie gentillette, avec de surcroît un adversaire aussi fade que Kad Merad, pourrait préserver son cachet sur la durée avec le même brio que ce film-ci, aussi frais et divertissant de nos jours qu’au moment de sa sortie.
Revu le 1er novembre 2010, au MK2 Quai de Seine, Salle 2