Notre jour viendra

Réalisé par Romain Gavras (2010)

Comédie
Notre jour viendra
Durée 87 minutes
Sortie 15/09/2010
Note 6/10

Rémy est roux. Pour cette raison, il se fait chambrer depuis son plus jeune âge par ses camarades et sa famille. Seule son amie Gaëlle, dont il a fait la connaissance sur un réseau de jeux fantastiques, semble le comprendre réellement. Lorsqu'elle menace par texto de se mutiler, Rémy décide d'aller la rencontrer dans la vraie vie. Sur la route, il est recueilli par Patrick, un assistant social désabusé, roux lui aussi. Ensemble, ces deux exclus partent à la quête improbable d'un pays, où les rouquins seraient acceptés pour ce qu'ils sont.

La critique

Par Tootpadu 20/07/2010

Si Bruno Dumont partait un peu plus au nord, par rapport à son terrain géographique de prédilection, afin de se laisser influencer par un humour belge bien trempé, cela donnerait sans doute un film comme celui-ci, le premier de Romain Gavras, fils de Costa-Gavras. Cette comédie d'un genre bien particulier privilégie en effet le décalage et la dérision appuyée, voire malsaine, tout en gardant la gravité désespérante, qui caractérise nos voisins du Nord, au moins du point de vue de leur représentation filmique et nonobstant le phénomène des Ch'tis. La provocation gratuite n'est pas non plus jamais bien loin dans ce récit, mené tambour battant par un duo de personnages à l'intelligence et à la santé mentale et sociale douteuses.
Sur le canevas classique du voyage de deux vagabonds qui ne se sentent nulle part chez eux, le réalisateur Romain Gavras crée un univers qui est sensiblement plus proche de la violence absurde de ses vidéos, produites avec son collaborateur de longue date Kim Chapiron, que de l'engagement social, lui aussi formulé sans la moindre concession, des films de son père. Il est bien sûr question de contestation dans Notre jour viendra. Mais ce combat en faveur des rouquins, mené par deux personnages pour le moins extravagants, qui expriment à travers lui leurs frustrations sociales et leurs complexes, il est au mieux un prétexte pour avancer vers la chimère de la terre promise d'Irelande, et pour s'engager dans une surenchère de la violence physique et psychologique gratuite. Au fond, tout le film fonctionne comme une immense mise à l'épreuve, à la fois chaotique et grandiose. Elle interroge simultanément les véritables motivations des personnages - notamment à travers l'orientation sexuelle peu claire de Rémy - et les limites d'acceptation de la part des spectateurs formatés par une conception politiquement correcte des choses, qui vole plus d'une fois en éclats ici.
Dommage alors que le délire perd de son potentiel provocateur, parallèlement à un essoufflement relatif de la narration, une fois que d'abord Patrick et puis Rémy se débarrassent de leur chevelure, source de toutes sortes de discriminations ridicules. Après l'orgie à l'hôtel, la séquence éprouvante et néanmoins fascinante du jacuzzi, et la séduction vaine du réceptionniste, interprété par un Pierre Boulanger de plus en plus craquant, il ne reste apparemment plus rien à faire ou à prouver aux deux protagonistes, qui s'engagent dès lors dans une course effrénée à l'autodestruction. Avec une prémisse aussi délirante et absurde et un ton aussi décalé pendant la première heure du film, on aurait pu espérer un dénouement plus téméraire, que cette fuite en dirigeable certes poétique, voire romantique, mais finalement ni radicale, ni innovante.
Notre jour viendra ne représente cependant pas moins que les débuts prometteurs d'un jeune réalisateur. Romain Gavras s'affranchit d'emblée du poids de l'influence paternelle, pour camper un univers personnel justement si inquiétant, parce qu'il sait démontrer par le biais d'un humour caustique la fragilité de la normalité apparente, qui nous fait croire en l'illusion d'une sécurité affective.

Vu le 7 juillet 2010, à la Salle UGC

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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