Petits ruisseaux (Les)

Réalisé par Pascal Rabaté (2010)

Comédie
Petits ruisseaux (Les)
Durée 96 minutes
Sortie 23/06/2010
Note 6/10

Le quotidien d'Emile, veuf et retraité, est ponctué par des parties de pêche avec son ami Edmond et des discussions au bar du village. Quand Edmond lui confie qu'il lui arrive de rencontrer des femmes et qu'il est même en train de vivre une affaire passionnelle avec Lucie, une dame de son âge, Emile est à la fois choqué par cette révélation et jaloux du style de vie de son camarade. A la mort soudaine de ce dernier, Emile se met en question et tente de rattraper le temps perdu depuis qu'il fait le deuil de son épouse.

La critique

Par Tootpadu 07/06/2010

Il n'est jamais trop tard pour reprendre le goût de vivre, tel paraît être le message essentiel de cet hymne à la jeunesse éternelle de l'esprit, peu importe la décrépitude avancée du corps. Tandis que la plupart des films récents sur la vieilleisse traitent de sujets aussi lugubres que la maladie d'Alzheimer ou l'isolement social qui peut accabler les personnes en fin de vie, cette adaptation que le réalisateur Pascal Rabaté opère de sa propre bande dessinée déborde carrément d'un humour et d'une joie de vivre revigorants. La mort, ce compagnon fidèle à partir d'un certain âge, n'est certes pas occultée et le traintrain quotidien initial d'Emile ressemble à s'y méprendre à l'attente résignée du moment fatidique. Mais c'est justement la foudre de la Faucheuse qui a frappé tout près de lui, qui donnera des ailes et une seconde jeunesse à l'existence du protagoniste.
Ce nouveau départ passe curieusement par l'éveil tardif d'une libido, mise en veille depuis de longues années. Alors que l'intérêt réactivé pour la gente féminine peut être mal interprété comme la lubie graveleuse d'un vieillard en manque de sensations, il sert également d'indicateur de la vitalité potentielle qui sommeille en chacun de ces petits vieux, que les personnes dans la vie active ont trop facilement tendance à négliger, à oublier, voire à sous-estimer. Le symbole astucieux de cette erreur d'appréciation, ce sont les tableaux érotiques qu'Edmond crée pendant son temps libre, en s'inspirant des pornos sur Canal + qu'il regarde codés. Alors que son fils radin s'en débarrasse sans tarder après l'enterrement comme d'une tare sur l'honneur familial, les deux exemplaires qu'Emile a sauvés in extremis des flammes pour les accrocher au-dessus de son lit rassurent au contraire sa famille sur son appétit sexuel, et par conséquent vital, pas encore entièrement éteint. Toutefois, le volet charnel des Petits ruisseaux est traité avec un naturel décomplexé, qui ne met à aucun moment le spectateur mal à l'aise, même pas lorsqu'Emile entame sa réinitiation sexuelle en s'imaginant des femmes nues partout.
La bonne humeur qui se dégage incontestablement de ce premier film réussi reçoit ses lettres de noblesse, grâce à un traitement visuel des plus impressionnants. Ses origines artistiques de dessinateur de bandes dessinées paraissent en effet avoir préparé parfaitement Pascal Rabaté à une composition des plans en format large particulièrement ingénieuse. Tout en respectant aisément les exigences narratives du dispositif filmique, le réalisateur a créé des sortes de vignettes vivantes, exceptionnellement riches en termes visuels. L'humour irrésistible de ce conte sur un troisième âge doré découle ainsi au moins autant des rencontres improbables d'Emile que de la disposition des personnages et des actions secondaires dans le cadre.

Vu le 2 juin 2010, au Club de l'Etoile

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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