Insoupçonnable
Réalisé par Gabriel Le Bomin (2010)
| Durée | 95 minutes |
| Sortie | 04/08/2010 |
| Note | 6/10 |
Quatre ans après la mort accidentelle de sa femme Claire, le riche homme d'affaires suisse Henri Schaeffer tombe éperdument amoureux de Lise. Malgré les objections de sa famille, il épouse rapidement cette femme belle et mystérieuse qui travaillait auparavant dans un club privé de Genève. Sam, le frère de Lise, voit d'un mauvais oeil cette relation, qui le prive de la présence de la femme qu'il aime passionnément. Mais Lise a un plan pour s'affranchir de sa condition sociale modeste grâce à Henri, tout en restant étroitement liée à Sam.
La critique
Par Tootpadu 02/06/2010
Le fait d'adopter pour la majeure partie du récit le point de vue de Sam, le demi-frère fou de jalousie et trop aveuglé pour y voir clair dans le plan de Lise, permet en effet au réalisateur Gabriel Le Bomin de plonger le spectateur dans le sentiment d'une incertitude croissante, nourri à la fois de l'impatience de voir le stratagème aboutir et de la crainte pour Henri, la victime quasiment euphorique et par conséquent d'autant plus vulnérable et attachante de la tromperie. Jusqu'à la fin, nous ne savons pas avec assurance à quoi ou bien à qui nous en tenir dans cette tragédie tortueuse, dont les protagonistes changent de camp avec une aisance, nullement dictée par les sentiments, mais par la raison de l'argent et le rétablissement illusoire de l'honneur bafoué. L'exécution formelle de cette toile d'araignée, dans laquelle se prennent peu à peu tous les participants, n'est peut-être pas toujours exempte de maladresses narratives, notamment vers la fin, lorsqu'il s'agit de dévoiler le dessein véritable de Lise. Mais le ton oppressant et inquiétant que Gabriel Le Bomin manie avec une élégance bluffante pour un réalisateur qui n'en est qu'à son deuxième film, rattrape largement ces quelques incidents de parcours bénins.
Enfin, la vraie bonne surprise d'Insoupçonnable se trouve du côté de l'interprétation. Alors que la plupart de la distribution ne nous excite plus depuis longtemps, le contre-emploi et la sincérité du jeu de certains comédiens nous ont agréablement interpellés. Alors que Marc-André Grondin est une fois de plus le maillon faible de la chaîne, avec toutefois moins d'incidence sur la tenue globale du film que dans Le Caméléon, Laura Smet en femme fatale finalement impuissante, Charles Berling en mari trop imbu de lui-même pour remarquer qu'il se fait avoir sur toute la ligne, Grégori Derangère en frère froid et méchant, et pour finir, Dominique Reymond aussi malicieusement mystérieuse que d'habitude, donnent ses lettres de noblesse à ce néo-noir, qui n'est cependant guère plus qu'un exercice de style, effectué avec brio.
Vu le 1er juin 2010, au Club Marbeuf