Caméléon (Le)

Réalisé par Jean-Paul Salomé (2010)

Thriller
Caméléon (Le)
Durée 106 minutes
Sortie 23/06/2010
Note 5/10

Recueilli dans un centre pour mineurs en Espagne, un jeune homme prétend s'appeler Nicholas Mark Randall, porté disparu en Louisiane quatre ans plus tôt. Il affirme avoir été enlevé par une secte française, qui l'aurait torturé et sexuellement abusé de lui. Kathy, la soeur aînée du disparu, vient l'identifier et l'emmène avec elle aux Etats-Unis. Les retrouvailles avec sa famille n'y sont guère chaleureuses. En plus, l'agent du FBI Jennifer Johnson doute sérieusement de la véracité des dires du jeune homme et cherche à démasquer l'imposture par tous les moyens, en dépit de la résistance de la famille Randall.

La critique

Par Tootpadu 01/06/2010

Le Tom Ripley français, qui se trouve au centre du premier film anglophone de Jean-Paul Salomé, est une créature sensiblement moins sophistiquée que l'invention de Patricia Highsmith. Inspirée des méfaits bien réels de Frédéric Bourdin, l'histoire du Caméléon est étrangement dépourvue d'enjeux, là où l'adaptation d'une intrigue semblable par Anthony Minghella dans Le Talentueux Mr Ripley séduisait justement par l'aperçu subtil d'une identité tellement tourmentée, qu'elle ne pouvait exister que dans la peau d'un autre. Ici, le moindre doute sur les intentions criminelles du protagoniste est d'emblée balayé par la séquence du rajeunissement artificiel, qui passe essentiellement par une épilation conséquente. Dès lors, la seule finalité de l'intrigue paraît être l'explication des motivations de l'imposteur - en fin de compte développée à peine dans une courte parenthèse française - et l'attente de la révélation inévitable, et par conséquent ennuyeusement prévisible, de son mensonge, avec les conséquences légales et émotionnelles qu'un tel revirement implique.
Mais les tracas d'ordre narratif ne s'arrêtent pas là pour le sixième film du réalisateur Jean-Paul Salomé. En guise d'une mise en abîme temporelle peu élégante, l'intrigue principale se voit affublée d'un épilogue, six ans après les faits, dont la résurgence périodique rythme le récit d'une manière peu organique. L'intégration de ces séquences autour du bayou est rendue encore plus artificielle par le rappel systématique de l'année, comme si le spectateur n'était pas assez futé pour s'y retrouver tout seul, ne serait-ce que grâce à la grossesse de l'agent Johnson. Les obstacles qui entravent l'investissement émotionnel dans cette histoire abracadabrantesque sont ainsi nombreux et détournent trop l'attention des quelques points positifs, dont ce film dispose malgré tout.
A commencer par un point de vue extérieur sur les Etats-Unis, qui romp plutôt radicalement avec le mythe américain du foyer familial comme havre de paix et de l'idylle pittoresque de la Louisiane, à laquelle un autre réalisateur français, Bertrand Tavernier avec son polar Dans la brume électrique, n'a pas su résister aussi fermement. La fausse famille d'accueil, dans laquelle le protagoniste se projette par ignorance, appartient à une classe sociale défavorisée que le cinéma américain préfère largement dissimuler. Leur misère affective, leur précarité matérielle, et surtout leur dépendance de toutes sortes de drogues n'ont rien de héroïquement tragique. Il s'agit juste du portrait sans fard d'une souche de la société américaine tellement laissée pour compte qu'elle n'a même pas de quoi fournir une matière dramatique suffisante, si jamais la fiction s'intéresse à elle. D'où également une certaine vacuité du récit, relevée d'une façon poussive par l'enquête de l'agent du FBI tenace, mais pas infaillible.
Enfin, une fois de plus la mise en scène de Jean-Paul Salomé sait tirer des interprétations plutôt remarquables de ses comédiens. Tandis que Marc-André Grondin reste bien trop en retrait pour percer l'énigme de son personnage antipathique, Ellen Barkin et Famke Janssen ôtent le masque avec une sincérité et un refus sidérant du glamour, auquel on ne s'attendait pas forcément de la part de ces deux beautés des années 1980 et '90, respectivement.

Vu le 31 mai 2010, à la Salle Gaumont - Louis Feuillade, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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