Rats (Les)

Réalisé par Robert Siodmak (1956)

Drame
Rats (Les)
Durée 95 minutes
Sortie 29/02/1956
Note 6/10

Dans le Berlin de l'après-guerre, le soir du réveillon, Pauline Karka est arrêtée par la police, lorsqu'elle tente de quitter la zone britannique, hébétée et ensanglantée. Anna John, qui avait employé clandestinement cette réfugiée de l'est dans sa laverie, est convoquée au commissariat pour l'identifier. Au moment de la confrontation, Pauline retrouve brièvement la mémoire. Anna se voit alors obligée de révéler les circonstances qui ont poussé Pauline à commettre l'irréparable, alors qu'elle était juste venue à Berlin pour prendre des nouvelles du père de l'enfant qu'elle portait.

La critique

Par Tootpadu 13/05/2010

Si ce n'était pour le récit cadre un brin trop moralisateur, cette adaptation de la pièce de théâtre de Gerhart Hauptmann serait d'une noirceur, qui tranche clairement avec la bonne humeur factice, de rigueur dans le cinéma allemand de l'époque, symbolisée par la guimauve suprême de Sissi et ses suites. Ce lauréat de l'Ours d'or au festival de Berlin ne se fait par contre guère d'illusions sur la bonté humaine. Dès le début, la célébration insouciante de la Saint-Sylvestre est stoppée net par la découverte de sang sur le passeport que Pauline porte sur elle, et l'altruisme d'Anna, qui héberge la réfugiée, montre rapidement sa vilaine tête intéressée. L'innocence a dû laisser des plumes depuis la fin de la guerre, surtout à Berlin, un lieu de passage à l'avenir incertain, qui ne constitue plus la patrie que pour les plus incorrigibles, comme Anna et son frère, et duquel il serait plus sage de fuir afin de s'installer à l'ouest, pour son mari et Pauline.
La guerre et ses séquelles n'ont pas non plus laissé la répartition des rôles indemne. Ainsi, les personnages masculins font pâle figure face à leurs pendants féminins, soit parce que leur optimisme les rend aveugles pour les dures vérités du quotidien, comme le mari transporteur ou l'ancien directeur de théâtre qui a entreposé ses costumes chez lui, soit à cause de leur faiblesse de caractère, qui, par le biais d'une lâcheté et d'une paresse sans bornes maintes fois explicitées, en fait des jouets dociles entre les mains des femmes plus déterminées qu'eux. Bruno, le frère d'Anna, est l'exemple parfait de ces individus veules, qui vivent aux crochets de leurs proches, en échange de leur discrétion sur des secrets de famille, qu'il vaut mieux laisser dans l'ombre. Même si, en comparaison, les personnages féminins mènent la barque, et par conséquent l'intrigue, leur valeur morale n'est pas pour autant plus élevée. C'est juste que ces femmes, toutes des mères potentielles plus ou moins enthousiastes à l'idée d'une progéniture encombrante, font preuve d'une plus grande complexité, sans que cette richesse d'ambitions et de scrupules ne les fasse accéder plus aisément au bonheur.
Maria Schell traduit admirablement cette ambiguïté dans le rôle de Pauline. Celui-ci profite pour une fois pleinement de sa niaiserie, qui n'est en fait que la couverture d'une force de caractère féroce. Derrière ses airs d'une femme désemparée, qui sait parler l'allemand seulement à la façon des immigrés, se cache une mère à l'instinct infaillible, une survivante qui n'a pas dit son dernier mot. Face à elle, Anna, tout aussi remarquablement interprétée par Heidemarie Hatheyer, donne initialement l'impression d'être une femme indépendante et bienveillante, qui constitue en même temps la force motrice de son couple. Mais là aussi, son véritable visage, plus fourbe et froidement calculateur, est dévoilé petit à petit. Les aveux de la culpabilité de ces tigresses à la fin du film relativisent certes l'impact de leur parcours. Mais ce dernier n'en reste pas moins exceptionnellement réaliste et pessimiste dans le contexte d'une Allemagne, qui avait hâte de laisser les horreurs de la guerre derrière elle et de se gaver de la vacuité morale du miracle économique qu'elle vivait pendant les années 1950.

Vu le 12 mai 2010, à la Cinémathèque Française, Salle Henri Langlois, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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