My Name is Khan

Réalisé par Karan Johar (2010)

Drame
My Name is Khan
Durée 161 minutes
Sortie 26/05/2010
Note 6/10

Atteint du syndrome d'Asperger, le jeune Rizvan Khan ne trouve un soutien qu'auprès de sa mère. A la mort de celle-ci, il est obligé de rejoindre son frère Zakir aux Etats-Unis, à San Francisco. D'abord effrayé par un monde qu'il ne connaît pas, Rizvan est pris en charge par sa belle-soeur, qui enseigne la psychologie. En sa qualité de commercial pour les produits de beauté vendus par son frère, il fait la connaissance de la coiffeuse Mandira, dont il tombe amoureux. Au bout d'une longue période de séduction, cette femme divorcée, mère de l'adolescent Sameer, accepte d'épouser Rizvan. Le nouveau bonheur de ce musulman pratiquant pourrait être parfait, si les attaques du 11 septembre n'avaient pas déclenché une vague de xénophobie sans précédent.

La critique

Par Tootpadu 07/05/2010

Heureusement qu'il y a encore le cinéma bollywoodien pour nous faire croire en un monde meilleur, ne serait-ce que pendant les presque trois heures que durent normalement ses spectacles sirupeux. Le cinéma d'évasion au sens traditionnel du terme a en effet déserté depuis des lustres les plateaux européens et américains, pour laisser la place aux agressions audio-visuelles connues sous le nom de blockbuster estival ou aux comédies romantiques ou animées, qui ressentent le besoin pressant de mettre en avant sans cesse l'arme fatale de la prise de conscience, à savoir l'ironie. Aux antipodes de ce cinéma populaire, qui est sans doute intelligent et un reflet plutôt précis de l'état d'esprit blasé de notre civilisation, mais qui manque cruellement de cette pointe d'humanité et d'optimisme nous permettant de voir malgré tout la vie en rose, se situent donc les films bollywoodiens. Leur nombre de sorties sur les écrans français n'est pas suffisamment élevé pour que nous puissions nous vanter d'en être des experts, mais cette nouvelle épopée, menée avec la souveraineté qu'on lui connaît par la star Shah Rukh Khan, correspond parfaitement à l'image que nous avons pu nous faire de ce genre à part entière.
Manichéenne à souhait, l'intrigue épique de My Name is Khan passe à un rythme élevé tous les ingrédients du mélodrame en revue. Après une première partie, qui insiste peut-être un peu trop sur les symptômes de la maladie du protagoniste, au point de ressembler parfois à un Rain man indien, la deuxième moitié de ce film fleuve suit de près le long périple de Rizvan pour rencontrer le président. Peu importe que ce prétexte scénaristique pour une série conséquente de séquences larmoyantes est tout à fait bidon, une sorte de McGuffin tiré par les cheveux afin d'inclure les valeurs et les symboles américains tout en indiquant les frictions d'une nation en état de guerre. Peu importe également que cet hymne vibrant à la bonté de l'homme et au respect des différences culturelles s'apparente par moments à une propagande à peine voilée de l'islam, dans tout ce que cette religion a de paisible et d'enrichissant en termes philosophiques. Enfin, il faudra faire l'impasse sur les numéros musicaux flamboyants et les danses galvanisantes, en raison du physique renfermé du héros, qui s'adapterait sans doute mal aux acrobaties habituelles. Tout ce qui reste d'un point de vue musical, ce sont quelques séquences joliment montées.
En dépit ou peut-être justement à cause de ces lacunes, le rouleau compresseur sentimental, typique de la plupart des films bollywoodiens, accomplit une fois de plus sa tâche guère aisée de nous faire pleurer comme une Madeleine. La fiction est si épaisse que le seul acquis utile du film est de savoir désormais comment prononcer le nom de la vedette, avec l'aide de l'épiglotte. Mais c'est précisément la foi inébranlable et pleinement assumée en la mission de Rizvan, qui rend ce film aussi charmant et divertissant. Au lieu d'être un crétin qui devient un héros malgré lui, à la Forrest Gump, le personnage principal réussit à faire passer sa maladie à l'arrière-plan ici, et à nous inspirer superficiellement par l'altruisme et l'abnégation qui caractérisent son combat. Certes, la finesse ne figure pas dans le dictionnaire des outils de manipulation dont le réalisateur Karan Johar se sert sans la moindre retenue. Mais une histoire aussi bêtement édifiante que celle de Rizvan Khan ne peut en même temps prétendre à être émotionnellement crédible, que si elle se lance dès le début dans la gueule du loup des bons sentiments.

Vu le 6 mai 2010, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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