Soul kitchen
Réalisé par Fatih Akin (2010)
| Durée | 100 minutes |
| Sortie | 17/03/2010 |
| Note | 6/10 |
Tout va de travers dans la vie de Zinos Kazantsakis : sa copine Nadine part sans lui à Shanghaï, son frère Illias, fraîchement sorti de prison en semi-liberté, profite de lui pour avoir un emploi fictif, et son restaurant, le "Soul kitchen", est sous la surveillance étroite du fisc. Ses mesures pour régler ses affaires l'enfoncent encore plus dans le désordre, puisqu'il se casse le dos en voulant remplacer le lave-vaiselle, que le nouveau cuisinier fait fuir ses clients habitués aux escalopes et au poisson pané, et qu'un ami d'enfance croisé par hasard veut à tout prix lui racheter le restaurant. Cela en est assez pour Zinos, qui décide de rejoindre Nadine en Chine. Mais à qui pourra-t-il bien confier la gestion du "Soul kitchen" pendant son absence ?
La critique
Par Tootpadu 19/02/2010
L'environnement social de l'intrigue est toujours autant redevable de la communauté immigrée que dans les films précédents de Fatih Akin, avec son ancrage ferme dans les quartiers populaires de Hambourg. Mais l'héritage turc, ou grec dans ce cas, n'est presque plus qu'un souvenir lointain pour une génération, qui est désormais entièrement arrivée en Allemagne. Ce ne sont pas leurs origines qui posent problème aux frères Zinos et Illias, mais des contretemps de la vie courante qui s'abattent sans distinction sur tous les hommes. Dans ce contexte, leur débrouillardise et leur inventivité pas toujours très légale les rapprochent des artistes de la survie des comédies anglaises des années 1980 et '90, qui avaient su transformer leur précarité sociale en une solidarité et une force coriace insoupçonnées. Soul kitchen se réclame en quelque sorte de cet esprit entreprenant, issu d'une autre époque, qui lui donnerait presque un petit air rétro.
Le rythme sans répit de la narration ne laisse cependant pas le moindre temps ni aux personnages, ni aux spectateurs, de s'adonner à des moments de vague à l'âme. L'enchaînement des situations loufoques est même si bien agencé que l'on pourrait méprendre ce film vigoureux pour un simple divertissement léger. Ce qu'il est aussi, bien entendu. Mais le fait de le juger aussi rapidement risquerait de vous faire passer à côté de sa dimension de conte social, susceptible de vous apprendre quelques détails précieux sur l'Allemagne d'aujourd'hui, en dépit ou justement à cause de l'exubérance de son ton.
Vu le 18 février 2010, au Club de l'Etoile, en VO