Tatarak
Réalisé par Andrzej Wajda (2010)
| Durée | 86 minutes |
| Sortie | 17/02/2010 |
| Note | 7/10 |
L'actrice Krystyna Janda a perdu son mari, le chef-opérateur Edouard Klosinski, suite à une longue maladie. Pour mieux en faire le deuil, elle accepte de jouer dans le nouveau film d'Andrzej Wajda, dont elle avait dû se désister, lorsque le diagnostic d'un cancer avancé avait été annoncé à son mari. Dans cette adaptation de "Tatarak", une nouvelle de Jaroslaw Iwaszkiewicz, il est question de Martha, l'épouse du docteur, qui vit à son insu son dernier été, puisqu'elle est gravement malade. Elle se lie d'amitié avec Bogus, un jeune ingénieur qui cherche à se cultiver malgré lui, pour impressionner sa copine Halinka.
La critique
Par Tootpadu 21/01/2010
Le passage entre la fiction et un simulacre de réalité s'opère sans la moindre gêne et plonge le film dans une incertitude vigoureuse. Le triple portrait d'une femme que Tatarak est au fond, s'articule avec une intensité douce autour de l'appréhension de la mort : celle de l'autre, encore trop fraîche et pénible pour y faire face autrement que dans l'intimité factice du monologue; celle qui rôde dans l'entourage de Martha et qu'elle ignore au profit d'une romance tragique; et enfin celle, la plus complexe et malheureusement la moins développée, qui se produit dans l'abstraction de la mort du cinéma, ou plus précisément dans la fin du faire semblant, quand ces deux traumatismes se réunissent lors d'un choc émotionnel au fond du fleuve. L'ampleur fascinante du film devient alors subitement apparente.
Mais même auparavant, la beauté de la photo, le rythme implacable de la narration, et la vérité du propos produisent leur effet sur nous. Avec une assurance impressionnante, que l'on ne trouve que chez les vieux maîtres comme Manoel De Oliveira ou feu Eric Rohmer, Andrzej Wajda mène son récit, à l'intrigue a priori anémique, vers les hauteurs d'un cinéma intelligent, beau et douloureusement mélancolique.
Vu le 20 janvier 2010, au Club Marbeuf, en VO