Is This Thing On ?

Is This Thing On ?
Titre original:Is This Thing On ?
Réalisateur:Bradley Cooper
Sortie:Cinéma
Durée:121 minutes
Date:25 février 2026
Note:
Le mariage d’Alex et Tess ne tient plus qu’à un fil. Alex doit soudain affronter les doutes de la cinquantaine et la menace d’un divorce imminent. A la recherche d’un nouveau souffle, il se lance dans le milieu du stand-up new-yorkais, tandis que Tess remet en question les sacrifices qu’elle a faits pour leur famille... Ils vont devoir composer avec la coparentalité, questionner leurs propres envies et répondre à une interrogation essentielle : l’amour peut-il prendre une nouvelle forme ?

Critique de Mulder

Avec le film Is This Thing On ?, le réalisateur et co-scénariste Bradley Cooper poursuit un trajet de cinéaste décidément atypique, passant du lyrisme tragique d’A Star Is Born à la rigueur biographique de Maestro, avant d’atterrir dans une comédie dramatique à taille humaine, presque modeste en apparence, mais étonnamment dense dans ses résonances émotionnelles. Le film s’ouvre non pas sur une crise explosive mais sur une séparation murmurée, presque banale dans sa formulation sans hurlements ni portes claquées. Ce choix donne immédiatement le ton : ici, pas de mélodrame tapageur, mais l’autopsie délicate d’un amour fatigué. Will Arnett, dans le rôle d’Alex Novak, impose d’emblée une présence fragile, déstabilisée, très loin de ses partitions comiques habituelles. Face à lui, Laura Dern incarne Tess avec cette intelligence émotionnelle rare qui consiste à jouer simultanément la lassitude, la tendresse résiduelle et une colère rentrée. Dès ces premières minutes, le film intrigue par son refus des conventions spectaculaires du divorce movie et capte totalement notre attention en plantant le décor.

Le déclencheur narratif qui montre le personnage principal Alex qui, pour éviter un droit d’entrée dérisoire, s’inscrit à une scène ouverte, pourrait sembler artificiel s’il ne reposait pas sur un ancrage bien réel : l’histoire de John Bishop, dont l’expérience personnelle nourrit le scénario coécrit par Bradley Cooper, Will Arnett et Mark Chappell. Ce détail change subtilement la perception du film. Ce qui pourrait passer pour une fantaisie hollywoodienne devient une hypothèse humaine crédible : et si la reconversion tardive naissait moins d’une vocation que d’un accident, d’un moment d’égarement ? La première montée sur scène d’Alex, captée dans un silence presque oppressant, résume à elle seule la proposition du film. Il ne raconte pas des blagues, il se raconte. Le rire surgit moins du texte que du malaise partagé. Bradley Cooper filme cet instant comme une renaissance ambiguë : illumination ou fuite en avant ?

La grande réussite du film réside dans cette idée que le stand-up n’est ni un rêve de gloire ni un ressort comique classique, mais un véritable substitut thérapeutique. Alex ne devient jamais un génie de la scène ; ses interventions oscillent entre gaucherie touchante et éclairs de lucidité. Matthew Libatique, fidèle chef opérateur de Bradley Cooper, enferme souvent Will Arnett dans des gros plans tremblés, cherchant sur son visage les micro-variations d’un homme qui redécouvre la sensation d’exister. Cette proximité parfois inconfortable crée une intimité brute, presque documentaire. On ressent la dépendance naissante d’Alex à l’attention du public, ce frisson addictif qui rappelle moins la réussite artistique que la validation émotionnelle. Le film pose alors une question passionnante : le rire guérit-il vraiment, ou ne fait-il que masquer la douleur ?

En miroir, Tess traverse son propre chemin de reconstruction. Laura Dern évite soigneusement le piège de l’épouse fonction narrative. Son personnage n’est ni antagoniste ni victime sacrificielle. Ancienne athlète de haut niveau, Tess porte en elle le poids silencieux des renoncements, et Laura Dern traduit cela par un jeu tout en retenue, où chaque regard semble chargé d’un passé inexprimé. Une scène en particulier (lorsqu’elle assiste incognito à un passage d’Alex) devient un moment de cinéma pur : sans un mot, Laura Dern laisse défiler stupeur, humiliation, désir, nostalgie. Rarement une réaction silencieuse aura été aussi éloquente. À cet instant, Is This Thing On? cesse d’être une chronique de reconversion pour devenir une étude vertigineuse sur ce qui subsiste d’un amour après sa supposée extinction.

Bradley Cooper injecte également une veine comique inattendue à travers Balls, personnage qu’il interprète lui-même. En acteur lunaire, immature et délicieusement agaçant, il offre un contrepoint burlesque à la mélancolie ambiante. Ce rôle fonctionne comme une autoparodie discrète : l’artiste narcissique, autrefois figure tragique chez Cooper, devient ici source de farce. Andra Day, en Christine, module une exaspération savoureuse, jamais caricaturale. Leur dynamique conjugale agit comme un écho déformant de celle d’Alex et Tess .Cela montre une autre variation sur la difficulté d’être deux sans se perdre soi-même. Ces personnages secondaires enrichissent le récit sans jamais totalement voler la vedette au duo central.

Visuellement, le film adopte une esthétique volontairement dépouillée. Pas de compositions flamboyantes ni d’élans opératiques ; la caméra portée domine, les lumières restent naturelles, les décors crédibles. Les appartements new-yorkais, les maisons de banlieue et surtout les sous-sols feutrés des comedy clubs composent un univers tangible. Cette sobriété donne au film une texture presque néoréaliste, accentuant l’impression de capter des fragments de vie plutôt que des situations écrites. La bande-son, subtilement jazzy grâce à James Newberry, accompagne les émotions sans les surligner lourdement, même si l’usage appuyé de Under Pressure pourra diviser par son évidence symbolique.

Le film n’est cependant pas exempt de faiblesses. Certaines coïncidences scénaristiques flirtent avec la commodité, et quelques dialogues explicatifs semblent faire trop confiance aux mots plutôt qu’au jeu déjà éloquent des acteurs. On peut également regretter que la dimension artisanale du stand-up reste en arrière-plan. Mais ces réserves n’annulent jamais l’essentiel : la sincérité du regard. Bradley Cooper filme ses personnages avec une bienveillance palpable, refusant cynisme et cruauté facile. Il préfère explorer les zones grises, ces territoires où l’on peut être à la fois aimant et défaillant, perdu et touchant.

Is This Thing On? s’impose comme une œuvre douce-amère, profondément adulte, qui trouve sa force dans l’observation des fissures invisibles du quotidien. Will Arnett y révèle une vulnérabilité bouleversante, tandis que Laura Dern, impériale, confirme sa capacité unique à transformer le moindre silence en événement dramatique. Sans révolutionner le genre, Bradley Cooper signe son film le plus humain, peut-être le plus intime. Une comédie dramatique qui ne cherche ni l’hystérie ni la catharsis spectaculaire, mais cette chose plus rare : la reconnaissance.

Is This Thing On ?
Réalisé par Bradley Cooper
Écrit par Bradley Cooper, Will Arnett, Mark Chappell
Scénario de Will Arnett, Mark Chappell, John Bishop
Produit par Bradley Cooper, Weston Middleton, Will Arnett, Kris Thykier
Avec Will Arnett, Laura Dern, Andra Day, Bradley Cooper
Directeur de la photographie : Matthew Libatique
Montage : Charlie Greene
Musique : James Newberry
Sociétés de production : Lea Pictures, Archery Pictures
Distribution : Searchlight Pictures (États-Unis), The Walt Disney Company France (France)
Dates de sortie : 10 octobre 2025 (NYFF), 19 décembre 2025 (États-Unis), 25 février 2026 (France)
Durée : 121 minutes

Vu le 11 février 2026 au siège de The Walt Disney Company France (Paris)

Note de Mulder: