Lebanon

Lebanon
Titre original:Lebanon
Réalisateur:Samuel Maoz
Sortie:Cinéma
Durée:93 minutes
Date:03 février 2010
Note:
En mai 1982, le tank du commandant Assi est parmi les premiers à pénétrer en territoire ennemi. Sous les ordres du parachutiste Jamil, il doit participer à une mission de reconnaissance dans des villages libanais, détruits par l'aviation israélienne. A son bord, le nouvel artilleur Shmulik, le machiniste Yigal, et le chargeur Hertzel, tous empressés de sortir indemnes de ce tas de ferraille qui leur sert de bouclier contre les attaques terroristes.

Critique de Tootpadu

La guerre, c'est l'enfer. Il ne fallait pas vraiment un film pour nous rappeler ce fait immuable. Le lauréat du Lion d'or au dernier festival de Venise nous plonge cependant avec une intensité crue dans cette expérience sensorielle, qui affecte à la fois le côté moral et physique de l'homme, comme nous n'en avons pas vu, ni vécu par procuration, depuis longtemps. Le seul autre film à atteindre la même sensation suffocante dans un espace restreint en temps de guerre, serait Le Bateau de Wolfgang Petersen. Les deux films excellent en effet dans la création d'une panique concrète, à partir de la claustrophobie née de l'enfermement dans un cercueil métallique. Peu importe que le tank évolue dans un environnement à première vue moins hostile que les fonds marins des aventures en sous-marin, l'éxtérieur reste tout autant hors d'atteinte. Le champ de bataille est par conséquent double : en dehors du tank d'où les menaces de mort arrivent sous forme de voitures piégées ou de lance-roquettes et où l'acte passif d'appuyer sur un bouton déclenche des horreurs bien réelles; et à l'intérieur, où les nerfs à vif et les conditions de vie précaires font monter la tension entre les soldats.
Le réalisateur Samuel Maoz a conçu son premier film comme une formidable leçon en subjectivité. La dualité de l'action, entre les opérations des parachutistes sur le terrain et le temps suspendu dans la cabine du tank, est invariablement ramenée à cette dernière. La caméra, et par son biais les quatre personnages principaux et le spectateur, ne quitte jamais réellement le tank, tout comme celui-ci n'apparaît presque jamais à l'image vu de l'extérieur. Le seul lien avec le monde en dehors du huis-clos oppressant, ce sont les observations forcément partielles à travers le viseur ou bien les irruptions menaçantes du supérieur en rogne, ainsi que des morts et des prisonniers qui y sont mis à l'abri. Cette coupure traumatisante du monde est encore renforcée par une bande son magnifiquement détaillée, dont les silences sont au moins aussi alarmants que les bruits fantômes.
Enfin, Lebanon se distingue très positivement par l'économie et l'efficacité de ses moyens. La narration exemplaire permet à la tension dramatique de ne retomber que pour de très brefs moments de répit. Et grâce à quelques thématiques universelles, tel la peur de mourir ou de devoir tuer sans distinction, l'envergure morale du récit dépasse le propos peut-être plus sophistiqué, mais sensiblement moins engageant du récent Démineurs de Kathryn Bigelow.

Vu le 18 janvier 2010, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

Note de Tootpadu: