Coeur animal

Réalisé par Séverine Cornamusaz (2009)

Drame
Coeur animal
Durée 94 minutes
Sortie 11/11/2009
Note 6/10

Paul exploite la petite ferme que son père lui a laissée dans un alpage suisse. Il n'est aidé dans ses tâches quotidiennes que par sa femme Rosine, qui subit en silence les abus de son mari despotique. Pour la saison des foins, Paul engage Eusebio, un travailleur immigré espagnol. Alors qu'il croit Rosine enceinte, Paul voit d'un mauvais œil la complicité qui s'installe entre elle et l'étranger.

La critique

Par Tootpadu 04/11/2009

Ce premier film suisse explore avec un naturel fascinant la bestialité de son protagoniste. La route longue et sinueuse, qui fait sortir Paul du carcan dans lequel l'isolation et le souvenir traumatisant du père l'enferment depuis longtemps, en est le principal moteur dramatique. Mais cette structure narrative resserrée réussit bien à la réalisatrice Séverine Cornamusaz. Elle lui permet de se concentrer sur un personnage fortement antipathique, dans un vide social à l'opposé du charme folklorique des Alpes. Ce paysan rustre paraît tellement conditionné par son style de vie précaire et abrutissant en haute montagne, loin de toute forme de civilisation, qu'il devient difficile de trouver ne serait-ce que les signes les plus timides d'humanité ou de compassion dans ses actes et ses paroles désobligeants.
La sauvagerie de son comportement, sur lequel la compagnie des bêtes a indubitablement déteint autant d'un point de vue sexuel que dans ses capacités très limitées de communication, est mise en question par l'arrivée du travailleur saisonnier, qui bouleverse sa routine solitaire. Ce dispositif narratif, du corps étranger qui révèle le dysfonctionnement d'un statu quo profondément enraciné, n'est certes guère original. Mais il permet à Coeur animal de maintenir un semblant d'optimisme quant à l'entêtement indécrottable de Paul, qui sombrerait autrement dans une folie profonde. Le chemin que ce film beau et pur emprunte s'avère encore plus complexe, puisqu'il donne au monstre la possibilité de prendre conscience de son caractère affreux. Le fait que son esprit d'enfant effaré ne dispose pas des moyens adéquats pour renouer avec la bonté, qui sommeille quelque part en lui, est symptomatique de la nature intransigeante et nullement rassurante du film.
Les interprétations d'Olivier Rabourdin et de Camille Japy se montrent à la hauteur du ton peu commode du récit. La véracité de leurs personnages, aussi abjects soient-ils, prime ainsi sur la sympathie éventuelle que l'on pourrait éprouver à leur égard. Car la posture de victime, dans laquelle s'est figée Rosine sans broncher, est au moins aussi moralement douteuse que la simplicité archaïque, qui sert de guide existentiel à son mari.

Vu le 2 novembre 2009, au Club Marbeuf

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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