Au loin des villages

Réalisé par Olivier Zuchuat (2009)

Documentaire
Au loin des villages
Durée 77 minutes
Sortie 11/11/2009
Note 6/10

En 2006, la guerre au Darfour s'est étendue à la partie orientale du Tchad. Des dizaines de milliers de paysans de l'ethnie Dajo se sont réfugiés dans la plaine de Gouroukoun, par peur des attaques des milices rebelles Jinjaweed. Ils y ont construit un camp de réfugiés, qui n'est guère reconnu par les organisations non gouvernementales, parce qu'il s'agit au sens strict de personnes déplacées, et où ils tentent de maintenir un semblant de vie communautaire, dans l'attente d'un retour improbable sur leurs terres.

La critique

Par Tootpadu 15/10/2009

Ce documentaire remplit admirablement la tâche première du cinéma, que bien des films sont cependant incapables d'accomplir : nous faire voyager à travers le monde, pour découvrir des hommes et des femmes dont la vie n'a guère de point commun avec la nôtre, tout en restant confortablement assis dans notre fauteuil de cinéma. L'univers lointain que le réalisateur suisse Olivier Zuchuat nous présente dans son deuxième documentaire, après Djourou Une corde à ton cou, n'est pas vraiment un que l'on aime voir ou dans lequel on souhaite demeurer pendant longtemps. C'est le monde des oubliés d'une guerre, qui ne fait hélas plus la une de l'actualité, faute d'avancées de la part d'une indignation internationale qui n'a aucun impact sur le terrain. Parmi les réfugiés de ce conflit soi-disant secondaire, puisqu'il ne met point en branle l'équilibre entre les puissants de ce monde, pas plus qu'il ne menace leurs intérêts premiers, les Dajos sont les plus mal lotis. Oubliés dans leur camp de fortune, personne ne s'intéresse à eux.
Un mérite de taille d'Au loin des villages est par conséquent sa volonté d'enregistrer la misère existentielle de ces familles tronquées par la guerre. La caméra du réalisateur se prête volontairement et patiemment au rôle d'observateur d'un quotidien, qui défile au ralenti. Elle sait ainsi absorber l'essence d'une existence dans l'expectative, à travers ce que l'on appelerait chez nous des tranches de vie, sauf que dans le cas des réfugiés du camp de Gouroukoun, il s'agit davantage d'une attente léthargique, à mi-chemin entre le deuil des atrocités subies par les Jinjaweed (la longue liste des morts de l'attaque) et un semblant de continuité des traditions (la discussion collective sur la jeune femme à donner en mariage).
La distance que le réalisateur respecte entre le point de vue de la caméra et les situations ou les témoignages qu'il filme, préserve la dignité humaine des intervenants. Olivier Zuchuat n'est pas allé au Tchad pour dénoncer avec entrain et grand fracas formel la vie moralement indigne et matériellement précaire des Dajos. Non, il est devenu l'allié de leur lutte pour une reconnaissance et pour la récupération de leurs terres d'une façon bien plus subtile et exigeante : en nous confrontant sans artifice à leur quotidien, exotique et fascinant en apparence, mais aussi désolant si l'on se sert de la durée conséquente des prises pour regarder plus près.

Vu le 14 octobre 2009, à la Salle Pathé Lincoln, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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