Still walking

Réalisé par Hirokazu Kore-Eda (2009)

Drame
Still walking
Durée 115 minutes
Sortie 22/04/2009
Note 7/10

Comme tous les ans en été, une famille de Yokohama se réunit dans la maison familiale pour célébrer la mémoire de Junpei, le fils aîné, décédé quinze ans plus tôt. Alors que le grand-père regrette toujours d'avoir dû fermer sa clinique en raison d'un problème de vue et faute de repreneurs au sein de la famille, la grand-mère ne sait pas trop quoi répondre à l'offre de sa fille Chinami, qui propose de s'installer avec sa famille dans la maison de ses parents vieillissants. Quant au fils cadet Ryôta, son mariage tardif avec la veuve Yukari, déjà mère d'un garçon, ne trouve pas plus l'approbation parentale que son choix de métier de restaurateur de tableaux.

La critique

Par Tootpadu 08/04/2009

Depuis l'excellent L'Heure d'été de Olivier Assayas, nous n'avons pas vu de film aussi juste et attachant sur la vie en famille que celui-ci. Les différences culturelles entre la France et le Japon ont beau être énormes, la difficulté de perpétuer en tant qu'adulte le modèle familial qu'on a connu enfant est la même partout, où que l'on se trouve sur la planète. Il n'existe pas de relation plus durablement conflictuelle que celle, qui lie un enfant indépendant à ses parents, sur le déclin physiquement et parfois mentalement. La multitude de sentiments qui rentrent en jeu, entre la reconnaissance, les reproches, les espoirs déçus, et l'attachement ancestral à sa progéniture, fait que dans la plupart des familles, les querelles se suivent et se ressemblent à chaque nouvelle réunion.
La force du lien familial et les années passées ensemble sont à l'origine de relations profondes, plus assumées que choisies, auxquelles on peut certes se soustraire en se créant une identité et une vie personnelles. Mais le cycle annuel oblige d'y faire face à un rythme régulier, comme la punition plus ou moins bénigne pour une enfance heureuse, ou pas. Le réalisateur Hirokazu Kore-Eda décrit cette familiarité au sens propre avec une précision et une sensibilité impressionnantes. On ressent le bagage émotionnel que cette famille porte avec elle depuis des années. Ce deuil jamais tout à fait clos d'un fils modèle, qui s'est tué d'une façon absurde, et dont l'anniversaire de la disparition demeure le seul rendez-vous incontournable, a en même temps soudé les membres de la famille dans une étreinte du désespoir. Ils sont comme figés dans leur souvenir, où le rôle de chacun s'efface et dans lequel les membres annexes de la famille ne sont admis que comme invités. En dépit du temps qui avance, chaque nouveau retour chez les parents fait reculer les enfants à la case départ, les déceptions successives de la vie en sus. Et imperceptiblement, les traits de caractère des parents, leurs superstitions et leurs lubies, se superposent à ceux de leurs enfants.
Ce portrait du cycle de la vie, d'une finesse inouïe, n'a pas besoin de coups de théâtre pour nous fasciner. La cruauté des rapports se manifeste bien plus subtilement, par une remarque désobligeante par ci, un regard ou un silence par là. L'effet d'usure devient même insupportable, lorsque les masques tombent le temps d'un aveu, tel cette révendication de la part de la mère du droit de faire souffrir un après-midi par an l'homme qui est responsable de la mort de son fils chéri. Rythmé par quelques plans fixes sur des objets de la vie courante, positionnés là comme les témoins imperturbables de la saga familiale, le récit de Still walking nous rappelle avec force notre propre rapport à la famille. Ce qui est le signe d'un vrai conte universel, accessible et hautement pertinent même pour un public, qui ne partage point les mêmes valeurs culturelles !

Vu le 8 avril 2009, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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