Let's make money
Réalisé par Erwin Wagenhofer (2009)
| Durée | 112 minutes |
| Sortie | 15/04/2009 |
| Note | 6/10 |
En avril 1947, un groupe d'intellectuels s'est réuni en Suisse pour former la "Société du Mont Pélerin", dont le but était la promotion d'un modèle économique néolibéral. Un quart de siècle plus tard, suite au choc pétrolier et à la récession des années 1970, cette idée avait fait du chemin et n'allait pas tarder à être mise en pratique par les gouvernements britanniques et américains de Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Cet élan libéral, du libre échange des biens, des services et avant tout de l'argent, s'est encore renforcé à partir de la fin de la guerre froide. Pour aboutir de nos jours, même avant la crise qui a débuté à l'automne 2008, à une hiérarchie économique incensée, où l'argent de tous les épargnants circule à travers les paradis fiscaux et où les pays émergeants sont plus que jamais à la merci de la Banque mondiale et des intérêts des pays riches.
La critique
Par Tootpadu 06/04/2009
Pour son deuxième documentaire coup de poing, Erwin Wagenhofer ressemble à un Oliver Stone autrichien, à la différence effrayante près que la paranoïa qu'il alimente ne relève guère de la fiction. On croirait entendre la suite du monologue de Donald Sutherland sur un banc à Washington dans JFK, lorsque l'ancien assassin économique parle de ses missions passées, qui visaient simplement à faire prévaloir l'intérêt américain, coûte que coûte. Les autres révélations ne sont point plus rassurantes et dévoilent le fonctionnement nihiliste de notre civilisation, avec une franchise malheureusement peu courante. Les différentes interventions, soit des acteurs sur le marché, soit des politiciens et des intellectuels, se complémentent en effet assez bien pour tenter une approche globale de l'état embryonnaire d'une crise, dont nous ne voyons que les premiers battements de coeur ces jours-ci.
Car l'état des choses, tel qu'il est dénoncé dans Let's make money, se réfère au risque de déraillement d'un système, dont la faille vitale est clairement structurelle et non conjoncturelle. Nous serions presque ammené à envier le public allemand, qui a pu découvrir ce documentaire en octobre dernier, alors que la crise avait tout juste éclaté, et que le chant des sirènes d'Erwin Wagenhofer devait paraître davantage comme un supplément d'information bien a propos. Mais six mois plus tard, la situation s'est enlisée et la clairvoyance thématique de l'analyse élaborée dans ce film fait au mieux froid au dos.
Le choix assez vaste d'exemples du dérèglement de l'économie mondiale, ainsi que leur traitement parfois expéditif, ralentissent certes le rythme du film. De même, une optique au moins timidement optimiste, pour pouvoir envisager à peu près sereinement une sortie de ce marasme de la course au gain, lui fait défaut. Mais loin de l'opposition classique entre l'abondance des riches et la misère des pauvres, ce documentaire péniblement salutaire nous rappelle que les dérives préoccupantes du néoliberalisme sont plus près de chez nous qu'on aimerait le croire : dans les vastes complexes immobiliers sur la côte espagnole qui n'ont jamais été bâtis pour qu'on y vive, voire indirectement, sur le compte en banque de chacun d'entre nous, qui soutenons malgré nous un système contre lequel nous ne pouvons strictement rien !
Vu le 6 avril 2009, au Club de l'Etoile, en VO