Eden à l'ouest

Réalisé par Costa-Gavras (2009)

Drame
Eden à l'ouest
Durée 111 minutes
Sortie 11/02/2009
Note 6/10

Elias embarque sur un bateau d'immigrés, qui est censé l'emmener vers la terre promise de l'Europe. Mais près de la côte italienne, l'équipage quitte le bateau à l'approche de la police des frontières. Elias se précipite alors dans l'eau et regagne la terre ferme à la nage. Il se réveille sur la plage d'un village de vacances pour étrangers fortunés, où il réussit de rester quelques jours. Mais son rêve est de regagner Paris et d'y retrouver un magicien qui lui a laissé son adresse.

La critique

Par Tootpadu 13/01/2009

Tel le cascadeur Cameron dans Le Diable en boîte de Richard Rush, le personnage principal de ce regard fort intelligent de Costa-Gavras sur l'immigration de nos jours cherche refuge dans une communauté plein de magie et d'opportunités insoupçonnées. Elias est cependant vite dégradé au rang de révélateur des pulsions sexuelles réprimées des habitants de cette oasis de la volupté et du luxe, un peu comme le parent pauvre du visiteur énigmatique du Théorème de Pasolini. Pendant tout son périple, cet homme déraciné agit plus comme l'aimant passif qui attire les désirs des personnes qu'il croise, qu'en tant que moteur de propulsion de sa propre destinée.
A partir de son trajet titubant, marqué essentiellement par la bonne volonté des passants ou par le vil instinct des profiteurs de sa misère, le personnage d'Elias est conçu avant tout comme le prisme à travers lequel Costa-Gavras observe les dysfonctionnements de notre société. En optant pour le ton du conte édifiant, le réalisateur nous épargne les poncifs misérabilistes qui caractérisent hélas trop souvent, à la fois dans la fiction et la réalité, le sort des hommes et des femmes qui cherchent le confort sur nos rives. Costa-Gavras, ainsi que son public, savent que pour la plupart des chercheurs d'or des temps modernes, le voyage se termine d'une manière infiniment plus tragique que celui d'Elias. Mais cette lucidité n'empêche pas le réalisateur de concocter une histoire subtilement édifiante sur le monde inhospitalier dans lequel nous vivons et dont nous faisons intrinsèquement partie.
La main qui se tend vers Elias est en effet rarement motivée par un altruisme sincère. Chaque rencontre se solde ainsi par une déception finale, plus ou moins cinglante, qui en dit long sur notre égoïsme calculateur. Et Costa-Gavras ne se prive pas de pimenter son récit de quelques observations savoureuses, comme le rôle des médias qui sont complètement à côté de la plaque, même dans des circonstances aussi incongrues qu'un tournage sur un tracteur, ou celui des critiques de cinéma, en l'occurence Yves Alion, qui sont cantonnés dans des emplois de clochard.
L'enchantement et la désillusion se côtoient donc constamment dans cette odyssée révendiquée, qui aborde avec une sagesse très appréciable un sujet, qui se prêterait autrement à une polémique facile et tendancieuse.

Vu le 13 janvier 2009, à la Salle Pathé Lamennais, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

Retour à la liste des Critiques