Erik Nietzsche

Réalisé par Jacob Thuesen (2009)

Comédie de cinéma
Erik Nietzsche
Durée 96 minutes
Sortie 07/01/2009
Note 6/10

Les rêves du jeune Erik Nietzsche tournent autour de feuilles d'arbres, balayées par le vent. Pour mettre ces manifestations de son imagination en images, il tente de s'inscrire à l'Ecole Danoise du cinéma en 1979. Par accident, il est admis et devra alors défendre bec et ongles sa vision artistique contre le pouvoir conformiste de l'institution.

La critique

Par Tootpadu 15/12/2008

Lars von Trier a visiblement des comptes à régler avec l'Ecole Danoise du cinéma, qu'il avait fréquentée à la même époque que le protagoniste de cette déclaration d'amour corrosive au Septième art. En effet, Erik Nietzsche est un conte autobiographique à peine voilé, dans lequel von Trier intervient régulièrement en tant que voix off et dont il a écrit, sous un pseudonyme, le scénario. Même pour les spectateurs les moins perspicaces, ce lien devrait s'établir clairement lors du générique de fin, quand on voit un Erik plus âgé tirer l'inspiration du décor minimaliste de Dogville de l'analyse des démarcations sur un terrain de tennis.
Nul besoin cependant d'être un connaisseur de l'oeuvre du réalisateur danois pour tirer un plaisir certain de ce film joyeusement ironique ! Erik Nietzsche retrace l'éternel conflit entre un esprit artistique sans volonté de compromis et les restrictions ternes du monde administratif et institutionnel, bref les contraintes matérielles, qui musellent sans cesse l'expression de ce talent. La plus grande qualité du film est qu'il ne prend trop au sérieux ni les aspirations farfelues du jeune cinéaste aspirant, ni les écarts d'un mode de production, qui ne repose plus sur le plébiscite des spectateurs, mais sur des stratagèmes tordus de la part des décideurs à l'égoïsme démesuré d'un cinéma sous perfusion d'argent public.
Une chose est certaine : Erik Nietzsche ne cherche point à faire perdurer la magie du cinéma. En même temps, la mise en scène de Jacob Thuesen, qui n'est visiblement plus un apprenti sorcier, sait capter quelques moments de cinéma pur, justement quand les étudiants prétentieux ont déjà détourné leur regard formaté. Sa critique savoureuse de la formation ringarde d'un art aussi collectif qu'instinctif représente alors une petite leçon de cinéma ludique, plus plaisante et instructive que tout ce qu'on peut apprendre sur les bancs des écoles élitistes et onéreuses ou des universités prisonnières d'une théorisation outrancière.

Vu le 15 décembre 2008, au Club Publicis, en VO

★★★★★★☆☆☆☆ 6/10

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