C'est dur d'être aimé par des cons
Réalisé par Daniel Leconte (2008)
| Durée | 103 minutes |
| Sortie | 17/09/2008 |
| Note | 8/10 |
Le 2 novembre 2004, le réalisateur Théo Van Gogh est assassiné par un islamiste à Amsterdam. Onze mois plus tard, le journal danois Jyllands-Posten publie douze caricatures du prophète Mahomet, afin d'inciter au débat sur le rôle de l'islam dans la société occidentale. La réaction internationale est toute autre, puisque le Danemark est pris pour cible par des actes violents d'intégristes. Au mois de février 2006, plusieurs journaux français reprennent les caricatures en signe de solidarité, dont le magazine satirique "Charlie Hebdo", qui met en Une un autre dessin fait maison, dans lequel le prophète se plaint d'être aimé par des intégristes. Trois associations musulmanes portent alors plainte contre "Charlie Hebdo" pour diffamation raciale et atteinte à la religion. Le procès s'est tenu en février 2007, devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.
La critique
Par Tootpadu 23/07/2008
Pour traiter d'un sujet aussi brûlant que la représentation des musulmans dans les médias, qui était en quelque sorte la fausse pomme de discorde de ce procès pionnier, la démarche du réalisateur Daniel Leconte évite heureusement toute polémique gratuite. Ce sont les avis divergents des différents intervenants qui constituent la base idéologique du documentaire, sans jamais prendre à la légère les implications de ce débat important. Les fondements mêmes de la république laïque ont été interpellés dans ce procès. Alors qu'on peut regretter le recours à la voie judiciaire pour ce genre de différent, cette affaire permet au moins d'interroger, pas sans ironie, le fonctionnement de nos médias et leur rôle d'investigation, auquel ils suffisent de moins en moins.
Daniel Leconte est bien conscient de la valeur explosive et délicate de son sujet. En conséquence, son approche formelle est particulièrement simple. Pas de chichis visuels ici : les entretiens sont conduits devant un fond noir, épisodiquement animé d'une caricature pour appuyer les propos. Et les impressions du procès prises sur le vif apportent un ton immédiat, qui est parfaitement complémenté par une relecture des événements plutôt révélatrice, à travers les entretiens des témoins, des avocats et des membres de la rédaction du magazine irrévérencieux.
Car C'est dur d'être aimé par des cons se démarque par la pugnacité et l'intelligence avec lesquelles il s'attaque à un sujet crucial, qui en dit hélas trop long sur l'état d'esprit frileux et intéressé, qui caractérise de nos jours l'immense majorité des médias.
Vu le 23 juillet 2008, à la Salle Pathé Lamennais