Ploy

Réalisé par Pen-Ek Ratanaruang (2008)

Drame conjugal
Ploy
Durée 105 minutes
Sortie 16/04/2008
Note 5/10

Installés aux Etats-Unis depuis des années, Wit et sa femme Dèng, une ancienne actrice, rentrent en Thaïlande pour assister à des funérailles. A peine descendus de l'avion, ils ne trouvent pas le sommeil dans leur chambre d'hôtel. Au petit matin, Wit se rend alors au bar, où il rencontre la jeune Ploy, qui y attend sa mère en provenance de Stockholm. Il propose à Ploy de se rafraîchir et de se reposer dans sa chambre, le temps que sa mère arrive. Dèng n'est point ravie de voir cette inconnue débarquer dans son espace intime et cela d'autant moins, qu'elle se demande si Wit l'aime toujours, après sept ans de mariage. En même temps, dans une chambre voisine, le barman et la femme de chambre s'adonnent à des jeux sexuels.

La critique

Par Tootpadu 04/04/2008

Pen-Ek Ratanaruang continue de brouiller les pistes avec ce drame conjugal pesant et, hélas, de plus en plus confus. Alors qu'il y capte admirablement l'état d'esprit vague et en quête de repères des époux, propre au décalage horaire après un long voyage en avion, et leurs interrogations quant à l'avenir de leur relation, le réalisateur se complaît également un peu trop à multiplier les pistes et, en fin de compte, à embrouiller son récit. La lenteur contemplative de la narration, qui tire un profit optimal du décor froid et fonctionnel de l'hôtel, tombe ainsi victime d'une échappée de trop, d'une incursion dans le drame criminel qui rend l'affrontement émotionnel du couple trop concret.
Au fil du récit, Pen-Ek Ratanaruang se sert en effet du dispositif onirique avec une désinvolture de plus en plus grande. A force de suivre les personnages dans leur somnolence matinale, le spectateur ne sait plus trop à quoi s'en tenir avec les différents fils de l'histoire, rêvés ou réellement vécus. Cette abstraction dans la perception est plutôt réussie, jusqu'à un certain point, tellement les jeux sexuels des employés en gagnent en tant que pendant sensuel et physique des disputes conjugales à l'autre bout du couloir. Et si la manifestation la plus évidente du désir, et en quelque sorte de l'amour, était l'attirance physique et son assouvissement sexuel le plus débridé, au lieu de l'usure qu'implique à long terme la routine du mariage, semble vouloir nous dire le réalisateur.
Sauf que ce réseau astucieux de doute et d'incertitudes narratives s'écroule plutôt péniblement avec l'aventure tragique de Dèng en dehors du cadre préservé de l'hôtel. Ce sont à la fois la rupture claire du ton, sous la forme d'une entrée à plein pied dans la cruauté de la vie réelle, et son inévitable mise en question finale, qui nous ont déconcertés dans cette dernière partie assez maladroite. Quel intérêt en effet, à ajouter une couche de déroute graveleuse et de la relativiser (ou pas ?) comme une autre parenthèse onirique à la fin, si tout le spectre des conflits conjugaux et leurs issues possibles ont déjà été évoqués auparavant, avec une subtilité et une beauté visuelle certaines ?

Vu le 2 avril 2008, au Club Marbeuf, en VO

★★★★★☆☆☆☆☆ 5/10

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