Useless

Réalisé par Jia Zhang Ke (2008)

Documentaire
Useless
Durée 81 minutes
Sortie 06/02/2008
Note 7/10

Une usine de vêtements dans la province de Canton. La créatrice chinoise Ma Ke prépare sa nouvelle collection "Inutile" et la présente à Paris. De petits commerces de tailleur à Fenyang, qui vivent tant bien que mal des raccommodages des tenues des miniers.

La critique

Par Tootpadu 09/01/2008

Avant toute chose, Jia Zhang Ke est un visionnaire, un maître de l'image qui sait la composer pour lui donner une vie propre et une identité esthétique fascinantes. Sa capacité impressionnante de s'approprier son sujet, serait-il de l'ordre du documentaire, et de l'intégrer dans son point de vue artistique se laisse une fois de plus vérifier ici. Jia sait, comme personne d'autre parmi ses contemporains, conter une sorte d'histoire rien qu'avec des images, sans paroles et sans imposer une direction narrative.
Sa caméra se place en tant qu'observatrice du monde du travail dans l'usine de Canton. Les gestes répétitifs et les regards vides des travailleurs, ainsi que la disposition de l'endroit et du réfectoire, fournissent tous une matière plastique vive au réalisateur. Nul besoin d'une intrigue ou d'une problématique imposées, la vie quotidienne de ces hommes et femmes modestes, leurs conditions d'existence rudimentaires et leur appartenance à un mode de vie collectif, parlent pour elles-mêmes, grâce à l'oeil perspicace et posé de Jia.
L'architecture structurée, visuellement et socialement parlant, de la première partie de ce très beau documentaire vit une première ouverture timide, avec le portrait saisissant de la créatrice indépendante. Elle s'identifie elle-même comme en harmonie avec la nature et consciente de la vie d'un objet, de son histoire individuelle et, en quelque sorte, de sa personnalité. Au fond, Ma Ke reste cependant prisonnière des impératifs commerciaux et industriels. Elle revendique certes sa méthode de travail, mais rien qu'à cause de son défilé à Paris, elle fait partie de l'industrie mondiale de la mode.
L'éparpillement stimulant de Jia, sa capacité de toujours distinguer un élément surprenant à l'intérieur ou en dehors du cadre, aboutit logiquement à l'échelle la plus pauvre de la confection de vêtements. Les combinaisons éprouvées des miniers et les pantalons rafistolés encore et encore symbolisent de façon fort adroite le bout de la chaîne peu glorieux, mais pas pour autant moins humain, de notre rapport, collectif et individuel, à l'habit.

Vu le 9 janvier 2008, au Reflet Médicis, Salle 1, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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