Bannissement (Le)

Réalisé par Andreï Zviaguintsev (2008)

Drame
Bannissement (Le)
Durée 157 minutes
Sortie 06/02/2008
Note 7/10

Alexandre, sa femme Vera et leurs enfants Kir et Eva se rendent dans la maison d'enfance d'Alex, à la campagne. A peine installée, Vera annonce à son mari qu'elle est enceinte ... et que l'enfant n'est pas de lui. Alexandre ne sait pas comment réagir, face à cette nouvelle inattendue.

La critique

Par Tootpadu 09/11/2007

Au lieu d'être récompensé pour l'acteur principal, par le Festival de Cannes, ou la photo, par l'Académie européene, ce deuxième film d'Andreï Zviaguintsev aurait avant tout mérité d'être reconnu pour sa mise en scène, passionnément magistrale ! Certes, tout prix est le bienvenu pour promouvoir un film russe, long et pas vraiment débordant d'action, mais en distinguant ses mérites annexes, ces institutions vénérables passent en quelque sorte à côté du coeur majestueux de cette oeuvre belle et intense. La suprématie de la réalisation de Zviaguintsev est si éclatante, qu'elle aurait presque tendance à étouffer le naturel de cette histoire de couple désolante.
Dès le premier plan, qui sera repris dans le sens inverse à la fin du film, chaque image est imprégnée d'un style visuel fort. La composition du cadre, avec des profondeurs de champs époustouflantes, est finement étudiée pour créer un impact plastique et émotionnel maximal. Zviaguintsev se place alors comme le digne héritier de John Ford et d'Andreï Tarkovsky, grâce à sa capacité de sublimer chaque instant de son film, sans en occulter la dimension humaine.
Car Le Bannissement est avant tout une histoire de famille douloureuse, une tragédie dont toute la portée ne devient apparente qu'à la fin, après un retour en arrière qui donne des indications sur le pourquoi du comment de l'événement central. Le désarroi d'Alexandre n'est nullement atténué ou détourné par la dimension esthétique du film, parfaitement enthousiasmante. Au contraire, la gravité de la narration est encore accentuée par la charge prémonitoire qui pèse sur chaque image. Evoquer l'état d'esprit typiquement russe dans ce contexte relèverait bien sûr du pire cliché. Toutefois, le cinéma d'Andreï Zviaguintsev, ou au moins le peu que nous en avons vu, s'inscrit parfaitement dans la solennité par laquelle se démarque brillamment l'oeuvre d'un Tarkovsky ou d'un Sokurov !

Vu le 9 novembre 2007, au Club de l'Etoile, en VO

★★★★★★★☆☆☆ 7/10

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