Compartiment tueurs

Compartiment tueurs
Titre original:Compartiment tueurs
Réalisateur:Costa-Gavras
Sortie:Cinéma
Durée:92 minutes
Date:19 novembre 1965
Note:
Dans un train couchette qui remonte de Marseille à Paris, une jeune femme est assassinée. Personne parmi les cinq autres occupants du compartiment n'a vu quelque chose. Alors que l'inspecteur Grazziani mène l'enquête, les témoins sont, un par un, traqués par le tueur.

Critique de Tootpadu

Pour son premier film, le réalisateur Constantin Costa-Gavras n'était pas encore un cinéaste profondément engagé, le pourfendeur de toutes les injustices sociales et politiques de la planète. L'habit du messager bien intentionné n'allait en effet plus le quitter à partir de son troisième film, le magistral Z. Une responsabilité bien encombrante qui se ressent encore de nos jours dans son travail, en dépit d'un certain regain de qualité récemment (Le Couperet). Ici, par contre, les enjeux sociaux revêtent une moindre importance, puisque cette adaptation du roman de Sébastien Japrisot suit fidèlement les conventions du genre policier.
Ce qui ne veut pas du tout dire que ce rare exercice, pour Costa-Gavras, dans le divertissement pur ne soit pas une réussite. Le scénario très dense agit en effet sur plusieurs tableaux. Derrière l'action première de l'enquête policière se cachent ainsi des études de caractère peut-être un peu lourdes dans leur forme (la voix off), mais qui permettent une digression narrative des plus intéressantes. A quoi nous sert-il d'en connaître un peu plus sur des personnages à l'expérience de vie réduite qu'à embrouiller les pistes et à étoffer une histoire qui aspire à autre chose qu'un simple énigme meurtrier ? En plus, faute d'un héros central, les différents rôles secondaires se complètent pour aboutir à un enchevêtrement jubilatoire de l'ensemble des acteurs.
Et quel ensemble ! On croirait assister à un défilé des plus grandes vedettes de l'époque (Montand, Signoret), ainsi qu'à la découverte des monstres sacrés de la génération suivante (Trintignant, Denner, Perrin, Piccoli, ou encore Bernadette Lafont). Toutefois, cette richesse luxueuse dans la distribution ne ressemble guère à la surabondance vaine de la plupart des autres productions de l'époque. Grâce au nombre de détails impressionnant que dispense le scénario, autant pour brouiller les pistes que pour donner un aperçu tant soit peu réaliste du quotidien de la police, et à la mise en scène extrêmement précise de Costa-Gavras, même le moindre aspect du film accède au statut de célébration d'un genre pourtant éprouvé. Certes, le regain de vitesse au cours du dernier quart d'heure arrive un peu trop soudainement, et il renie presque le rythme parfaitement calibré qui l'a précédé. Mais c'est également une façon flamboyante de finir avec fracas une histoire policière des plus divertissantes.

Revu le 9 mars 2006, à la Cinémathèque Française, Salle Georges Franju

Note de Tootpadu: