
| Titre original: | Grand Canyon |
| Réalisateur: | Lawrence Kasdan |
| Sortie: | Cinéma |
| Durée: | 129 minutes |
| Date: | 26 février 1992 |
| Note: | |
Le jour où Mack, un avocat californien, se retrouve avec sa voiture en panne dans un des quartiers les plus mal famés de Los Angeles, il est content de l'assistance de Simon qui vient remorquer son véhicule. Persuadé que le mécanicien lui a sauvé la vie, Mack voudrait bien lui rendre service. En même temps sa femme Claire trouve un bébé abandonné dans les buissons près de leur maison. Elle rêve de garder cet orphelin, aussi parce que leur fils Roberto commence à voler de ses propres ailes. Enfin, Davis, un producteur hollywoodien puissant et ami de Mack, se fait tirer dessus et envisage temporairement d'arrêter de financer des films qui glorifient la violence.
Critique de Tootpadu
Il ne faut pas croire que Paul Haggis, l'homme derrière le gagnant controversé des derniers Oscars (Collision), a inventé quoique ce soit avec son histoire autour du racisme à Los Angeles. Ce gagnant de l'Ours d'or à l'époque, qui a par ailleurs dû se contenter d'une simple nomination pour son scénario lors des Oscars, ne traite pas expressément des relations raciales dans la métropole, mais sa forme et son message lourd de sens ressemblent de très près à ceux du film de Haggis. Il fait ainsi preuve d'un pragmatisme de pacotille qui se décompose au fur et à mesure que l'intrigue se complique. La volonté de pratiquement tous les personnages de faire du bien se heurte alors autant à l'adversité de la vie en ville, marquée par la misère sous toutes ses formes, qu'à la profondeur affectée de leurs répliques qui sont censé justifier leurs actes. Là où dans Collision la coïncidence prenait bien trop de libertés issues de la fiction pour rendre l'histoire un minimum crédible, le manque de légèreté ou d'une sagesse véritable dans chaque nouvelle couche de considérations existentialistes administrée avec emphase rend la narration presque ridicule ici. Il est ainsi aisé de trouver au moins autant de répliques prétentieuses ici que chez Haggis, puisqu'à chaque "Je suis en colère tout le temps et je ne sais pas pourquoi !" de l'un répond immanquablement un "90% des gens sont hystériques 24 heures sur 24" de l'autre. Inutile par contre de chercher qui a copié de qui en vue de l'avance d'une bonne décennie du film de Kasdan.
A condition de considérer ce pamphlet bien pensant concocté avec une main de plomb comme un aperçu valable de la réalité sociale américaine de l'époque, ou au moins comme un témoignage sur l'appropriation de cette même réalité instable par le cinéma, y a-t-il quelque chose qui a changé en quinze ans ? Quelques détails mis à part, comme la différence plutôt substantielle de perspective entre le cadre majoritairement policier du film de Haggis et le point de vue de la classe moyenne ici, ce qui surprend c'est avant tout le monopole des afro-américains en opposition avec une population d'immigrés bien plus diversifiée ultérieurement. Toutefois, le traitement du "melting-pot" américain qui ne cesse pas d'exploser est aussi chargé de clichés faciles d'un côté comme de l'autre. Nous ne voulons nullement mettre en question ici les bonnes intentions de Lawrence Kasdan et de Paul Haggis, qui cherchent avant tout à coller le plus près possible au pouls de leur époque respective, mais les films qu'ils nous présentent manquent en fin de compte d'une hargne et d'une rage extrême et contestataire qui les sortiraient du moule consensuel digne d'un téléfilm.
Ce qui nous ammène à la mise en scène peu inspirée de Kasdan. A en juger par la petite dizaine de films que nous avons vue de lui, il n'est pas vraiment un virtuose du Septième art, mais il sait raconter convenablement une histoire à l'occasion. Sauf que le scénario abusivement chargé ici semble lui avoir inspiré toutes les décisions artistiques pour rendre le récit encore plus opaque. Les ralentis occasionnels et le montage suggestif ne comptent ainsi pas parmi les fautes de goût les plus atroces. Non, le comble est assurément atteint avec la longue séquence onirique du milieu qui avait probablement pour but de condenser les préoccupations du couple central, mais qui est simplement tout ce qu'une telle échappée dans le pays des rêves ne devrait pas être.
Revu le 17 mars 2006, en DVD, en VO
Note de Tootpadu: