
Au terme de six mois de lecture, de discussions et de délibérations minutieuses, les lecteurs du Club de lecture Nohée ont dévoilé les trois finalistes de la septième édition du Prix du Livre Nohée, une récompense littéraire qui s’est discrètement imposée comme l’un des prix les plus singuliers de France consacrés à la transmission intergénérationnelle. Annoncée le 1er juillet 2026, cette sélection reflète les valeurs qui définissent le prix depuis sa création en 2020 : mettre à l’honneur des romans qui explorent l’héritage familial, la mémoire, l’identité et les liens invisibles qui unissent une génération à la suivante. Contrairement à de nombreux prix littéraires principalement décernés par des critiques ou des professionnels de l’édition, le Prix du Livre Nohée place les lecteurs seniors au cœur du processus de sélection. Les résidents de 39 résidences pour seniors Nohée réparties dans toute la France passent des mois à lire, débattre et évaluer les ouvrages nominés avant de transmettre leurs coups de cœur au jury final. Leurs choix pour 2026 se portent sur On l'appelait Bennie Diamond de Michaël Dichter (Les Léonides), Loin du Mékong de Louis Raymond (Calmann-Lévy) et L'enfant à la tête baissée d'Alexis Salatko (Denoël), trois romans unis par leur exploration de l'histoire personnelle et de l'héritage émotionnel, tout en proposant des parcours littéraires remarquablement différents.
La philosophie qui sous-tend le Prix du Livre Nohée le distingue dans le paysage de plus en plus encombré des prix littéraires français. Plutôt que de récompenser uniquement l’expérimentation littéraire, ce prix de 5 000 € honore spécifiquement les œuvres écrites en français qui mettent en lumière ce qui lie les individus à ceux qui les ont précédés : héritages familiaux, secrets oubliés, racines ancestrales, souvenirs intimes et le processus souvent fragile de transmission entre les générations. Cette orientation thématique trouve naturellement un écho auprès des principaux lecteurs du prix. Pour de nombreux participants au Club de lecture Nohée, la littérature n’est pas simplement un divertissement, mais un moyen de revisiter des expériences vécues, de préserver la mémoire et de partager des points de vue avec d’autres résidents. Créé en partenariat avec la célèbre Librairie Mollat, la plus ancienne librairie indépendante de France et l’une des institutions littéraires les plus influentes du pays, le club de lecture distribue chaque année six collections thématiques d’ouvrages, encourageant ainsi des échanges réguliers autour de la littérature contemporaine tout en renforçant la lecture en tant qu’activité sociale et intellectuelle. Cette initiative est devenue un pilier de la mission culturelle plus large de Nohée, démontrant que l’engagement littéraire reste vivant jusqu’à un âge avancé.
Le processus de sélection lui-même reflète cet esprit démocratique. Chaque lecteur participant attribue une note globale à chaque titre tout en évaluant plusieurs critères, notamment l’impact émotionnel, l’originalité et la qualité de l’écriture. Il en résulte un classement fondé non pas sur le succès commercial ou la réputation critique, mais sur les réactions authentiques de centaines de lecteurs engagés dont les références littéraires couvrent plusieurs générations. Les données d’une enquête menée auprès des résidents de Nohée dressent un portrait fascinant de ces jurés. Il s’agit majoritairement de femmes âgées de 75 à 90 ans — certaines sont même plus âgées — qui déclarent lire presque tous les jours. Leurs motivations vont bien au-delà des loisirs : la lecture stimule la mémoire, combat la solitude, encourage la curiosité et offre des occasions de conversation au sein de leurs communautés. Interrogées sur les livres qui ont marqué leur vie, elles citent des piliers incontournables de la littérature française et internationale tels que Marcel Proust, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Jules Verne, Agatha Christie, Molière et Jacques Prévert, révélant ainsi des lectrices dont les attentes littéraires ont été façonnées par des décennies d’engagement passionné envers les livres.

Parmi les finalistes de cette année, On l’appelait Bennie Diamond de Michaël Dichter transporte les lecteurs à Anvers dans les années 1970, une ville dont le quartier historique des diamantaires occupe depuis longtemps une place centrale dans le commerce mondial des pierres précieuses. Le roman suit le jeune Bennie Goodman, dont la fascination pour les pierres précieuses l’éloigne des traditions religieuses pour le conduire vers l’univers scintillant mais exigeant des négociants en diamants. Inspiré par l’héritage de son grand-père Yéhuda, dont la réussite s’est faite au prix d’une rupture familiale, le parcours de Bennie se dévoile à la fois comme un récit d’apprentissage et une réflexion sur l’ambition, l’héritage, l’identité et l’appartenance. En oscillant entre les ateliers de taille de diamants et la célèbre Bourse aux diamants d’Anvers, Michaël Dichter explore non seulement la réussite économique, mais aussi le prix émotionnel lié aux attentes familiales et aux héritages brisés. L’examen nuancé que fait le roman de la mobilité sociale et de la responsabilité générationnelle incarne parfaitement les valeurs que le Prix du Livre Nohée cherche à mettre en avant.

Tout aussi ancré dans les questions de mémoire, Loin du Mékong de Louis Raymond élargit la portée géographique et historique de la sélection de cette année. Le roman entremêle deux récits séparés par près d’un siècle. L’un suit un jeune Français à la recherche de la tombe de sa grand-mère dans le delta du Mékong, tandis que l’autre raconte l’histoire d’une Vietnamienne enceinte quittant sa belle-famille pour retrouver son mari, parti travailler dans une plantation au Cambodge à l’époque coloniale. Peu à peu, ces deux destins convergent vers une saga familiale marquée par le silence, le déracinement et les histoires oubliées. S’inspirant de l’héritage complexe de l’ancienne Indochine française, Louis Raymond allie enquête intime et reconstitution historique pour explorer les thèmes de l’exil, du métissage, de l’identité et de la mémoire culturelle. En revisitant un chapitre de l’histoire qui reste relativement peu représenté dans la fiction française contemporaine, le roman offre aux lecteurs à la fois un récit émouvant et une invitation à réfléchir à la manière dont les histoires familiales disparaissent – ou survivent – au fil des générations.

Le troisième finaliste, L’enfant à la tête baissée d’Alexis Salatko, met l’accent sur une histoire profondément personnelle inspirée des propres expériences de l’auteur. Son protagoniste, Alio, souffre d’un trouble alimentaire rare qui l’empêche de manger devant les autres, le laissant isolé et incompris tout au long de son enfance. Victime de harcèlement de la part de ses camarades de classe et submergé par un sentiment de différence, il trouve peu à peu refuge dans la littérature grâce aux livres que sa mère met entre ses mains. La lecture devient alors bien plus qu’une simple évasion ; elle se transforme en un moyen de se forger une identité et de retrouver confiance en soi. Le roman explore la résilience avec une sensibilité remarquable, illustrant comment la littérature elle-même peut devenir une puissante force de guérison. Il n’est peut-être pas surprenant que cette histoire profondément humaine ait trouvé un écho si fort auprès des lecteurs seniors participant au Prix du Livre Nohée, dont beaucoup reconnaissent dans ces pages l’importance durable des livres en tant que compagnons dans les moments les plus difficiles de la vie.
L’annonce des finalistes marque désormais le début de la phase finale du concours. Le lauréat sera désigné en octobre 2026 par un jury présidé par la célèbre actrice française Brigitte Fossey, dont la brillante carrière s’étend sur plus de six décennies depuis son inoubliable interprétation d’enfant dans Jeux interdits. Elle sera accompagnée de la photographe Francesca Mantovani, de la journaliste et animatrice de Radio Classique Élodie Fondacci, de la journaliste et autrice Pascale Senk, du médecin et écrivain Éric Bouhier, auteur du Dictionnaire amoureux de San-Antonio, ainsi que du romancier et psychanalyste Philippe Grimbert, dont l’œuvre littéraire a souvent exploré les thèmes de la mémoire, de l’identité et des relations familiales. La composition du jury reflète la nature multidisciplinaire du prix lui-même, réunissant des voix issues de la littérature, du journalisme, de la photographie, de la médecine et du cinéma.
Au-delà de la remise annuelle du prix, le Prix du Livre Nohée s’inscrit dans un engagement plus large visant à promouvoir la culture littéraire auprès des seniors tout au long de l’année. Au cours des deux dernières années, Nohée a participé activement aux Nuits de la Lecture, cette célébration nationale de la lecture organisée sous l’égide du ministère français de la Culture. L’organisation favorise également le dialogue intergénérationnel grâce à des collaborations avec Les Petits Champions de la Lecture, en encourageant les rencontres entre jeunes lecteurs et participants seniors, ainsi que des ateliers d’écriture collective axés sur la narration, la mémoire et la transmission d’histoires personnelles. Ces initiatives renforcent la prise de conscience croissante que la littérature peut servir non seulement d’activité culturelle, mais aussi d’outil puissant contre l’isolement social, tout en renforçant les liens entre les générations.
Alors que la septième édition entre dans sa phase décisive, le Prix du Livre Nohée continue de démontrer que les prix littéraires peuvent aller bien au-delà de la simple récompense d’ouvrages exceptionnels. En confiant aux lecteurs seniors une réelle influence sur le processus de sélection, il rend hommage à une communauté dont l’expérience, la sensibilité et le rapport de longue date à la littérature enrichissent le débat autour de la fiction contemporaine. Les trois finalistes sélectionnés pour 2026 abordent chacun les thèmes de l’héritage, de l’identité et de la mémoire sous des angles uniques, mais ensemble, ils illustrent précisément pourquoi la narration reste l’un des moyens les plus durables de préserver l’expérience humaine. En mettant à l’honneur des romans qui mettent en lumière les liens entre le passé et le présent, le Prix du Livre Nohée affirme que la lecture n’est pas seulement un plaisir individuel, mais un acte de transmission — capable de jeter des ponts entre les générations, de préserver la mémoire et de garantir que les histoires qui définissent les familles et les communautés continuent d’être partagées.
(Source : communiqué de presse)