sortie-cinema - Leviticus : la révélation du festival de Sundance qui redéfinit le cinéma queer

Par Mulder, 11 juin 2026

Peu de films dont la sortie est prévue en 2026 ont suscité autant de débats que Leviticus en si peu de temps. Écrit et réalisé par Adrian Chiarella, ce long métrage d’horreur surnaturel australien est rapidement passé du statut de production indépendante ambitieuse à celui de l’un des films de genre les plus commentés de l’année, après sa première très applaudie dans la section « Midnight » du Festival du film de Sundance. Mêlant drame initiatique, romance, traumatisme religieux, horreur psychologique et terreur surnaturelle en une expérience compacte de 88 minutes, Leviticus explore des thèmes à la fois profondément personnels et universellement parlants, créant une réflexion glaçante sur le désir, l’identité, la honte et les conséquences destructrices de l’intolérance. Produit par Samantha Jennings, Kristina Ceyton et Hannah Ngo, et soutenu par Causeway Films, le célèbre géant australien du cinéma de genre, le film s’inscrit dans la lignée d’une société de production déjà reconnue à l’échelle internationale pour son soutien aux voix audacieuses et sans compromis du cinéma contemporain.

Au cœur de l’histoire se trouvent deux adolescents piégés dans un environnement religieux profondément conservateur, dont les sentiments cachés deviennent le catalyseur d’un cauchemar surnaturel terrifiant. Interprétés par Joe Bird et Stacy Clausen, les jeunes protagonistes se retrouvent pourchassés par une entité violente capable de prendre la forme de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre. Ce qui aurait facilement pu devenir un film de monstres conventionnel se transforme au contraire en quelque chose de bien plus troublant et émotionnellement complexe. Le postulat du film utilise habilement l’attirance, l’intimité et le désir comme armes, les transformant en sources de terreur tout en mettant à nu les dommages psychologiques infligés par des communautés qui cherchent à réprimer l’identité au nom de la doctrine. Cette approche a conduit de nombreux critiques à qualifier le projet d’« horreur sociale queer », une étiquette adoptée par Adrian Chiarella, qui s’est largement inspiré de ses propres expériences pour écrire le scénario.

Le titre lui-même annonce d’emblée les intentions thématiques du film. Faisant référence au Livre du Lévitique — un texte fréquemment cité par les conservateurs religieux lorsqu’ils abordent l’homosexualité —, le film remet en question des siècles d’interprétations culturelles et religieuses qui ont façonné les attitudes envers les communautés LGBTQ+. Plutôt que de livrer un message politique direct, Leviticus intègre toutefois ces idées dans un cadre d’horreur viscérale, permettant à la peur, à la répression et au désir de se manifester sous la forme d’une véritable menace surnaturelle. Il en résulte un film qui s’adresse à la fois au public amateur de films d’horreur en quête de frissons et aux spectateurs intéressés par des explorations plus nuancées de l’identité et de la foi. Cet équilibre est devenu l’une des qualités les plus saluées du projet, l’élevant au-delà de la simple allégorie pour l’amener dans le domaine de l’horreur psychologique chargée d’émotion.

Les origines du film révèlent un parcours créatif fascinant. Lévitique a été développé dans le cadre de l’initiative Originate de VicScreen, sous la tutelle de la développeuse de scénarios Angeli Macfarlane, offrant ainsi à Adrian Chiarella une plateforme pour affiner sa vision. S’appuyant sur son expérience de monteur, Adrian Chiarella a abordé la narration en mettant l’accent sur le rythme, la tension et le langage visuel. Il a cité des influences allant du cinéma d’horreur asiatique à des références modernes du genre telles que It Follows et The Witch, et on retrouve des traces de ces inspirations tout au long du film. Pourtant, malgré ces influences, Leviticus ne donne jamais l’impression d’être un simple clone. Au contraire, il transforme l’ADN familier du genre en quelque chose de typiquement australien et de profondément personnel. Le projet a bénéficié d’un financement de production de la part de Screen Australia dans le cadre de son programme 2024–25, tandis que le soutien à la post-production a été apporté par VicScreen et Kojo Studio, ce qui témoigne de la confiance considérable accordée au film par les institutions bien avant sa percée internationale.

La distribution renforce encore l’impact du film. Joe Bird, déjà connu du public pour ses précédentes productions australiennes, livre ce que de nombreux critiques ont qualifié de performance marquante de sa carrière, jonglant entre vulnérabilité et terreur avec une authenticité remarquable. À ses côtés, Stacy Clausen apporte une profondeur émotionnelle à un rôle qui exige de naviguer à la fois entre tendresse romantique et détresse psychologique croissante. Les performances de Jeremy Blewitt et de la célèbre actrice Mia Wasikowska, dans des rôles secondaires, ajoutent encore du poids au récit. Il convient de noter que Mia Wasikowska est également productrice exécutive, ce qui souligne sa confiance dans le projet et son engagement continu en faveur du cinéma indépendant original. Son implication a immédiatement attiré l’attention des milieux cinématographiques internationaux et a contribué à faire de Leviticus l’une des sorties australiennes de genre les plus attendues de l’année.

Sur le plan visuel, le film tire énormément parti du travail du directeur de la photographie Tyson Perkins, dont les images allient des environnements naturalistes à des compositions de plus en plus surréalistes et cauchemardesques. La photographie saisit à la fois la beauté et l’isolement du paysage australien tout en amplifiant la claustrophobie émotionnelle vécue par les protagonistes. Le monteur Nick Fenton maintient un rythme implacable tout au long de la durée concise du film, veillant à ce que les moments émotionnels et les séquences d’horreur se renforcent mutuellement plutôt que de se faire concurrence. La bande originale atmosphérique du célèbre compositeur Jed Kurzel vient compléter l’aspect visuel ; sa musique renforce le sentiment d’angoisse du film tout en préservant son cœur émotionnel. Ensemble, ces contributions créatives créent une expérience cinématographique immersive dont l’effet perdure bien après le générique de fin.

L’une des anecdotes les plus fascinantes concernant la production a émergé pendant la post-production, lorsque les cinéastes ont obtenu les droits d’utiliser la célèbre chanson de Frank Ocean, « Self Control », pour le générique de fin. Selon des informations concernant le film, l’artiste a personnellement approuvé cette utilisation dans une lettre adressée à l’équipe de production. Cette inclusion est d’autant plus remarquable qu’elle marque l’une des rares occasions, ces dernières années, où Frank Ocean a autorisé l’utilisation de sa musique dans un film. Au-delà de sa valeur prestigieuse, la chanson sert de coda émotionnelle poignante, renforçant les thèmes du désir, de la vulnérabilité et de l’acceptation de soi qui définissent le récit. Pour de nombreux spectateurs, l’apparition inattendue de ce morceau est devenue l’un des moments les plus mémorables du film.

La réaction du secteur à Leviticus a été tout aussi remarquable. Après sa première mondiale au Festival du film de Sundance le 23 janvier 2026, le film a rapidement suscité un vif intérêt de la part des distributeurs. Peu après, NEON a acquis les droits mondiaux hors d’Australie et de Nouvelle-Zélande dans le cadre d’un accord dont la valeur aurait été estimée à environ cinq millions de dollars — un montant considérable qui reflétait la confiance croissante dans le potentiel commercial et critique du projet. Cette acquisition a encore renforcé la réputation de NEON, réputé pour repérer des films de genre audacieux capables de susciter à la fois un engouement lors de la saison des récompenses et de fidéliser un public de cultes. Le film a ensuite été projeté au Festival du film de Sydney, où il a été sélectionné en compétition officielle, renforçant ainsi sa notoriété avant sa sortie en salles.

Le public australien a enfin pu découvrir Leviticus en salles le 18 juin 2026, grâce à Maslow Entertainment, la sortie américaine ayant suivi le lendemain via NEON. Le public français devrait découvrir le film le 7 octobre 2026, grâce à Originals Factory, offrant ainsi aux amateurs européens du genre l’occasion de découvrir l’une des œuvres d’horreur les plus singulières de l’année. Alors que les débats autour de la représentation dans le cinéma de genre ne cessent d’évoluer, Leviticus arrive à un moment où le public est de plus en plus réceptif aux films d’horreur alliant critique sociale à une véritable profondeur émotionnelle et psychologique.

En fin de compte, Leviticus est un exemple frappant de la manière dont l’horreur contemporaine ne cesse de se réinventer à travers une narration profondément personnelle. En transformant le désir interdit en une force surnaturelle terrifiante, Adrian Chiarella a créé un film qui fait peur non seulement à cause du monstre qui en est le cœur, mais aussi en raison des vérités émotionnelles qu’il met à nu. Porté par les performances exceptionnelles de Joe Bird, Stacy Clausen, Jeremy Blewitt et Mia Wasikowska, sublimé par la musique envoûtante de Jed Kurzel et soutenu par l’ambition créative de Causeway Films, Leviticus s’impose comme l’une des découvertes les plus fascinantes du genre en 2026 et nous rappelle avec force que l’horreur la plus efficace naît souvent de la confrontation aux peurs que la société elle-même engendre.

Synopsis :
Deux adolescents doivent échapper à une entité violente qui prend l’apparence de la personne qu’ils désirent le plus : l’un l’autre.

Leviticus
Écrit et réalisé par Adrian Chiarella
Produit par Samantha Jennings, Kristina Ceyton, Hannah Ngo
Avec     Joe Bird, Stacy Clausen, Jeremy Blewitt, Mia Wasikowska
Directeur de la photographie : Tyson Perkins
Montage : Nick Fenton
Musique de Jed Kurzel
Société de production : Causeway Films
Distribué par NEON (États-Unis), Originals Factory (France)
Dates de sortie : 23 janvier 2026 (Sundance), 19 juin 2026 (États-Unis), 7 octobre 2026 (France)
Durée : 88 minutes

Photos : Copyright Neon