Sorties-Cinema - Ce qu’il reste de nous : la fresque intime et historique de Cherien Dabis qui bouleverse le monde

Par Mulder, 02 janvier 2026

Présenté en avant-première au Festival du film de Sundance le 25 janvier 2025, Ce qu'il reste de nous (titre original : اللي باقي منك) s'est immédiatement imposé comme l'un des films majeurs de l'année, tant par son ambition narrative que par son impact émotionnel, confirmé depuis par une remarquable série de festivals et un accueil critique unanime. Écrit, réalisé et interprété par Cherien Dabis, le film retrace le destin de trois générations d'une famille palestinienne de 1948 à nos jours, entremêlant histoire et intimité dans une épopée de 146 minutes d'une rare intensité. Produit par Thanassis Karathanos, Cherien Dabis, Martin Hampel et Karim Amer, avec une photographie de Christopher Aoun, un montage de Tina Baz et une musique originale composée par Amine Bouhafa, le long métrage est porté par un casting exceptionnel comprenant Saleh Bakri, Mohammad Bakri, Adam Bakri, Maria Zreik, Muhammad Abed Elrahman, Sanad Alkabareti et Salah El Din. Il est distribué aux États-Unis par Watermelon Pictures et en France par Nour Films, avec une sortie française prévue le 11 mars 2026.

Le film a fait forte impression lors de sa présentation au festival de Sundance, avant d'être sélectionné pour représenter la Jordanie dans la catégorie Meilleur film international aux 98e Oscars, où il a été présélectionné en décembre 2025. Il est l'un des trois films consacrés à l'histoire palestinienne présentés dans cette catégorie cette année-là, aux côtés de Palestine 36 et The Voice of Hind Rajab, marquant un moment particulier dans l'histoire du cinéma et de la politique. Son parcours s'est poursuivi en juin 2025 au Festival du film de Sydney, où il a remporté le prix du public du meilleur film international, puis au 8e Festival international du film de Malaisie, où il a été nommé meilleur film, après avoir déjà remporté le prix du public (Publieksprijs) au Festival international du film de Leyde aux Pays-Bas. En janvier 2026, il était également en compétition dans la section Awards Buzz Best International Feature Film du Festival international du film de Palm Springs, consolidant ainsi sa trajectoire vers les récompenses internationales.

Si le film frappe par sa structure épique, son cœur battant réside dans l'expérience personnelle de Cherien Dabis, cinéaste et actrice palestino-américaine qui s'est déjà fait un nom avec Amreeka (présenté à Sundance en 2009 et récompensé par le prix FIPRESCI à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes) et May in the Summer, qui a ouvert Sundance en 2013. Dans la déclaration d'intention incluse dans le dossier de presse, Cherien Dabis se souvient de son premier souvenir d'enfance en Palestine, à l'âge de huit ans, lorsque sa famille a été retenue pendant douze heures à la frontière par des soldats israéliens, une expérience marquante marquée par la peur et la prise de conscience brutale de ce que signifiait être palestinien. Elle aborde également la « post-mémoire », un concept décrivant l'expérience d'une réalité quotidienne assombrie par le souvenir traumatisant transmis par les générations précédentes, et s'interroge sur la possibilité de guérir d'un traumatisme qui persiste dans le présent. Elle explique que le film n'adopte pas une approche politique au sens strict, mais se veut profondément personnel et intime, une lettre d'amour à son peuple, ponctuée de moments de joie, d'amour et d'humour afin de ne jamais sombrer seul dans les ténèbres.

La dimension familiale est incarnée avec une intensité particulière par la dynastie Bakri. Saleh Bakri, figure majeure du cinéma palestinien et international, connu notamment pour The Band's Visit, Salt of This Sea, Wajib et Le Bleu du caftan, incarne Salim, tandis que son père, Mohammad Bakri, décédé le 24 décembre 2025, incarne le vieux Sharif. La présence de Mohammad Bakri, grand acteur de théâtre et de cinéma, récompensé notamment pour Private de Saverio Costanzo et connu pour son engagement artistique à travers des œuvres telles que le documentaire Jenin, Jenin, donne au film une résonance supplémentaire, presque testamentaire. Son fils Adam Bakri, qui s'est fait connaître internationalement pour son rôle dans Omar (nominé pour l'Oscar du meilleur film international en 2014), complète ce triptyque générationnel, donnant corps à la transmission et au poids de l'héritage ainsi qu'à la complexité des identités contemporaines. À leurs côtés, Maria Zreik, qui s'est fait connaître dans Villa Touma et est acclamée pour sa polyvalence dans le cinéma palestinien et moyen-oriental, incarne Munira avec une intensité contenue qui s'inscrit dans une démarche cinématographique privilégiant l'incarnation plutôt que la démonstration.

La production du film reflète elle-même la réalité géopolitique qu'il évoque : initialement prévu en Palestine, il a dû être délocalisé à Chypre, en Grèce et en Jordanie en raison de la guerre à Gaza, l'équipe ayant été contrainte d'évacuer deux semaines avant le début du tournage. Loin d'affaiblir le projet, cette contrainte logistique a renforcé sa dimension diasporique, faisant directement écho à l'histoire qu'il raconte. En septembre 2025, après sa tournée dans les festivals, Mark Ruffalo et Javier Bardem ont été annoncés comme producteurs exécutifs du film, ajoutant un soutien international visible à une œuvre déjà largement acclamée. Dans le dossier de presse, Mark Ruffalo confie avoir été profondément ému par le film, évoquant la grâce du peuple palestinien face à l'oppression et la capacité de Cherien Dabis à raconter cette grâce avec une humanité bouleversante.

Sur le plan narratif, Tout ce qui reste de toi prend une ampleur rare, retraçant près de huit décennies d'histoire, de 1948 à nos jours, et articulant les fractures historiques à travers le prisme d'une cellule familiale. Ce choix d'une fresque intimiste permet au film d'échapper au didactisme et de privilégier l'identification émotionnelle, comme le souligne Cherien Dabis dans son interview : il s'agit avant tout de permettre au public de « mettre des visages » sur une réalité trop souvent réduite à des chiffres. Le film interroge la transmission du traumatisme entre grand-père, père et fils, tout en laissant une place essentielle à l'espoir, thème explicitement revendiqué par la réalisatrice, qui affirme sa conviction que l'espoir reste une nécessité vitale, même dans les circonstances les plus sombres.

Distribué aux États-Unis avec une sortie éligible aux Oscars à Los Angeles le 28 novembre 2025, suivie d'une sortie limitée le 9 janvier 2026 et d'une expansion progressive à travers le pays, le film arrivera en France le 11 mars 2026, sous le titre Ce qu'il reste de nous, distribué par Nour Films. À l'heure où les débats sur la représentation, la mémoire et la narration des conflits occupent une place centrale dans l'espace médiatique et culturel, Ce qu'il reste de nous s'impose comme une œuvre à la fois personnelle et universelle, qui nous rappelle le pouvoir du cinéma à recontextualiser, humaniser et susciter le dialogue. Avec son ambition historique, sa sincérité intime et ses performances puissantes, le film de Cherien Dabis s'impose déjà comme une étape essentielle du cinéma contemporain consacré à l'expérience palestinienne.

Synopsis :
De 1948 à nos jours, trois générations d'une famille palestinienne portent les espoirs et les blessures d'un peuple. Une fresque où se rencontrent histoire et intimité.

Tout ce qui reste de toi
Écrit et réalisé par Cherien Dabis
Produit par Thanassis Karathanos, Cherien Dabis, Martin Hampel, Karim Amer
Avec Saleh Bakri, Cherien Dabis, Mohammad Bakri, Adam Bakri, Maria Zreik, Muhammad Abed Elrahman, Sanad Alkabareti, Salah El Din
Photographie : Christopher Aoun
Montage : Tina Baz
Musique : Amine Bouhafa
Sociétés de production : Pallas Film, Displaced Pictures, Nooraluna Productions, Twenty Twenty Vision, AMP Filmworks, ZDF, Arte
Distribution : Watermelon Pictures (États-Unis), Nour Films (France)
Dates de sortie : 25 janvier 2025 (Sundance), 5 janvier 2026 (États-Unis), 11 mars 2026 (France)
Durée : 146 minutes

Photos : Copyright Nour films