Exposition - Exposition Marilyn Monroe : 100 ans ! — L’icône, les archives et la fabrication d’une légende

Par Mulder, 25 février 2026

Du 8 avril au 26 juillet 2026, la Cinémathèque française consacre une grande exposition à Marilyn Monroe pour célébrer le centenaire de sa naissance, et l’ambition est claire : aller au-delà du mythe, dépasser la pin-up, fissurer l’icône pour retrouver l’actrice. Intitulée Exposition Marilyn Monroe : 100 ans !, cette rétrospective produite par l’institution parisienne et commissariée par Florence Tissot propose un parcours riche en costumes originaux, extraits de films, photographies et documents rares afin de replacer l’interprète au cœur de l’histoire du star-system hollywoodien. Car si Marilyn Monroe demeure l’une des figures les plus immédiatement reconnaissables de la culture populaire mondiale, elle reste paradoxalement encore sous-estimée en tant qu’actrice, comme si la lumière aveuglante de la star avait effacé le travail de composition derrière chaque rôle.

« Je peux être intelligente quand c'est important, mais la plupart des hommes n'aiment pas ça. » Cette réplique prononcée dans Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks (1953) agit aujourd’hui comme une clé de lecture ironique et cruelle de sa carrière : engagée à Hollywood entre 1946 et 1962, Marilyn Monroe a dû composer avec un système de studios impitoyable qui fabriquait les images autant qu’il les exploitait. L’exposition met en évidence combien l’opulence visuelle des années 1950 a contribué à façonner son aura, à travers le matériel promotionnel glamour, sa garde-robe devenue légendaire et les portraits signés par des artistes de renom tels que Eve Arnold, Richard Avedon ou Andy Warhol, dont les œuvres ont consolidé son statut d’icône posthume. Sa disparition à 36 ans a ouvert un chapitre spectaculaire de vie après la mort, nourri par les médias, les exégèses biographiques et une fascination persistante pour le destin tragique d’une jeune femme devenue mythe. L’exposition célèbre cet héritage à travers une installation inspirée de la culture ballroom, que Madonna a largement popularisée dans la pop culture bien avant l’ère Drag Race, soulignant combien Marilyn Monroe continue d’irriguer les formes contemporaines de représentation.

Si le public se souvient souvent d’elle à travers des images fixes (robes soulevées par une bouche de métro, poses lascives savamment orchestrées) l’un des enjeux majeurs de l’exposition consiste précisément à replacer ses performances au centre du regard. Trop souvent, ses rôles ont été interprétés comme le simple prolongement de ses fragilités personnelles ou des chaos de tournage, réduisant son jeu à une forme de névrose filmée plutôt qu’à une création consciente. Les commentaires de certains contemporains ont contribué à cette perception : Fritz Lang affirmait qu’elle connaissait parfaitement son effet sur les hommes « et c’est tout », John Huston déclarait qu’« elle ne jouait pas », tandis que Arthur Miller estimait que dans tout ce qu’elle faisait, elle était simplement « elle-même ». Avec le recul, ces jugements apparaissent moins comme des analyses que comme des raccourcis ayant contribué à effacer le travail d’interprétation. Or, comme le rappelle James Naremore dans Acting in the Cinema (1988), l’observation minutieuse des expressions, des gestes et des interactions à l’écran révèle une véritable composition. Dès Quand la ville dort de John Huston (1950), malgré la brièveté de ses apparitions, Marilyn Monroe déploie une palette émotionnelle plus ample que celle de ses partenaires, signalant déjà une stratégie de jeu fine et maîtrisée.

L’exposition interroge également les mécanismes du star-system à travers les travaux de Richard Dyer, qui soulignait en 1986 que Marilyn Monroe cristallisait les contradictions d’une Amérique à la fois puritaine et obsédée par la sexualité, notamment à travers son image de pin-up supposément spontanée. Dès 1945, le mannequinat lui permet d’échapper à sa condition d’ouvrière et de divorcer, avant d’apparaître en couverture de nombreux magazines en moins d’un an. La Twentieth Century Fox façonne ensuite cette image de femme enjouée, érotisée sans vulgarité, dans ses films comme dans ses apparitions publiques, construisant une narration promotionnelle qui sera reprise par ses premiers biographes. Sarah Churchwell, dans son historiographie critique, rappelle combien les croyances ont souvent précédé les faits, et combien ces récits en disent parfois davantage sur la société que sur la femme qu’ils prétendent révéler.

En 1955, Sept ans de réflexion de Billy Wilder offre la version la plus exhibitionniste et parodique de la pin-up, tandis que l’année suivante, avec Bus Stop de Joshua Logan, Marilyn Monroe tente d’accéder à des rôles plus complexes, ambition qui coïncide paradoxalement avec une dégradation de son image publique. Comme si ses aspirations artistiques avaient été perçues comme une transgression, son désir d’être reconnue comme actrice dramatique s’est heurté à la persistance du stéréotype de la « blonde idiote ». Cette tension nourrit les légendes, amplifiées après sa mort et la dispersion de ses biens, aujourd’hui détenus en grande partie par des collectionneurs privés ou exploités par des holdings financières gérant ses droits. Le mythe, lui, demeure intact, soigneusement entretenu.

Le catalogue officiel de l’exposition, dirigé par Florence Tissot et publié par GrandPalaisRmnÉditions (296 pages, 40 €), constitue le premier recueil d’essais en langue française consacré à la comédienne. Richement illustré, il entend repositionner le regard porté sur Marilyn Monroe, mettant en valeur son exceptionnelle photogénie tout en réhabilitant son travail d’actrice.

Autour de l’exposition, la Cinémathèque propose une rétrospective intégrale des films de Marilyn Monroe du 8 avril au 24 mai, suivie de projections tous les week-ends, ainsi qu’un programme de conférences et de séances spéciales : Marilyn Monroe, actrice : écoles de jeu par Marguerite Chabrol (9 avril à 19h), « MM/BB : blondes nationales et internationales » par Ginette Vincendeau (29 mai à 19h), Marilyn Monroe et le CinémaScope par Kira Kitsopanidou (5 juin à 17h), des séances avec dialogue autour de Bus Stop avec Richard Dyer et Marguerite Chabrol, de Niagara avec Florence Tissot, de Sept ans de réflexion dans le cadre du ciné-club de Murielle Joudet, ou encore de Trouble-moi ce soir avec Jean-Victor Blanc, ainsi qu’une présentation de Home Town Story par Élias Hérody. Des parcours thématiques intitulés « Traversée des genres du cinéma hollywoodien avec Marilyn Monroe » proposeront des visites guidées suivies d’analyses de films, tandis que les « Jeudis Jeunes » offriront un accès gratuit aux étudiants et aux moins de 26 ans.

Ouverte du lundi, mercredi au vendredi de 12h à 19h, et de 11h à 20h les week-ends, jours fériés et vacances scolaires (fermée le mardi et le 1er mai), l’exposition propose des nocturnes gratuites pour les 18-25 ans le deuxième jeudi de chaque mois jusqu’à 21h sur inscription, des visites guidées le week-end à 16h30, des visites en LSF les 18 avril et 30 mai à 11h30, ainsi qu’une participation à la Nuit des Musées le 23 mai de 19h à minuit. Les tarifs sont fixés à 14 € en plein tarif, 11 € en tarif réduit et pour les 18-25 ans, 7 € pour les moins de 18 ans, avec accès libre pour les détenteurs du Libre Pass.

En célébrant le centenaire de Marilyn Monroe, la Cinémathèque française ne se contente pas de commémorer une icône : elle propose de regarder autrement une actrice trop souvent figée dans le mythe, et rappelle que derrière l’image immortelle se cachait une artiste consciente, stratège et profondément engagée dans son art.

(Source : communiqué de presse)