Ceremonie - Cesar 2026 : Une cérémonie maîtrisée, un palmarès audacieux et un Benjamin Lavernhe éclatant

Par Mulder, 27 février 2026

La 51e cérémonie des César du cinéma s’est tenue le 26 février 2026 à l’Olympia à Paris, organisée par l’Académie des arts et techniques du cinéma, et a récompensé les films sortis en France en 2025 dans une atmosphère à la fois élégante, politique par instants et résolument tournée vers un cinéma d’auteur exigeant et populaire. Présidée par Camille Cottin, dont la présence mêlait ironie subtile et gravité assumée, et orchestrée avec un sens du rythme remarquable par Benjamin Lavernhe, maître de cérémonie aussi précis que malicieux, cette édition a confirmé certaines tendances fortes du cinéma français tout en créant quelques surprises notables. Les nominations avaient été dévoilées le 28 janvier 2026 par l’Académie, installant déjà un duel implicite entre œuvres intimistes et fresques plus ambitieuses, duel qui s’est cristallisé tout au long de la soirée dans un équilibre finalement assez harmonieux.

Le César du Meilleur film est revenu à L’Attachement de Carine Tardieu, produit par Fabrice Goldstein et Antoine Rein, une victoire qui consacre un film d’une délicatesse rare, adapté du roman L’Intimité de Alice Ferney, et qui confirme la capacité de Carine Tardieu à filmer les liens invisibles, les élans retenus et les fractures silencieuses avec une pudeur bouleversante. Déjà salué par la critique lors de sa sortie en 2025, le film s’est imposé comme l’un des plus cohérents de l’année, cumulant également le César de la Meilleure adaptation pour Carine Tardieu, Agnès Feuvre et Raphaële Moussafir, ainsi que celui de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Vimala Pons, remarquable en Emillia Demetriu, dont l’interprétation fragile et lumineuse a suscité une ovation sincère dans la salle.

Le César de la Meilleure réalisation a distingué Richard Linklater pour Nouvelle Vague, choix qui confirme l’ancrage international de la cérémonie et l’ouverture assumée de l’Académie vers des cinéastes étrangers travaillant sur des sujets liés à l’histoire du cinéma français. Le film a d’ailleurs dominé plusieurs catégories techniques majeures avec les César des Meilleurs costumes pour Pascaline Chavanne, de la Meilleure photographie pour David Chambille, et du Meilleur montage pour Catherine Schwartz, dessinant le portrait d’une œuvre techniquement maîtrisée, élégante et pensée dans les moindres détails. Cette reconnaissance multiple souligne combien la reconstitution d’une époque et d’un esprit nécessite une cohérence artistique globale, au-delà du simple hommage esthétique.

Côté interprétation, le César du Meilleur acteur a été attribué à Laurent Lafitte pour son rôle de Pierre-Alain Fantin dans La Femme la plus riche du monde, performance nuancée et ambiguë qui a marqué l’année par son intelligence et sa précision, tandis que le César de la Meilleure actrice est revenu à Léa Drucker pour son rôle de Stéphanie Bertrand dans Dossier 137, confirmant son statut d’actrice majeure du paysage français contemporain. Dans les seconds rôles, Pierre Lottin a été récompensé pour son incarnation de Raymond Sintès dans L’Étranger, apportant une densité troublante à cette adaptation, et Vimala Pons, déjà évoquée, a confirmé la force émotionnelle de L’Attachement.

Les révélations de l’année ont également été saluées avec le César du Meilleur espoir masculin pour Théodore Pellerin dans Nino, et celui du Meilleur espoir féminin pour Nadia Melliti dans La Petite Dernière, deux performances qui témoignent d’un renouvellement générationnel tangible et prometteur. Nino, réalisé par Pauline Loquès, a d’ailleurs remporté le César du Meilleur premier film, signe que l’Académie continue d’encourager des propositions audacieuses et personnelles dès les premiers longs métrages.

Dans les catégories scénaristiques et techniques, le César du Meilleur scénario original a distingué Franck Dubosc et Sarah Kaminsky pour Un ours dans le Jura, récompensant une écriture singulière, tandis que les Meilleurs effets visuels ont été attribués à Lise Fischer pour L’Inconnu de la Grande Arche, film également couronné pour ses décors grâce au travail de Catherine Cosme. Le César du Meilleur son est revenu à Romain Cadilhac, Marc Namblard, Olivier Touche et Olivier Goinard pour Le Chant des forêts, qui a aussi remporté le César du Meilleur film documentaire pour Vincent Munier, produit par Pierre-Emmanuel Fleurantin, Laurent Baujard et Vincent Munier, confirmant la puissance immersive de cette œuvre consacrée au monde naturel.

Le César de la Meilleure musique originale a récompensé Arnaud Toulon pour Arco, qui a également été sacré Meilleur film d’animation sous la direction de Ugo Bienvenu, démontrant la vitalité persistante de l’animation française. À l’international, le César du Meilleur film étranger a été attribué à Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson (États-Unis), soulignant l’influence constante du cinéma américain d’auteur sur le public et la critique française. Les formats courts n’ont pas été oubliés avec Mort d’un acteur de Ambroise Rateau, Fille de l’eau de Sandra Desmazières, et Au bain des dames de Margaux Fournier, chacun distingué dans leur catégorie respective.

Moment fort et chargé d’émotion, le César d’honneur a été remis à Jim Carrey, figure emblématique du cinéma international, dont la carrière traverse comédie populaire et drame existentiel, rappelant à quel point le cinéma peut être un terrain de métamorphose permanent. Son hommage, salué par la salle, a incarné cette passerelle entre générations et continents que les César cherchent à construire.

Malgré une cérémonie globalement réussie, portée par l’énergie précise et élégante de Benjamin Lavernhe, il est difficile de ne pas souligner que, pour la troisième année consécutive, notre média – comme d’autres titres indépendants en ligne – n’a pas été convié à couvrir l’événement. À l’heure où l’Académie semble privilégier certaines figures issues des réseaux sociaux comme Léna Mahfouf, dite Léna Situation, cette orientation interroge sur la place accordée à la presse culturelle spécialisée qui, depuis des années, analyse, critique et accompagne le cinéma français avec constance et exigence. Cette situation contraste avec la qualité indéniable de la cérémonie elle-même et avec l’engagement des artistes célébrés ce soir-là, rappelant qu’au-delà des paillettes, la reconnaissance du travail journalistique indépendant reste un enjeu essentiel pour la vitalité du débat culturel.

Meilleur film
L'Attachement de Carine Tardieu, produit par Fabrice Goldstein et Antoine Rein

Meilleure réalisation
Richard Linklater pour Nouvelle Vague

Meilleur acteur
Laurent Lafitte pour le rôle de Pierre-Alain Fantin dans La Femme la plus riche du monde

Meilleure actrice
Léa Drucker pour le rôle de Stéphanie Bertrand dans Dossier 137

Meilleur acteur dans un second rôle
Pierre Lottin pour le rôle de Raymond Sintès dans L'Étranger

Meilleure actrice dans un second rôle
Vimala Pons pour le rôle d'Emillia Demetriu dans L'Attachement

Meilleur espoir masculin
Théodore Pellerin pour le rôle de Nino dans Nino

Meilleur espoir féminin
Nadia Melliti pour le rôle de Fatima dans La Petite Dernière

Meilleur scénario original
Franck Dubosc et Sarah Kaminsky pour Un ours dans le Jura

Meilleure adaptation
Carine Tardieu, Agnès Feuvre et Raphaële Moussafir pour L'Attachement d'après le roman L'Intimité d'Alice Ferney

Meilleurs effets visuels
Lise Fischer pour L'Inconnu de la Grande Arche

Meilleurs costumes
Pascaline Chavanne pour Nouvelle Vague

Meilleurs décors
Catherine Cosme pour L'Inconnu de la Grande Arche

Meilleure photographie
David Chambille pour Nouvelle Vague

Meilleur montage
Catherine Schwartz pour Nouvelle Vague

Meilleur son
Romain Cadilhac, Marc Namblard, Olivier Touche et Olivier Goinard pour Le Chant des forêts

Meilleure musique originale
Arnaud Toulon pour Arco

Meilleur premier film
Nino de Pauline Loquès

Meilleur film d'animation
Arco d'Ugo Bienvenu

Meilleur film documentaire
Le Chant des forêts de Vincent Munier, produit par Pierre-Emmanuel Fleurantin, Laurent Baujard et Vincent Munier

Meilleur film étranger
Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson (États-Unis)

Meilleur court métrage de fiction
Mort d'un acteur d'Ambroise Rateau

Meilleur court métrage d'animation
Fille de l'eau de Sandra Desmazières

Meilleur court métrage documentaire
Au bain des dames de Margaux Fournier

César d'honneur
Jim Carrey