Exposition - Le chantier invisible : voyage fascinant au cœur de l’atelier créatif de Jean-Jacques Annaud

Par Mulder, 28 janvier 2026

Du 19 mars au 31 octobre 2026, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé ouvrira une parenthèse rare et précieuse dans le paysage culturel parisien avec Le chantier invisible, une immersion spectaculaire consacrée à Jean-Jacques Annaud, cinéaste dont la filmographie épouse à la fois la démesure des fresques historiques et la minutie quasi obsessionnelle de la reconstitution. Pensée comme une traversée sensorielle des étapes de fabrication d’un film, l’exposition dévoilera ce qui, d’ordinaire, demeure hors champ : recherches documentaires, repérages, storyboards, maquettes, costumes, notes d’intention et archives personnelles. Dès les premières salles, le visiteur comprendra que l’enjeu dépasse la simple célébration patrimoniale : il s’agit de rendre visible l’architecture secrète d’une œuvre façonnée par un réalisateur que ses collaborateurs décrivent volontiers comme un architecte de l’invisible, un artisan acharné pour qui faire un film relève moins de l’inspiration fulgurante que d’un travail méthodique, étiré sur des années. Cette approche résonne particulièrement avec le parcours de Jean-Jacques Annaud, formé à l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC) et d’abord rompu aux exigences de la publicité, où l’anticipation et la précision deviennent des réflexes professionnels.

Le parcours mettra en lumière la cohérence d’une méthode forgée dès La Victoire en chantant (Black and White in Color, 1976), Oscar du Meilleur film étranger, et affinée au fil de tournages menés aux quatre coins du monde. La scénographie insistera sur cette dimension sans frontières : Annaud a filmé en Afrique, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud, multipliant les défis logistiques et techniques pour atteindre une authenticité visuelle rarement égalée. Les archives exposées rappellent combien chaque projet fut précédé d’un travail titanesque, qu’il s’agisse d’inventer un langage préhistorique pour La Guerre du feu (Quest for Fire, 1981) avec l’appui d’un linguiste, d’orchestrer la direction d’animaux sur L’Ours (The Bear, 1988), anecdote devenue célèbre : l’élevage de plusieurs oursons afin d’obtenir la spontanéité désirée, ou de consacrer près de quatre années à la préparation du Nom de la rose (The Name of the Rose, 1986), adaptation du roman d’Umberto Eco portée par Sean Connery. Cette plongée dans les coulisses révèle un créateur habité par la recherche de la crédibilité matérielle : textures, lumières, gestes, langues et sons sont pensés comme les éléments d’un tout organique destiné à s’effacer derrière l’illusion cinématographique.

Parmi les pièces phares à découvrir, la réplique d’un manuscrit enluminé du XIVe siècle, présentée sur son lutrin, recrée instantanément l’atmosphère mystique du Nom de la rose, tandis que la maquette monumentale de l’abbaye, conçue par le chef décorateur Dante Ferretti, s’impose comme un témoignage saisissant du dialogue entre imagination et ingénierie. Plans de construction et photographies de plateau dialoguent avec ces objets, offrant un regard presque archéologique sur la genèse des décors. L’exposition consacre également un espace marquant à Notre-Dame brûle (Notre-Dame on Fire, 2022), où maquettes préparatoires, beffroi en flammes, forêt de la charpente, nef et effondrement de l’oculus et éléments de décor (fresque de la chapelle aux Sept Douleurs, trésor, porte-reliquaire, chimères) témoignent de la rigueur historique revendiquée par Jean-Jacques Annaud. Cette section, particulièrement émouvante, rappelle l’ampleur du défi : restituer cinématographiquement un événement encore brûlant dans la mémoire collective, en conciliant exactitude documentaire et efficacité dramatique.

On pourra aussi découvir le tank de Stalingrad (Enemy at the Gates, 2001), maquette à l’échelle 1/10e conçue pour habiller les horizons du film, incarne à lui seul cette obsession du détail crédible ; la robe emblématique portée par Jane March dans L’Amant (The Lover, 1992), entourée de dessins originaux signés Yvonne de Sassinot de Nesle, rappelle combien le costume participe chez Annaud à la dramaturgie visuelle ; enfin, la toile originale de Philippe Druillet pour l’affiche de La Guerre du feu révèlera la porosité entre cinéma et arts graphiques. À ces pièces s’ajoutera, pour la première fois, la présentation de storyboards personnels annotés, réalisés par Jean-Jacques Annaud lui-même ou en collaboration avec Norbert Iborra et Maxime Rebière, offrant un accès direct à la mécanique du découpage, à la chorégraphie des plans et à la pensée visuelle du réalisateur.

Autour de l’exposition, la Fondation déploiera une programmation qui prolonge intelligemment l’expérience : du 13 au 30 mai 2026, une carte blanche permettra à Jean-Jacques Annaud de partager ses inspirations à travers une sélection de chefs-d’œuvre du cinéma muet signés Sergueï Eisenstein, Vsevolod Poudovkine, Charlie Chaplin, Buster Keaton, Harold Lloyd, Abel Gance, René Clair et Friedrich Wilhelm Murnau, rappelant l’ancrage cinéphile d’un auteur souvent associé à la grande aventure spectaculaire. Quatre films produits par Pathé, L’Ours, L’Amant, Deux Frères et Notre-Dame brûle, seront projetés dans le cadre de la Cinémathèque Pathé, et le 10 avril 2026, Jean-Jacques Annaud animera une masterclass suivie d’un échange avec le public avant la projection de Deux Frères. Sous réserve, une rencontre réunissant Jean Rabasse, Jean-Marie Dreujou et Mathieu de la Mortière reviendra sur la fabrication de Notre-Dame brûle, offrant un éclairage complémentaire sur la collaboration entre mise en scène, image et direction artistique.

Installée au 73 avenue des Gobelins à Paris, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé confirme avec Le chantier invisible sa capacité à conjuguer exigence historique, pédagogie et émotion cinématographique, en proposant bien plus qu’une exposition : une véritable traversée du geste créatif de Jean-Jacques Annaud, dont la carrière de Black and White in Color à Wolf Totem (Le Dernier Loup, 2015), en passant par Seven Years in Tibet (1997) avec Brad Pitt) incarne une certaine idée du cinéma d’auteur populaire, ambitieux et résolument artisanal.

Filmographie :
1976 - La Victoire en chantant
1979 –Coup de têt)
1981 - La Guerre du feu
1986 - (Le Nom de la rose
1988 - L'Ours
1992 - L'Amant
1995 - Guillaumet, les ailes du courage
1997 - Sept ans au Tibet
2001 - Stalingrad
2004 - Deux frères
2007 - (Sa majesté Minor
2011 - Day of the Falcon or Or Noir
2015 - Le Dernier Loup
2022 - Notre-Dame brûle

Information pratique :
Adresse : Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, 73 avenue des Gobelins 75013 Paris
Horaires : Mercredi et jeudi 14h - 19h Mardi et vendredi 14h - 20h30 Samedi 11h30 - 19h
Site Internet : www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com
Tarif plein : 5€, Tarif réduit et partenaire*: 3€

(Source : communiqué de presse)