Festivals - 13e édition du Festival de la Cinémathèque française : Debra Winger et John Badham, portraits croisés d’un Hollywood en mutation

Par Mulder, 28 janvier 2026

Du 11 au 15 mars 2026, la Cinémathèque française déploiera sa 13e édition du Festival de la Cinémathèque dans ses murs et à travers 11 salles partenaires, affirmant une nouvelle fois sa place centrale dans la transmission et la réactivation de l’histoire du cinéma mondial, avec une programmation qui conjugue prestige, réflexion et redécouverte. Cette édition rendra hommage à deux figures majeures du cinéma américain de la fin du XXe siècle, Debra Winger et John Badham, deux trajectoires radicalement différentes mais profondément révélatrices de la mécanique hollywoodienne, de ses fulgurances comme de ses zones d’ombre, dans un esprit qui rappelle combien la Cinémathèque sait relier patrimoine et résonances contemporaines sans jamais céder à la simple nostalgie.

Figure essentielle du cinéma américain des années 1970 et 1980, Debra Winger incarne une idée exigeante et presque militante du métier d’actrice dans un star-system alors à son apogée, choisissant ses rôles avec une rare cohérence artistique et refusant toute compromission facile. Son parcours est jalonné de collaborations avec des cinéastes majeurs tels que Bob Rafelson, Alan Rudolph, Costa-Gavras, Karel Reisz ou Bernardo Bertolucci, autant de signatures qui témoignent d’un rapport au cinéma fondé sur la confiance dans les auteurs plutôt que sur la seule logique commerciale. Si le grand public continue de l’associer à jamais au rôle d’Emma dans Tendres Passions, performance bouleversante qui a marqué durablement l’histoire du mélodrame américain, le Festival choisit aussi de mettre en lumière l’envers du décor, cette pression constante exercée par l’industrie sur les actrices, leur image et leur liberté. La projection du documentaire Searching for Debra Winger, réalisé par Rosanna Arquette, viendra enrichir cet hommage en offrant un regard intime et politique sur une carrière exemplaire, et sur la difficulté de préserver une voix singulière dans une industrie souvent hostile à l’indépendance féminine, un sujet dont la modernité résonne encore puissamment aujourd’hui.

À l’opposé apparent de cette trajectoire introspective, mais tout aussi révélateur de son époque, John Badham s’impose comme l’un des grands architectes du cinéma populaire américain des années 1980, un réalisateur capable de capter l’air du temps avec une acuité parfois visionnaire. Dès son deuxième long métrage, La Fièvre du samedi soir, il signe un film-manifeste qui devient un marqueur socioculturel de la fin des années 1970, au même titre que Taxi Driver ou Rocky, cristallisant les aspirations, les frustrations et l’énergie brute d’une jeunesse en quête d’identité. Plus frappant encore avec le recul, WarGames apparaît aujourd’hui comme une œuvre d’une prescience saisissante, anticipant avec une étonnante justesse les débats contemporains autour de l’intelligence artificielle, de la automatisation des décisions militaires et de la fragilité des systèmes de contrôle. Quant à Tonnerre de feu, chronique d’une Amérique sous surveillance militarisée, le film se regarde désormais avec un regard renouvelé, presque inquiet, tant ses thématiques font écho aux enjeux sécuritaires et technologiques actuels. Invité d’honneur du Festival, John Badham proposera également une carte blanche composée de trois films, offrant un aperçu personnel de ses influences et de sa cinéphilie, un geste toujours précieux pour comprendre la logique intime d’un cinéaste au-delà de ses succès emblématiques.

Fidèle à son ADN, le Festival de la Cinémathèque française n’oublie pas pour autant sa mission patrimoniale essentielle, en réservant une place de choix aux dernières restaurations et aux raretés récemment exhumées, rappelant que le cinéma est aussi un art de la sauvegarde et de la transmission. Cette édition rendra hommage à plusieurs figures et institutions majeures, parmi lesquelles les cinéastes Aleksandar Petrović, Robert Bober, Anja Breien et Pierre Zucca, mais aussi à l’historien et archiviste Naoum Kleiman, surnommé à juste titre « le Langlois russe » pour son rôle fondamental dans la préservation et la diffusion du patrimoine cinématographique mondial. Un focus sera également consacré à Kadokawa Pictures, acteur incontournable du cinéma japonais, ainsi qu’à la ville de Bruxelles, soulignant l’ouverture internationale et la curiosité permanente qui caractérisent la ligne éditoriale du Festival.

Enfin, le jour de l’ouverture sera marqué par une Journée d’étude co-organisée avec le CNC, intitulée « Cinéma & Écologie – Réinventer la critique, interroger les pratiques », un temps fort qui illustre la volonté du Festival de dépasser la simple célébration des œuvres pour engager une réflexion de fond sur les responsabilités culturelles, critiques et environnementales du cinéma aujourd’hui. Dans un contexte où la question écologique s’impose à toutes les industries culturelles, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de dialogue entre créateurs, chercheurs et professionnels, fidèle à l’esprit de la Cinémathèque française. L’ouverture de la billetterie est fixée au 17 février 2026, et au regard de la richesse et de la cohérence de cette programmation, nul doute que cette 13e édition s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles, les professionnels et tous ceux qui considèrent le cinéma comme une mémoire vivante, toujours en mouvement.

(Source : communiqué de presse)