Mission Impossible : The Final Reckoning, le dernier chapitre explosif de la légendaire saga portée à bout de bras – et souvent suspendu dans le vide – par Tom Cruise, est désormais à l'affiche dans les salles obscures. Une conclusion attendue, redoutée, espérée, dans laquelle l'agent Ethan Hunt est confronté à ses démons, à ses erreurs, mais surtout à une menace d’un nouveau genre : l’Entité, une intelligence artificielle surpuissante et insaisissable, capable de manipuler le réel comme le virtuel. Pour sauver l’humanité, il va devoir plonger une dernière fois dans l’ombre… et affronter son propre passé. Ce nouvel opus, le huitième d’une saga débutée il y a près de trois décennies, ne se contente pas d'enchaîner les scènes d’action spectaculaires – bien qu'il offre les séquences les plus haletantes, précises et audacieuses de toute la franchise. Il prend aussi le temps de revisiter l’univers Mission: Impossible dans sa globalité, en multipliant les références aux films précédents. On y retrouve des lieux familiers, des personnages clés, et même des détails narratifs qui prennent un tout nouveau sens à la lumière de cette ultime mission. Ce n’est pas juste un film d’action, c’est un adieu vibrant, émotionnel, presque introspectif, qui scelle une boucle entamée en 1996. À l’occasion de cette sortie événement, l’intégralité de la saga est rediffusée sur les chaînes 6ter et M6. Alors, est-ce vraiment nécessaire de tout revoir avant de découvrir The Final Reckoning ? La réponse courte : oui, mille fois oui. Et promis, notre article reste garanti sans spoilers.
Dès les premières minutes, le film pose le décor : ce sera une œuvre-miroir, un jeu de reflets et d’échos avec le passé. Des visages oubliés refont surface, des lieux porteurs de mémoire sont revisités, et certains dialogues résonnent comme des réponses différées à des questions posées il y a vingt ans. Le premier film, réalisé par Brian De Palma, est convoqué à plusieurs reprises – celui-là même qui a réinventé l’espionnage à l’américaine à travers le prisme d’une série culte des années 60. Emmanuelle Béart, Jean Reno, les masques, les messages qui s’autodétruisent, et bien sûr le thème musical de Lalo Schifrin, toujours aussi électrisant. Impossible d’oublier la scène culte de la chambre blanche de la CIA, où un Ethan Hunt en apesanteur frôle le sol dans un silence d’église. Une séquence devenue mythique, gravée dans la mémoire collective comme un modèle de tension maîtrisée.
Puis viennent les autres piliers de la saga. Dans le troisième épisode signé J.J. Abrams, Ethan affronte Owen Davian, un trafiquant d’armes glacial, incarné par le regretté Philip Seymour Hoffman. Le MacGuffin : une arme inconnue, désignée sous le nom énigmatique de « patte de lapin ». Ce volet marque un tournant plus personnel, plus émotionnel, avec l’introduction de la vie privée d’Ethan. Et dans Protocole Fantôme (2011), le quatrième opus, la menace devient mondiale : une guerre nucléaire à éviter, un gratte-ciel à escalader à mains nues, et un souffle d’aventure qui fait penser à un James Bond post-moderne. L’ennemi, Kurt Hendricks, incarne une vision apocalyptique : pour lui, l’humanité doit être détruite pour renaître meilleure. Mais dans cette mission, c’est la trace d’une femme qu’il faut suivre, pas celle d’une arme. La saga commence à changer de ton, à prendre de la hauteur, à injecter plus de vertige que jamais – littéralement.
Le lien direct avec Dead Reckoning – Partie 1 (sorti en juillet 2023) est évident. Revoir ce film est presque indispensable pour saisir la complexité de l’Entité, ce nouvel antagoniste qui n’est ni humain, ni localisable, ni prévisible. C’est une intelligence artificielle affranchie de toute forme de contrôle humain. À ses côtés, deux figures clés : Grace, une voleuse aussi rusée qu’insaisissable, incarnée avec brio par Hayley Atwell, et Gabriel, tueur mystérieux issu du passé d’Ethan, joué par Esai Morales. Le duo apporte une dynamique nouvelle, tendue, ambiguë. Le passé et le futur s’y croisent dangereusement.
Dans The Final Reckoning, Tom Cruise – 62 ans et toujours prêt à défier les lois de la gravité – repousse encore les limites du possible. Moto, train, falaise, chute libre, il exécute des cascades époustouflantes qui rendent hommage à une époque où l’action était encore physique, palpable, humaine. Mais surtout, le film fait quelque chose de rare pour un blockbuster : il ralentit, contemple, et fait le bilan. En regardant derrière lui, Ethan Hunt – et Tom Cruise par la même occasion – semble nous dire que chaque mission, chaque masque, chaque trahison comptait. Ce n’était pas juste une course contre la montre. C’était une vie. Une lutte pour préserver quelque chose d’intime dans un monde en dérive.
Durant 30 ans, cette saga a su se réinventer sans jamais trahir son essence, entre réalisateurs visionnaires (De Palma, Woo, Abrams, Bird, McQuarrie) et une star obsessionnelle de perfection. Ethan Hunt est devenu bien plus qu’un héros d’action. Il est le témoin d’un cinéma en voie de disparition, celui des prises de risques réelles, du souffle narratif, et du respect du public. Mission Impossible n’a jamais été une simple franchise. C’est une déclaration d’amour au cinéma d’espionnage, d’aventure, de sueur, de rythme. Et avec The Final Reckoning, Tom Cruise tire sa révérence en beauté. Non pas avec fracas, mais avec une élégance rare.
Chapeau, l’artiste. Et merci pour la mission accomplie.
Synopsis :
Nos vies sont la somme de nos choix. Tom Cruise incarne Ethan Hunt dans Mission : Impossible – Rogue Nation.
Mission: Impossible – The Final Reckoning
Réalisé par Christopher McQuarrie
Écrit par Christopher McQuarrie, Erik Jendresen
Basé sur Mission : Impossible de Bruce Geller
Produit par Tom Cruise, Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Hayley Atwell, Ving Rhames, Simon Pegg, Henry Czerny, Angela Bassett
Directeur de la photographie : Fraser Taggart
Montage : Eddie Hamilton
Musique : Max Aruj, Alfie Godfrey
Sociétés de production : Skydance Media, TC Productions
Distribué par Paramount Pictures
Dates de sortie : 6 mai 2025 (Tokyo), 14 mai 2025 (Cannes), 23 mai 2025 (États-Unis)
Durée : 169 minutes