
« un festival est une fête collective, un spectacle qui réunit des spectateurs dans un lieu précis – en l’occurrence sur la Croisette. Parce qu’il faut brandir des concepts à la mode, on évoque un festival numérique comme le nec plus ultra. Qui peut expliquer ce qu’est un festival numérique ? Quel est le public ? Où sera-t-il ? Comment organise-t-on ça dans le temps et dans l’espace ? » - Thierry Frémaux
Ce matin, à 10h00, Vanity Fair a publié sur son site un hors-série dédié au Festival de Cannes qui aurait dû avoir lieu en ce moment. On peut y retrouver une longue interview de Thierry Frémaux, délégué général du Festival, qui donne des indices pour comprendre à quoi pourrait bien ressembler désormais un festival. Ce hors-série numérique est composé de 4 couvertures qui se succèdent et montrent en douceur l'évolution du festival : de Grace Kelly à Spike Lee (qui aurait été le Président du jury de cette édition), en passant par Sophia Loren et Penelope Cruz.

Notre ressenti est que ce festival a perdu de son charme et de son influence ce qui explique notamment l’absence récurrente chaque année de nombreuses majors américaines. De la même manière ce festival est devenu de plus en plus mondain et prétexte à de nombreuses soirées privées dans lesquelles de nombreux youtubers et autres starlettes sont prêts à tout pour se faire voir et montrer sur les réseaux sociaux les excès organisés alors que de nombreuses personnes en France ont peine à se nourrir et à vivre décemment.
Dans la longue et intéressante interview du délégué général du festival, Thierry Frémaux semble montrer que tout doit être acquis pour ce festival renommé mais à aucun moment on ressent une volonté de réellement s’interroger sur une manière de retrouver ce qui a fait la gloire de ce très beau festival mondial. On trouvera aussi surprenant que vu le contexte actuel que « L’État et les collectivités territoriales (la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le conseil départemental des Alpes-Maritimes, la région Île-de-France) ont immédiatement indiqué qu’ils maintenaient l’intégralité de leurs subventions, ce qui est évidemment très précieux car les pertes sont importantes. ». Alors que chaque année, ce festival rapporte beaucoup d’argent aux hôteliers, aux restaurateurs, aux marques de toutes sortes et permettent à de nombreuses personnes n’y connaissant pratiquement rien en cinéma (youtubers, starlettes, pistonnés de toutes sortes) de se faire inviter à des soirées, cette année devrait être l’année de reconstruire toute l’aura d’un festival qui vit sur son mythe et qui s’effrite chaque année. Il suffit par exemple de voir le choix des films sélectionnés et de se rendre compte que très peu ont une belle carrière en salles comme les excellents Les Misérables, de Ladj Ly et Parasite de Bong Joon-Ho.

A force de mettre en lumière la jet set mondiale, le festival de Cannes ne devrait- il pas être de nouveau à l’écoute du public et peut être trouver un juste équilibre entre films commerciaux et films d’auteurs. Il y a un temps où les plus grandes stars mondiales venaient au festival pour parler de leur film. Elles sont de moins en moins nombreuses à venir. Certes cela permet de donner une plus grande importance au cinéma européen mais le problème reste entier. La plupart des personnes qui vont actuellement à ce festival y sont plus pour participer à ses soirées dantesques que prendre plaisir à découvrir un nouveau film, discuter avec des professionnels. Certes beaucoup de confrères passionnés par le cinéma y vont chaque année, certes des professionnels aussi s’y retrouvent mais la majorité des personnes n’y vont que pour être vus sur le tapis rouge ou dans ses soirées afin de se faire un nom, chercher de nouveaux contacts et en quête d’une gloire éphémère.
Il est temps que le festival de Cannes renaisse de ses cendres, retrouvent sa gloire passée et surtout mettre fin à tous les excès qui l’accompagnent. On vous conseille aussi de lire l’article 24 heures à Cannes chrono qui montre bien les dérives de ce festival qui a cessé de nous faire rêver il y a déjà de nombreuses années.
Vous pouvez découvrir cette édition spéciale ici
Ecrit par Boris Colletier
Photos : Copyright Vanity Fair
(Source : communiqué de presse)