
Ne vous fiez pas à son titre démoniaque. Devils ne joue pas dans la cour des séries fantastiques populaires dans la lignée de la rigolote Lucifer ou de l’excellente Evil, encore inédite en France. Les Démons de Devils n’appartiennent pas au bestiaire théologique, mais ils rodent tapis dans l’ombre au sein de chacun d’entre nous. C’est en substance ce que nous explique, en voix off, Massimo Ruggero (Alessandro Borghi, dont le charisme taiseux sied parfaitement à l’univers de la série), trader prodige qui va voir toutes ses certitudes voler en éclat suite au suicide de l’un de ses collègues.
Adaptée du best-seller de Guido Maria Brera, Devils apparaît dès ses premières images comme une production internationale de qualité et nous promet un thriller financier implacable en pleine city londonienne. Premier défi pour le spectateur : prendre le temps de se familiariser avec le jargon de cet univers où les stock-options et autres bons du trésor appartiennent au langage courant. Heureusement, Margin Call ou encore The Big Short, côté cinéma, ont déjà ouvert la voie sur les enjeux qui se trament dans les trading rooms. En cas de crise, chacun prendra les décisions qu’il faut pour sauver sa part du gâteau… quel qu’en soit le prix pour les autres. Une leçon que Devils reprend évidemment à son compte.

Mais si l’intrigue financière s’inspire des évènements qui se sont vraiment déroulés en 2011, « annus horribilis » pour les marchés boursiers, la série tente avant tout de réintroduire de l’humain dans ce monde où les chiffres masquent de terribles réalités. Ainsi les problématiques globales viennent se doubler de préoccupations plus intimes qui permettent au spectateur de s’accrocher au spectacle de marionnettistes qui défile devant ses yeux. L’univers de Devils se compose essentiellement de verre et d’acier, de tableaux de données et de lofts londoniens aseptisés. Le résultat, claustrophobique à souhait, ne fait qu’entretenir le sentiment de malaise dans lequel se trouve Massimo, le héros pris au piège de la toile boursière.
La narration nous offre, heureusement, quelques respirations bien méritées à l’occasion de séquences de flash-back, illustrant essentiellement le passé des personnages. Filmées de manière plus aérienne, ces scènes viennent casser l’apparence un peu trop rectiligne de l’intrigue principale. Elles nous révèlent également quelques jolis rebondissements qui nous poussent à regarder sous un jour nouveau la situation dans laquelle se trouvent les personnages. Pour l’instant, seul le mentor ambivalent Dominic Morgan (Patrick Dempsey a des années-lumière de la bienveillance du célèbre Docteur Mamour de Grey’s Anatomy) n’a pas eu droit à son moment de bravoure. Espérons que cela change dans les derniers épisodes, au risque d’enfermer le personnage dans un rôle de méchant un peu trop systématique.

Au bout de six épisodes, Devils n’a pas encore révélé tous ses secrets. Mais plus le récit avance et plus le spectateur se laisse prendre par ses filets labyrinthiques. La série résolument contemporaine prétend délivrer un instantané des dérives capitalistes de notre époque. Au-delà de la finance et de ses coups bas assenés au nom de la stabilité des banques et des intérêts étatiques, le scénario a également la bonne idée de nous guider sur la piste des lanceurs d’alerte. Ce cocktail manque parfois un peu d’originalité mais son suspense froid, implacable et intelligent finit par nous séduire. Il va falloir être un peu patient pour savoir qui tire vraiment les ficelles…
Synopsis :
Massimo Ruggiero est un brillant trader de la NYL, une banque d'investissement américaine basée à Londres. Alors qu'il est en pole position pour devenir Vice CEO, Massimo voit le poste lui échapper au profit d'un autre. Se sentant délaissé par Dominic Morgan, son mentor, Massimo entreprend de le faire tomber avec l'aide de son équipe. Il se retrouve alors pris au milieu d'une guerre financière mettant en péril l'économie européenne.
Devils
10 épisodes de 60 min
Une série de Jan Michelini
Adaptée du roman de Guido Maria Brera
Avec Patrick Dempsey, Alessandro Borghi, Laia Costa, Malachi Kirby, Pia Mechler, Sallie Harmsen, Harry Michell, Lars Mikkelsen, Kasia Smutniak…
Scénaristes : Alessandro Sermoneta, Mario Ruggeri, Elena Bucaccio, Guido Maria Brera, Chris Lunt, Ben Harris…
Réalisation : Nick Hurran, Jan Michelini
Producteurs : Luca Bernabei, Nick Hurran, Marc B. Lorber, Chris Lunt, Michael A. Walker
Sociétés de production : Sky Studios, Sky Italia, Orange Studio, Lux Vide
Diffusion : A partir du 18 avril sur OCS (France) et du 17 avril sur Sky Italia (Italie)
Un article écrit par Marianne Velma
Photos : Copyright Sky Italia / OCS