Sorties-Cinema - La deuxième étoile : Entretien avec Lucien Jean Baptiste

Par Mulder, 17 novembre 2017

Nous avons décidé de partager cette passionnante interview de Lucien Jean-Baptiste extraite du dossier de presse du film La deuxième étoile..

Q : En 2009, LA PREMIÈRE ÉTOILE avait reçu un accueil enthousiaste du public, (près de 1 700 000 entrées), pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour proposer la « deuxième » ?

Lucien Jean-Baptiste : Après ce film, qui était mon premier long métrage, on m’avait beaucoup poussé à en écrire rapidement une suite. Le titre même du film, LA PREMIÈRE ÉTOILE, semblait d’ailleurs en appeler assez vite une deuxième ! Mais il se trouve que je ne suis pas un « movie maker ». « Pondre » sur commande, je ne sais pas faire. Je ne peux écrire et réaliser que lorsque j’en ressens un besoin absolu. À l’époque, j’avais d’autres idées de scénarios qui me tenaient à coeur, mais je n’avais pas d’urgence vitale à les réaliser puisque, parallèlement, j’ai un autre métier, celui de comédien. En plus, l’exercice de la suite m’effrayait un peu, car il est très périlleux. Jean Giraudoux, qui n’était pas cinéaste mais cinéphile, disait : « il faut surprendre le spectateur avec ce qu’il attend ». C’est la difficile problématique des suites. Il faut qu’on retrouve les mêmes personnages, ou presque, mais il ne faut pas que ces derniers donnent l’impression de rejouer la même histoire. Cela implique de trouver une « bonne idée », qui ne sente ni la redite ni le rafistolage.

Q : Comment cette « bonne idée » vous est-elle venue pour LA DEUXIÈME ÉTOILE ?

Lucien Jean-Baptiste : Un soir en rentrant chez moi, j’ai trouvé ma femme et mes deux enfants, chacun le nez sur un écran. Personne n’a levé la tête à mon arrivée ! Ça m’a touché et contrarié. Je me suis rappelé qu‘il n’y a pas si longtemps, dans les familles, en tous cas dans la mienne, même si la télé était allumée pour le sacro-saint 20h ou Intervilles, elle n’empêchait ni les conversations, ni même les chamailleries. C’était vivant et chaleureux ! Aujourd’hui, avec l’invasion des tablettes qu’on consulte à tout bout de champ, non seulement on a tendance à moins se parler, voire plus du tout, mais on est en train d’oublier un plaisir majeur, essentiel même, celui de la convivialité. J’ai grandi au milieu d’une tribu de sept personnes. Ma mère, mes cinq frères et soeurs et moi même, on n’avait pas un sou, on s’entassait tous dans la même pièce, mais justement, ce qui nous rendait heureux, c’était qu’on soit tous ensemble. Maintenant que, financièrement, tout va mieux pour chacun, l’individualisme a gagné la partie, et on n’arrive plus jamais à réunir la fratrie ! Pour moi, c’est comme un bonheur perdu… À force de gamberger sur la perte du sens du partage dans notre société, j’ai fini par me dire que ce serait bien de faire un film sur une famille qui, malgré les « tablettes » de tous et les emplois du temps de chacun, réussit à se réunir et… y trouver du plaisir ! Il m’a semblé que le moment le plus propice pour susciter cette réunion serait Noël… J’avais enfin trouvé le sujet de ma DEUXIÈME ÉTOILE… et j’ai pris mon stylo…

Q : Pourquoi Noël ?

Lucien Jean-Baptiste : Je mets toujours un peu de moi dans mes films et j’adore cette fête ! Pour un Antillais, traditionnellement, c’est un moment de liesse indescriptible. Quand j’étais petit, malgré son manque de moyens, ma mère parvenait à faire de ce jour-là, pour ses enfants, un jour magique. Elle concoctait un gigantesque repas créole. La table était ouverte à tous ceux qui le souhaitaient. On chantait à tue tête… On était comme les doigts d’une main… J’en ai encore les larmes aux yeux. Et puis, Noël, aujourd’hui, ça parle à tout le monde, chrétiens, juifs et musulmans. Symboliquement, il n’y a pas, je crois, d’événement plus rassembleur ! Noël est « la » fête de la réconciliation par excellence.

Q : Vous avez choisi d’ouvrir votre film par une séquence très joyeuse sur les préparatifs de cette fête aux Antilles…

Lucien Jean-Baptiste : Là-bas, un peu comme aux États-Unis d’ailleurs, mais en surmultiplié, Noël est un événement qu’on prépare longtemps à l’avance. Dès le début du mois de décembre, les gens se réunissent partout, dans les églises, dans les écoles et même dans les maisons, pour répéter ce qu’on appelle les « Chanté Nwel » (chanter Noël), des cantiques spécifiques, qu’on connaît ici, mais qu’ils interprètent, là-bas, en version créole. Ça swingue tellement, c’est tellement spectaculaire, tellement joyeux, tellement coloré, que j’avais même pensé à en faire un documentaire ! J’ai laissé tomber le projet, mais j’ai eu envie d’ouvrir mon film sur ma mère de ciné, en l’occurrence Firmine Richard, en train de répéter son « Chanté Nwel » dans son village natal. C’est fort et drôle. J’aime les comédies qui commencent par des rires.

Q : Cela dit, la neige est, une fois encore, l’élément essentiel de votre comédie…

Lucien Jean-Baptiste : Comment faire autrement avec un film qui s’appelle LA DEUXIÈME ÉTOILE ? (rires). Et puis, à la montagne, outre qu’elle offre un décor sans pareil, la neige est une mine inépuisable de gags. Depuis le « cultissime » LES BRONZÉS FONT DU SKI de Patrice Leconte, le film de neige en station de sports d’hiver est même presque devenu un genre en soi. On ne compte plus les scénarios qui s’en inspirent.

Q : Selon le principe même de la suite, on retrouve dans cette DEUXIÈME ÉTOILE les personnages « fondamentaux » de la Première… dont, bien évidemment, le principal d’entre eux, Jean-Gabriel. On avait quitté ce père de famille, présentateur des courses hippiques à la télévision. Il réapparait en présentateur météo…

Lucien Jean-Baptiste : Il a évolué. En neuf ans, c’est normal ! En fait, je voulais qu’il ait enfin trouvé la stabilité, mais en faisant un métier qui amuse les enfants, non seulement les siens mais tous les autres. Je lui ai trouvé celui là, qu’il exerce, sérieusement mais gaiement, avec un soleil en carton découpé autour de sa tête. C’est grâce à ce job qu’il a une vie plus aisée et peut partir en vacances sans tracas.

Q : Il retourne donc à la neige, pour réapprendre le « vivre ensemble » à toute sa petite famille, sa femme, Suzie, ses trois ainés et un petit dernier, tout nouveau celui-là.

Lucien Jean-Baptiste : Pour ce film, dont je souhaitais qu’il s’adresse aux enfants comme aux adultes, il fallait que je m’appuie sur une famille où chacun puisse se retrouver. Dans LA PREMIÈRE ÉTOILE, Jean-Gabriel et Suzie n’avaient que trois enfants, qui, depuis, sont devenus des ados. Il m’a semblé indispensable de donner à ces derniers un petit frère, Zach, dont on peut imaginer qu’il a été conçu « hors champ », après, par exemple, que la situation de Jean-Gabriel se soit stabilisée. Au delà du phénomène d’identification qu’il pouvait déclencher, je ne pouvais pas concevoir cette DEUXIÈME ÉTOILE sans un enfant… Un enfant, c’est sensible, c’est maladroit, ça fait des bêtises, ça a une grande capacité d’émerveillement, c’est craquant et surtout, ça inspire beaucoup de tendresse… Un sentiment dont je tenais absolument à ce qu’il irrigue ce film, étant donné son thème…

Q : Cette fois-ci, vous emmenez Suzie avec vous…

Lucien Jean-Baptiste : Le contexte n’est pas le même. Dans LA PREMIÈRE ÉTOILE, elle mettait au défi son feignant de mari de partir à la montagne. Cette fois-ci, elle est entièrement partie prenante. Une réunion de famille sans la mère n’aurait eu aucun sens ! C’est, bien sûr, de nouveau Anne Consigny qui l’interprète. Elle m’avait scotché dans JE NE SUIS PAS LÀ POUR ÊTRE AIMÉ de Stéphane Brizé, mais la première fois que je l’ai vue en vrai, je suis immédiatement tombé sous son charme. Pour être « ma » Suzie, je n’ai plus voulu personne d’autre ! Elle était exactement la femme que je recherchais – douce, sensible, touchante, fine mouche, et en plus, non dépourvue d’humour et de caractère, deux qualités indispensables pour supporter les débordements d’une tribu d’Antillais ! (Rire). J’ai été content de retrouver Anne. Elle a une palette de jeu inépuisable. Quand elle tournait avec son père de cinéma, Roland Giraud, elle exhalait une telle tendresse, qu’à chaque fois, derrière mon Combo, j’y restais ! On va découvrir aussi qu’elle peut être une grande actrice de comédie.

Q : Dans votre tableau familial, vous n’avez pas oublié les grands-parents !

Lucien Jean-Baptiste : Il était impensable que je fasse cette DEUXIÈME ÉTOILE sans « bonne maman », la mère de Jean-Gabriel. Avec sa faconde, sa mauvaise foi, sa générosité, son exubérance, ses idées fixes, ses traditions, qu’elle trimballe partout, sans se soucier de rien, elle avait animé, porté, « colorié » LA PREMIÈRE ÉTOILE. Elle revient ici, par une pirouette scénaristique, dans toute sa truculence, un porcelet sous le bras, parce que, dans son île natale, un Noël sans cochon, ça n’existe pas ! C’est évidemment une nouvelle fois Firmine Richard qui l’interprète. D’abord parce que, pour moi, qui suis né en Martinique, Firmine est l’archétype majeur de l’Antillaise. Ensuite parce que, sur un plan personnel, elle est comme ma deuxième mère. Je la connais par coeur, et vive versa. Avec elle, je gagne un temps fou ! Quand je lui donne, au choix, deux indications de jeu, je sais qu’elle va choisir la plus efficace. Elle a la vis comica un truc très rare, que peu d’acteurs possèdent. Il suffit qu’elle débarque quelque part, et tout le monde rigole. Il y avait « la » mère juive, « la » mamma italienne, avec Firmine, il y a désormais « la » mamie antillaise. Elle donne du crédit au film, elle l’enracine. Selon ce bon vieux principe qu’un choc de contraires peut faire jaillir du rire, j’ai adjoint à cette ingérable et ineffable « Bonne maman », un « Pépé » bien franchouillard, qui, béret sur la tête et raideur militaire, sonne le clairon pour un oui pour un non, et « qu’ça saute ! ». Dans le film, cet hurluberlu sanglé dans ses certitudes et ses vestes kaki, est le père de Suzie, un père qui a des petits soucis de santé et dont sa fille va devoir désormais s’occuper. J’ai confié ce monsieur pas commode à un as du rire, un des rois du Boulevard, Roland Giraud. Au cours d’un déjeuner assez désopilant, car, dans la vie, Roland a un humour fou, je lui ai demandé d’apparaître au début du film, mécanique et obtus, comme dans PAPY FAIT DE LA RÉSISTANCE, et à la fin, de se révéler grandpère émerveillé par son dernier petit-fils. Roland a été plus que parfait, dans le rire et dans l’émotion… On l’a rarement vu briser son armure d’acteur comique comme cela, il est bouleversant.

Q : Roland Giraud n’est pas le seul nouveau venu dans la distribution… Il y a aussi ce duo d’acteurs qui joue les « méchants» voisins de chalet.

Lucien Jean-Baptiste : Pour cette DEUXIÈME ÉTOILE, il était donc hors de question que j’arpente, de nouveau, les terres de la première. Sauf lors de brèves allusions, on n’y parle donc ni d’argent, ni de racisme, ni non plus, parce que je viens de le faire dans IL A DÉJÀ TES YEUX, des oppositions culturelles entre européens et africains. Comme le coeur de mon sujet était le « vivre ensemble » j’ai imaginé que des voisins teigneux et envieux vont venir empoisonner la vie de ma petite famille. Pour interpréter ces trouble-fêtes soudés par la bêtise et la méchanceté, j’ai fait appel à deux acteurs que j’aime beaucoup, Laurence Oltuski et François Bureloup. Chaque fois que j’ai vu jouer François, sa justesse de jeu m’a épaté. Quant à Laurence, elle m’avait tellement bluffé dans IL A DÉJÀ TES YEUX où elle jouait une pédiatre, que j’ai décidé de lui confier un rôle un peu plus consistant. Laurence et François n’avaient jamais travaillé ensemble, mais sur le tournage, ils ont merveilleusement fait la paire !

Q : Revenons à ceux qu’on retrouve, Edouard Montoute et Michel Jonasz…

Lucien Jean-Baptiste : Sentimentalement et artistiquement, il était impensable pour moi que ces deux comédiens ne m’accompagnent pas dans ce numéro 2. Edouard Montoute est tellement formidable dans l’outrance et le burlesque que j’ai étoffé son rôle. Le colérique mais gentil Jojo de LA PREMIÈRE ÉTOILE à qui, pour partir en vacances, Jean-Gabriel empruntait la voiture (une berline customisée), s’est mué ici en un drôle de zigoto recherché par des malfrats. Quand, pour le même motif, Jean Gabriel va encore une fois lui « emprunter » sa voiture (cette fois, un van flambant neuf), il va s’en suivre une course-poursuite insensée pour la retrouver. Les malfrats vont traquer Jojo qui lui même va pister Jean-Gabriel… Edouard, qui adore jouer les mauvais garçons a pris à bras-le-corps ce côté « thriller parodique » du film, et je dois dire qu’il le porte avec un brio et un humour assez époustouflants ! Quant à Michel Jonasz, il était impossible qu’on ne le retrouve pas, lui, sa profondeur, sa gentillesse, sa bonhomie et sa bienveillance.

Q : Dans LA PREMIÈRE ÉTOILE, il jouait le mari de Bernadette Lafont. La comédienne a depuis disparu. Pourquoi avez vous tenu à ce qu’elle figure quand même dans cette suite ?

Lucien Jean-Baptiste : Dans la vie, Bernadette était quelqu’un d’une générosité et d’une humanité extraordinaires, mais elle était assez secrète. J’avais eu la chance qu’elle m’offre son amitié. Quand on réalise son premier film, ça compte, le soutien d’une femme de cette qualité et de cette expérience-là ! Devoir faire cette suite sans elle, était pour moi un déchirement. Je cherchais désespérément le moyen de lui rendre hommage, c’est la monteuse qui a trouvé. Au moment où mon personnage (Jean-Gabriel) regarde la photo de Bernadette, elle a eu l’idée de basculer dans un extrait de LA PREMIÈRE ÉTOILE, selon le principe du flashback. Je suis content. Il me semble que cela fonctionne bien.

Q : Pourquoi avez-vous ajouté au récit de ces vacances familiales – déjà très rock‘n’roll – une histoire de malfrats ?

Lucien Jean-Baptiste : Je voulais sortir des codes des gentilles comédies de vacances à la neige. Mais, attention, je précise que, dans mon film, les malfrats sont ouvertement des malfrats d’opérette ! Ils sont là pour créer un suspense amusant, pas pour effrayer les enfants ! Pourquoi encore une embrouille autour d’une voiture ? Parce qu’aux Antilles, la bagnole c’est sacré, et que c’est une source inépuisable d’engueulades homériques ! Dans cette DEUXIÈME ÉTOILE, je me suis amusé à glisser plein de références. Par ici, un clin d’oeil à la comédie italienne (entre autres, Vittorio De Sica), et par là, un hommage à certains films (comme THE REVENANT) ou certains réalisateurs (dont Tarantino).

Q : Souvenirs, souvenirs… Vous y avez aussi ressuscité une émission de télé culte, qui avait battu tous les records de longévité, Intervilles…

Lucien Jean-Baptiste : Quand j’étais gamin, c’était une de ces émissions bon enfant, qu’on regardait toujours en famille. Avec ses jeux par équipes, dont certains, il faut le dire, plaçaient les concurrents dans des postures croquignolettes, elle nous faisait marrer. Parce que ses droits sont aujourd’hui trop chers, je n’ai pas pu en « dupliquer » des épisodes. Alors, avec mon chef déco, on en a réinventés tous les deux, on a bien déliré…

Q : Vous vous êtes amusés ?

Lucien Jean-Baptiste : À écrire oui, beaucoup, mais, à cause de la météo, ça a été un vrai cauchemar à réaliser. On a commencé les prises de vue sous un soleil radieux. On a dû les continuer le lendemain sous une tempête de vent et de neige carabinée… On n’y voyait rien à deux mètres. Je ne savais plus où mettre la caméra. Il a fallu chambouler le plan de travail, en tenant compte des horaires des enfants. La figuration grelottait. En plus, on devait absolument utiliser la grue qu’on avait louée exprès ce jour-là pour la séquence. C’est la seule fois de ma vie où j’ai paniqué. L’équipe, qui n’en menait pas large non plus, a été formidable. Tout le monde a assuré. Le soir, on s’est tous sentis harassés comme si on avait traversé l’Atlantique à la rame !

Q : Les scènes avec le petit cochon vous ont-elles donné autant de fil à retordre ?

Lucien Jean-Baptiste : Dans un autre genre, presque. Les cochons sont des petites bêtes qui grossissent vite. Les deux mois de tournage en ont nécessité trois qu’il a fallu « caster » ! Il fallait prendre des « bébés » sevrés mais pas trop lourds, pour que Firmine puisse les prendre dans ses bras, et surtout des « bébés » dressés qui soient capables de faire les choses précises que j’allais leur demander : courir, détaler dans une certaine direction, se laisser câliner… Avec de la patience et de la nourriture comme récompense, c’est assez incroyable ce qu’on arrive à faire faire à ces adorables mammifères ! Mais avec la meilleure volonté du monde, il y a des choses pour lesquelles on reste complètement impuissants : leur odeur, la soudaineté de leurs besoins qui arrivent bien sûr sans prévenir, et leurs crises de panique qui se traduisent par des petits cris. Soulevez un petit cochon du sol, et immédiatement il se met à couiner ! Chaque séquence avec l’un d’entre eux exigeait la présence de trois ou quatre dresseurs qui faisaient assaut de douceur et de persuasion, car, sous peine de le voir se carapater, on ne peut pas contraindre un cochon ! Firmine qui avait beaucoup de scènes avec eux a fait preuve d’un sang-froid exemplaire !

Q : Quelle est la scène qui vous a fait le plus rire ?

Lucien Jean-Baptiste : Celle des bonnes soeurs qui chantent dans la camionnette rouge. Je les avais souhaitées « canons », parce que j’en avais marre du cliché de la bonne soeur « forcément moche ». Quand, juché sur ma voiture de travelling, je les ai vues chanter, à tue-tête, sous leur cornette, « Michaud veillait », un chant antillais traditionnel de Noël, ça m’a éclaté. Des images de ma mère et de ma grand-mère ont immédiatement ressurgi. Ça a été pour moi un moment aussi magique que surréaliste.

Q : Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous ?

Lucien Jean-Baptiste : Être à la fois, derrière la caméra pour réaliser, et devant, pour jouer Jean-Gabriel. Il y avait beaucoup de monde sur le plateau, beaucoup plus que pour LA PREMIÈRE ÉTOILE et c’était assez difficile à gérer. Il fallait cajoler les uns, rassurer les autres, surveiller constamment les ados qui ne cessaient de pianoter sur leur portable, canaliser les petits cochons aussi… Et, au milieu de tout ce capharnaüm, il fallait que je joue. Souvent, puisque j’avais le rôle principal ! En temps normal, quand je réalise, il me faut en général trois prises pour arriver à entrer vraiment dans mon personnage, car pendant les deux premières, j’ai tendance à regarder mes partenaires pour m’assurer que tout va bien. Là, ces trois prises m’ont à peine suffi ! D’autant que, venant tout juste de terminer IL A DÉJÀ TES YEUX, j’étais arrivé très fatigué sur le tournage. J’ai eu la sensation très désagréable d’être devenu schizophrène. Ce qui jusque-là m’amusait est devenu un fardeau. Je crois que j’ai touché le fond de l’exercice. Je me suis juré qu’à l’avenir, quand je réaliserai, soit je ne jouerai plus, soit seulement des rôles très courts. Pour pouvoir profiter à fond de ces deux métiers qui me comblent l’un et l’autre et entre lesquels il me serait impossible de choisir.

Q : Malgré ses références à la tradition, votre film n’a rien de passéiste. Ses personnages sont des personnages d’aujourd’hui, qui utilisent des moyens de communication d’aujourd’hui…

Lucien Jean-Baptiste : On peut à la fois aimer les traditions et être de plain-pied avec son temps. Plaider pour le « vivre ensemble » d’hier et utiliser, pour sa vie quotidienne des gadgets d’aujourd’hui, n’a rien d’incompatible. Tout peut s’additionner. Dans mon film qui, je le répète, s’adresse à tout le monde, les ados chantent Noël en famille mais communiquent par Facebook. Il y en a même un qui utilise un drône pour espionner sa voisine. Je ne suis pas contre les inventions de la vie moderne, à condition qu’elles ne coupent ni de l’autre, ni de la réalité du monde. Il ne faut pas que le virtuel l’emporte sur le réel, sinon, les humains n’auront plus rien à se dire. Comment faire ? Quelle stratégie adopter ? C’est là-dessus que porte le questionnement de mon film.

Q : C’est un questionnement grave, que vous avez choisi de traiter selon votre moyen d’expression favori, celui de la comédie…

Lucien Jean-Baptiste : Le rire est pour moi le vecteur le plus efficace pour toucher le plus grand nombre.

Q : À quel moment donnez-vous à vos films leur dimension comique ?

Lucien Jean-Baptiste : Il n’y a pas de moment particulier. Je cherche la comédie à toutes les étapes de leur fabrication. Du premier mot du scénario, jusqu’au dernier jour du mixage, en passant par le tournage, le montage, et les effets spéciaux. Par exemple, pour LA DEUXIÈME ÉTOILE, c’est au moment de la post-synchronisation que, pour humaniser la voiture, j’ai imaginé de la faire parler. J’ai donc appelé une comédienne en catastrophe pour lui demander d’en inventer la voix.

Q : Que voudriez-vous qu’on retienne de votre film ?

Lucien Jean-Baptiste : Je voudrais qu’il incite les gens à se retrouver, qu’ils lèvent le nez de leurs écrans et retrouvent le plaisir de se parler et d’échanger, en vrai, pas seulement virtuellement. J’espère que LA DEUXIÈME ÉTOILE sera reçu comme un « family feel good movie ».

Q : Y aura-t-il une Troisième étoile ?

Lucien Jean-Baptiste : C’est bien trop tôt pour le dire ! (rires). En tous cas, je n’en ai pas encore trouvé le sujet… Pour l’instant, je planche sur un nouveau long métrage dont, par superstition, je ne vous en dirai rien. J’ai aussi écrit une série pour France 2 inspirée d’IL A DÉJÀ TES YEUX.

Synopsis:
Jean-Gabriel a décidé d’emmener toute sa petite famille passer les fêtes à la montagne pour Noël. Et cette fois, tout devrait bien se passer. C’est sans compter sur sa mère qui débarque des Antilles, ses enfants qui n’ont pas envie de partir, Jojo qui lui confie son Hummer et sa femme qui lui annonce qu’elle doit s’occuper de son père qu’elle n’a pas revu depuis qu’elle a fait le choix d’épouser Jean-Gabriel. Mais pour Jean-Gabriel, la famille c’est sacré et Noël aussi !

La Deuxième Étoile
Réalisation : Lucien Jean-Baptiste
Scénario : Lucien Jean-Baptiste, Marie-Castille Mention-Schaar
Acteurs principaux : Firmine Richard, Lucien Jean-Baptiste, Anne Consigny, Edouard Montoute, Michel Jonasz
Sociétés de production : Vendredi Film, Mars Films, France 2 Cinéma, Zamba Films
Pays d’origine : France
Genre : Comédie
Sortie : 2017

Photos: Copyright Mars Distribution

(Source : Dossier de presse)