OCS - The Handmaid’s Tale : la servante ecarlate sur OCS Max des le mardi 27 juin à 20h40

Par Mulder, 24 mai 2017

« À présent, je suis éveillée au monde. Avant, j’étais endormie. C’est comme ça qu’on a laissé une chose pareille arriver. Quand ils ont massacré le Congrès, nous ne nous sommes pas réveillées. Quand ils ont blâmé les terroristes et suspendu la Constitution, nous ne nous sommes pas réveillées non plus. Rien n’arrive instantanément. Dans un bain dont la température monte graduellement, vous êtes brulé à mort avant même de vous en rendre compte. » - Offred

Dans un futur proche, aux États-Unis, des fondamentalistes ont instauré une dictature théocratique basée sur l’ancien testament : la République de Gilead.Le pouvoir est exercé uniquement par des hommes, les femmes ayant été séparées en trois castes : les Épouses, pour les femmes de dirigeants (en robe bleue), les Marthas, les femmes à tout faire (en robe kaki) et enfin les Servantes, regroupant les femmes fertiles (en robe rouge). Suite à une catastrophe écologique, le taux de fertilité a dramatiquement chuté et ces dernières sont désormais uniquement dédiées à la reproduction. Toutes les autres, les inaptes, les stériles, sont tuées ou déportées dans les colonies pour trier des déchets toxiques, jusqu’à la mort. Les Servantes sont formées dans les Centres Rouges, dans lesquels on leur apprend à se taire et obéir, leur rappelant qu’elles ne sont en vie que pour procréer. Au moindre signe de rébellion, la punition tombe : électrocution et coups, mutilation, torture.

Offred (Elisabeth Moss) est une Servante. Elle n’a plus de droit, plus d’identité et son prénom, June, n’est plus le sien. Désormais, il indique uniquement qu’elle appartient à un homme appelé Fred (« of Fred », de Fred). Offred est un corps à disposition. Elle appartient à un couple ne pouvant pas avoir d’enfant, le Commander Fred Waterford (Joseph Fiennes) et son épouse, Serena Joy (Yvonne Strahovski). Au fil des épisodes, elle se parle et nous parle, commente cette vie sordide dans sa tête, se souvient de celle d’avant, de son vocabulaire d’avant, du bonheur simple de diner avec son mari ou de marcher dans la rue avec des amis. Elle pense à sa fille, Hannah, qui lui a été enlevée.

Aujourd’hui, les mots qui lui sont permis sont réduits. Avec sa « partenaire », une autre jeune fille prisonnière sans laquelle elle ne peut pas se déplacer, elle parle du temps qu’il fait, des courses qu’elle s’apprête à faire. Sur le chemin du retour, elle ne s’étonne plus de croiser des corps d’hommes pendus dans la rue. Sur leur visage, un sac en tissu et un symbole représentant ce qui a amené à leur pendaison : ils étaient homosexuel, médecin ou religieux en désaccord avec la théocratie en place.

La vie de Offred est rythmée par de violentes routines. Les Cérémonies, avant lesquelles elle doit se laver afin d’être propre pour le Commander qui va la violer jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte, en présence de son épouse. Les exécutions publiques, durant lesquelles les Servantes sont réunies par leur terrible responsable, Tante Lydia (Ann Dowd), pour punir et tuer à mains nues des hommes accusés de viol. Chacun de ses gestes sont surveillés par des hommes armés dans les rues, mais aussi par les « Yeux », des espions qui dénoncent sans vergogne. Pourtant, Offred ne perd pas espoir. Une autre Servante, Ofglen (Alexis Bledel), lui a appris qu’un mouvement de rébellion est en route, qu’un « nous » est possible dans ce monde de solitude, de surveillance et de danger permanent. Un « nous » qui donne la force de subir. Créée par Bruce Miller (The 100, Eureka, US Marshals, Les 4400, Medium), The Handmaid’s Tale n’est pas uniquement une très belle série, c’est une série nécessaire et politique. Une série qui doit, comme le dit Offred, nous « éveiller au monde. ».

Margaret Atwood a écrit La servante écarlate en 1984, à Berlin. Interrogée sur l’écriture de ce roman, elle a récemment confié au New York Times : « Durant mes voyages dans différents pays derrière le Rideau de fer (en Tchécoslovaquie, en Allemagne de l’Est), j’ai fait l’expérience de la méfiance, des silences, des changements de conversation. J’ai senti ce que ça fait que d’avoir l’impression d’être espionné, j’ai vu les moyens détournés que trouvent les gens pour faire passer des informations, et tout cela a influencé mon écriture. »

Il y a trois décennies, convaincre ses lecteurs que l’Amérique avait subi un coup d’état qui avait transformé cette démocratie progressiste en dictature théocratique lui avait paru très difficile. Aujourd’hui, dans l’Amérique de Trump, cette fiction s’attaquant notamment aux droits des femmes résonne de plus en plus, comme l’explique l’auteur dans le quotidien new-yorkais, « Depuis la présidentielle américaine, les peurs et les angoissent prolifèrent. On a le sentiment que les libertés civiles fondamentales sont menacées, tout comme de nombreux droits acquis par les femmes depuis des décennies, et même des siècles. »

Le roman de Margaret Atwood a reçu le prix du Gouverneur général (1985 - catégorie Romans et nouvelles de langue anglaise) ainsi que le prix Arthur C. Clarke (1987). Il a également été finaliste aux prix Booker (1986), Nebula (1986) et Prometheus (1987). Avant sa version sérielle, La servante écarlate a été adapté au cinéma par Volker Schlöndorff en 1990. Celle que la presse Américaine surnomme « la reine du Peak TV » poursuit sa montée en puissance. La Zoey Bartlett de The West Wing a bien grandi. Dans Mad Men, elle incarnait Peggy Olson, féministe absolue même si elle ne se considérait pas comme telle. Une Peggy devenue la porte-parole de toutes les femmes qui refusent le sort qu’on a prévu pour elles. Celles qui ne subissent pas, ne demandent pas l’autorisation et ne s’excusent pas. Depuis que Elisabeth Moss illumine nos écrans, les femmes qui l’observent marchent la tête haute et apprennent à dire « Non ». Le choix de ses rôles se fait toujours avec un équilibre parfait entre la force des lionnes et une belle fragilité, comme dans Top of the Lake où elle incarnait l’incandescente Détective Robin Griffin.

Aujourd’hui, dans The Handmaid’s Tale, Elisabeth Moss est à son zénith. Elle s’impose et crève l’écran, pleine d’un naturel rare et d’une gestuelle si familière. Avec elle, l’exercice complexe de la voix-off, dont la série use pour nous faire partager les pensées de Offred est réalisé avec brio. Également productrice de la série, c’est elle qui a imposé la réalisatrice Reed Morano sur les trois premiers épisodes, à raison. Manipuler et contrôler les habitants de Gilead passe par un contrôle du langage. Dans ce monde fait d’interdits, des phrases codées sont obligatoires et répétées à l’excès :

- Blessed be the Fruit : Salutation utilisée par les Servantes, indiquant leur souhait que l’enfant qu’elles portent ou porteront naisse en bonne santé.
- May the Lord Open : Salutation utilisée par les Servantes pour communiquer l’espoir de porter un enfant.
- Under His Eye : Phrase utilisée par les citoyens pour rappeler que Dieu
- M’aidez : Nom du mouvement rebel secret combattant le gouvernement.

Au-delà de sa réalisation léchée, The Handmaid’s Tale interpelle également le spectateur par une utilisation habile de la musique, qui devient alors un personnage à part entière. Elle sert la narration, permet d’insérer des flashbacks pour saisir de manière juste, la psychologie des personnages. On pense alors à la reprise de « Heart of Glass » dont la douceur suave contraste de façon étonnante avec des images difficiles à supporter. On pense également au célèbre « You don’t own me » de Lesley Gore à la fin du pilote, qui semble alors être le miroir des pensées d’Offred mais également celui du spectateur. Totalement réinventées, les musiques contemporaines, parfois pop, servent un objectif commun : ne pas considérer comme acquis cette liberté que nous avons finie par négliger.

The Handmaid’s Tale
Saison 1 inédite - 10 x 60 mn - 2017 - États-Unis - Inédit
Créé pour la télévision par : Bruce Miller
Producteurs exécutifs: Bruce Miller, Warren Littlefield , Daniel Wilson, Fran Sears et Illene Chaiken.
The Handmaid’s Tale : La Servante Ecarlate est une série produite par MGM Television and distribuée a l’international par MGM
Avec : Elisabeth Moss (Offred), Joseph Fiennes (The Commander), Samira Wiley (Moira), Max Minghella (Nick), Yvonne Strahovski (Serena Joy), O-T Fagbenle (Luke), Alexis Bledel (Ofglen),Madeline Brewer (Janine), Ann Dowd (tante Lydia)