Sorties-Video - Twin Peaks : Fire with me le 31 mai pour la première fois en version restauree

Par Mulder, 19 mai 2017

“Je n’arrivais pas à quitter le monde de Twin Peaks. J’étais amoureux du personnage de Laura Palmer et de ses contradictions : radieuse à la surface mais morte à l’intérieur. Je voulais la voir vivre, bouger et parler. J’étais amoureux de ce monde avec lequel je n’en avais pas fini. Mais faire ce film ce n’était pas juste s’y accrocher, il semblait qu’il y avait bien plus à faire.“ (David Lynch)

Une petite ville bien tranquille, nichée au creux de la vallée. Population : 51 201 habitants. Une mort mystérieuse, une enquête en forme de charade. Un journal secret, un pacte, un double et une bague maléfique. Des rêves, des hallucinations, des prémonitions. Des amours sans lendemain, une chanteuse qui égrène les souvenirs d’un temps révolu. Une chambre rouge, des “ lignes “ blanches, une lycéenne en socquettes qui achève de brûler sa vie… C’est l’univers de Twin Peaks: Fire Walk With Me.

L’idée d’un prequel à Twin Peaks n’avait pas été conçue dès le départ de la série télévisée, mais étant tombé amoureux du lieu de Twin Peaks et du personnage de Laura Palmer (la morte de la série qui n’apparaît que sous forme de flashbacks), Lynch a l’envie de lui donner corps et de retracer les sept derniers jours de son existence. Il co-scénarise le film avec Robert Engels et rassemble un casting impressionnant. Chris Isaak, David Bowie, Kiefer Sutherland, Harry Dean Stanton et beaucoup d’autres viennent s’ajouter aux autres acteurs connus des amateurs de la série : Michael Anderson, Kyle MacLachlan, Frank Silva, Dana Ashbrook, Grace Zabriskie... Pourtant, après un prologue d’une demiheure au ton absurde et délirant, le film se fait beaucoup plus noir et se resserre sur les personnages de Laura Palmer (Sheryl Lee) et Ray Wise (Leland Palmer). Ainsi, Lynch va à la fois offrir ce que les fans de la série attendaient (mieux connaître Laura Palmer) mais aussi désamorcer les attentes en proposant un long métrage totalement libre et expérimental autour d’un sujet particulièrement tragique (l’inceste et l’infanticide). Les deux acteurs incarnent avec un engagement total des personnages doubles, Ray Wise en schizophrène soumis à ses pulsions et Sheryl Lee, écorchée entre pureté et autodestruction.

Lynch décide de revenir non seulement à des thèmes qui l’obsèdent depuis le début de sa carrière (l’innocence perdue, l’enfance abusée, le rapport entre rêve et réalité, les mondes parallèles, le vice sous les apparences de respectabilité...) mais il met aussi en place des structures narratives (des histoires à l’intérieur d’histoires), utilise un décor et dépeint un personnage (Laura Palmer) qui vont contenir quelque part tout ce que sera son cinéma par la suite. Incompris à sa sortie, hué à Cannes et par la critique américaine, Twin Peaks: Fire Walk With Me est non seulement devenu une œuvre culte mais représente peut-être aussi la quintessence même du cinéma de David Lynch. Sheryl Lee, déchirante et fascinante, y est l’archétype de ces femmes troubles qui hantent le metteur en scène depuis toujours, femmes-miroir à mi-chemin du rire et des larmes, du silence et des cris. Selon Lynch, le film s’intéresse à “la solitude, la honte, la culpabilité, la confusion et l’anéantissement de la victime d’inceste. Il parle aussi du tourment du père - la guerre en lui.”

“Je n’aime pas les films qui répondent aux questions. La dernière bobine devrait continuer à rouler dans l’esprit du public. C’est pourquoi je refuse généralement de donner des interprétations des éléments ou des motifs dans mes films. Tout le monde veut savoir ce que représente la Chambre Rouge dans Twin Peaks, que l’on voit apparaître encore dans le film. Même moi je ne sais pas ce que cela signifie.“ David Lynch

Twin Peaks : Fire Walk With Me pourrait bien être un des films d’horreur les plus originaux à avoir vu le jour, à la fois troublant de réalisme et baigné de surréalisme, s’inscrivant dans des décors bien connus (la banlieue pavillonnaire à la Halloween, la forêt aux arbres noueux des contes...) et reprenant les codes du genre (la peur du monstre, le double, la hantise...) pour dresser un vrai tableau gothique de la face noire de l’Amérique. Comme dans Blue Velvet, sous la surface lisse, tout un monde de vices et de perversions se révèle, un engrenage qui mène à une descente aux enfers inévitable, un jeu néfaste et malsain (“wicked game”) qui prend des tonalités incroyablement mélancoliques quand Julee Cruise pose sa voix éthérée dessus (“Questions in a World of Blue”). C’est alors que les univers se contaminent, que le retour du refoulé (incarné par Bob) s’immisce dans le quotidien jusqu’à le consommer comme un brasier. Le Twin Peaks de Fire Walk With Me est sans échappatoire, entièrement dédié à la nuit. Kim Newman écrivait dans Sight & Sound : “Les nombreux moments horrifiques du film [...] démontrent à quel point le film d’horreur basique des années 1980 et 1990 était devenu ordonné, conventionnel et domestiqué.” Le film de Lynch, lui, a choisi le langage du chaos.

Avec Twin Peaks: Fire Walk With Me, Lynch retrouve le peintre qui est en lui et l’esprit d’avant-garde de ses débuts. Il expérimente le design sonore, les éclairages, superpose les narrations, crée un parasitage de mondes en jouant allègrement des possibilités du montage. Il brouille plus que jamais les limites entre le conscient et l’inconscient, le réel et son envers, pervertit le langage du conte pour refléter le miroir hideux d’une Amérique qui se veut bien sous tous rapports. Il crée ainsi un univers schizophrène où chaque personnage est à double face. Il subvertit les codes du teen movie et du drame domestique pour développer une mythologie qui renferme toutes les clés de son cinéma.

“L’intuition est irrationnelle. La différence entre la réalité et l’imagination n’a jamais été vraiment claire pour moi. Je serai probablement très surpris si un jour je trouvais de quelle différence il s’agit.” David Lynch

En s’intéressant au cauchemar personnel d’une jeune femme et en décrivant avec fidélité son calvaire (les parallèles troublants entre anorexie et inceste) et les échappatoires vaines qu’elle tente de trouver (la drogue, la prostitution... ), Lynch crée d’une part une oeuvre très émouvante, nous amenant à marcher côte à côte avec Laura jusqu’à rencontrer ce feu qui la brûle. D’autre part, il fait aussi d’elle bien plus qu’une personne mais une abstraction, une femme-miroir sur laquelle il va transposer toutes ses obsessions. Il se réapproprie ainsi le lieu de Twin Peaks et le réinvente, frustrant par là même ceux qui voulaient y voir juste la même chose que dans la série (le film commence par un écran de télévision qu’on brise). Plus sombre encore qu’Eraserhead et nous plongeant dans les cercles concentriques d’un Enfer intime et infini, Twin Peaks: Fire Walk With Me est bien le chef d’oeuvre incompris de David Lynch.

Notre critique est disponible ici

Synopsis:
Des indices et des événements étranges entourent l’enquête sur le meurtre brutal de Teresa Banks. Un an plus tard, dans la ville apparemment tranquille de Twin Peaks, nous assistons aux sept derniers jours pleins de mystères et d’angoisse de la vie de la très belle Laura Palmer.

Twin Peaks : Fire with me
Fiction / 1992 / Etats-Unis / VOSTFR / 135 min / Distributeur Potemkine Films
Un film co-écrit et réalisé par David Lynch
Avec Sheryl Lee (Laura Palmer), Ray Wise (Leland Palmer), Moira Kelly (Donna Hayward), Chris Isaak (Agent spécial Chester Desmond), David Lynch (Gordon Cole), David Bowie (Phillip Jeffries), Harry Dean Stanton (Carl Rodd), Kiefer Sutherland (Sam Stanley), Heather Graham (Annie Blackburn), Kyle MacLachlan (Agent spécial Dale Cooper)
Distribution : Potemkine Films
Version restaurée 4 K

(Source : Dossier de presse)

Synopsis:
Des indices et des événements étranges entourent l’enquête sur le meurtre brutal de Teresa Banks. Un an plus tard, dans la ville apparemment tranquille de Twin Peaks, nous assistons aux sept derniers jours pleins de mystères et d’angoisse de la vie de la très belle Laura Palmer.

Twin Peaks : Fire with me
Fiction / 1992 / Etats-Unis / VOSTFR / 135 min / Distributeur Potemkine Films
Un film co-écrit et réalisé par David Lynch
Avec Sheryl Lee (Laura Palmer), Ray Wise (Leland Palmer), Moira Kelly (Donna Hayward), Chris Isaak (Agent spécial Chester Desmond), David Lynch (Gordon Cole), David Bowie (Phillip Jeffries), Harry Dean Stanton (Carl Rodd), Kiefer Sutherland (Sam Stanley), Heather Graham (Annie Blackburn), Kyle MacLachlan (Agent spécial Dale Cooper)
Distribution : Potemkine Films
Version restaurée 4 K

(Source : Dossier de presse)