Nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill (1999), Dérapages incontrôlés (2002), Morning Glory (2010), Un week end à Paris (2013)) dans le cadre de la sortie de son nouveau film My Cousin Rachel distribué en France par Sophie Dulac Distribution.
Voici la vidéo de notre interview :
My Cousin Rachel a été écrit en 1951 par Daphne du Maurier, dont l’oeuvre est caractérisée par une remarquable alliance de passion, de suspense et de portraits d’une grande modernité psychologique d’hommes et de femmes plongés dans des relations souvent obsessionnelles. Son écriture hautement cinématographique a convaincu Alfred Hitchcock d’adapter trois de ses romans, La Taverne de la Jamaïque, Rebecca et Les Oiseaux. Le thriller psychologique de Nicolas Roeg Ne vous retournez pas est également inspiré d’une histoire tirée de son oeuvre.

Dès sa publication, My Cousin Rachel est devenu l’un des romans les plus populaires de l’écrivaine. La Fox a acheté les droits du film, et produit en 1952 une adaptation (4 nominations aux Oscars) avec deux des plus grandes stars de l’époque : Richard Burton et Olivia de Havilland. Nimbé dans une atmosphère emplie de désir et de suspicion, le roman raconte l’histoire d’un jeune aristocrate luttant pour savoir si la belle veuve de son tuteur est la femme de ses rêves… ou une tueuse de sang-froid vénale et calculatrice. Mais lorsque Rachel se rend sur le domaine anglais de son époux défunt, Philip rencontre une femme bien différente de la veuve noire décrite dans les lettres funestes d’Ambroise.
L’idée directrice suivie par Roger Michell dans son adaptation a été d’épouser l’ambiguïté enivrante du roman, que Daphne du Maurier ne rompt jamais. L’histoire est une quête de vérité, quête qui tourmente délicieusement le lecteur, qui tourmente Philip… et ce jusque dans les derniers instants du film. D’après Roger Michell, « si vous pouvez être certain de la culpabilité ou de l’innocence de Rachel, alors l’histoire ne fonctionne plus. C’est excitant de faire un film où une partie du plaisir réside dans le fait de savoir que les gens continueront à débattre une fois sortis du cinéma… L’a-t-elle fait ou pas ?. » « Je crois que pour Philip, Rachel apparaît comme venant d’un autre univers. Et dans un sens, c’est le cas. Elle vient d’un pays exotique et lointain. Sa langue, ses vêtements, ses appétits, sa compréhension du monde sont complètement étrangers à Philip. Elle est belle, intelligente, drôle et a peu d’égards pour les conventions sociales de l’époque. L’intrigue du roman se déroule au XIXème siècle, mais il a été écrit en 1950. Selon moi, c’est du Jane Austen post-freudien. D’un côté, c’est un thriller en costumes ayant pour thèmes l’amour ou encore les propriétés terriennes ; mais de l’autre, on y aborde aussi la sexualité, l’émancipation et le statut social des femmes dans une société patriarcale. Il était dans mon intention d’imaginer Rachel comme une femme du XIXème siècle qui aurait été parachutée dans ce monde… Une femme tombée du ciel. »

Rachel Weisz offre à son personnage autant de parts d’ombre que de lumière, l’une ne prenant jamais le pas sur l’autre. Elle a appréhendé Rachel comme une femme arrivant en Angleterre en plein deuil de son mari et plongeant dans une culture qui lui est tout à fait étrangère, mais également prise au dépourvu par l’attirance qu’elle éprouve pour l’héritier du défunt. Dans le même temps, l’actrice joue une Rachel farouchement indépendante et réticente à dévoiler son passé en Italie. Déterminée à s’octroyer une sécurité financière par ses propres moyens, elle joue avec la passion dévorante de Philip et ne laisse ni les conventions sociales ni le qu’en-dira-t-on dicter sa conduite. « Elle est plutôt bohémienne, exotique, et sexuellement très libérée pour son époque, relève Rachel Weisz. Elle est consciente de l’image scandaleuse et transgressive qu’elle renvoie, du fait qu’elle ait ses propres convictions quant aux droits et devoirs d’une femme. Elle ne se satisferait définitivement pas d’être sous la tutelle d’un homme, d’être considérée comme sa propriété. » Rachel a aussi ses secrets, tant personnels que financiers, comme autant d’épées de Damoclès suspendues au-dessus de sa tête. D’après Rachel Weisz, « un grand plaisir du film est de savoir si Rachel est digne de confiance, et j’aime que l’histoire ne penche d’aucun côté. C’est ce qui fait la singularité de cette histoire d’amour, si prenante et envoûtante. Peut-on vraiment connaître quelqu’un ? Notre opinion sur une personne peut-elle s’avérer complètement et tragiquement fausse ? »

Pour incarner Philip, Roger Michell était à la recherche d’un acteur à l’aise dans la complexité émotionnelle, quelqu’un capable de voguer sans effort de la vengeance à l’extase amoureux, jusqu’au tourment pétri de doutes. « On a visionné beaucoup de films et Sam Claflin nous est apparu comme une évidence », se rappelle le cinéaste. « On lui a demandé de venir faire quelques essais image, et il s’est montré extrêmement persuasif. Il est sensible, intelligent, juvénile, vigoureux. ». Alors qu’il explorait les différentes facettes de Rachel, Sam Claflin a dû également se plonger dans le quotidien d’un paysan en prenant non seulement des leçons d’équitation mais aussi de maniement de la faux et de labourage.

Le père de Louise, Nick Kendall, est incarné par l’acteur écossais Iain Glen (Games of Thrones), qui est à la fois le parrain de Philip et le tuteur légal de la succession d’Ambroise. L’acteur italien Pierfrancesco Favino (Rush, World War Z, La Nuit au musée) joue Rainaldi. « Ce que j’aime dans ce film c’est qu’on ne puisse pas vraiment distinguer le réel de l’imaginaire. Avec le personnage de Rainaldi, je me devais de jouer entre les lignes, ce qui était passionnant. »

Pour recréer les détails et la beauté de la vie au XIXème siècle, Roger Michell s’est entouré d’une équipe soudée de collaborateurs, dont le directeur de la photographie Mike Ely, la directrice artistique Alice Normington et la costumière Dinah Collin. Alors que Daphne du Maurier avait choisi de ne pas dater son histoire, Michell, lui, l’inscrit à la fin des années 1830, à l’aube des changements rapides et radicaux de l’époque victorienne – autrement dit : entre Jane Austen et Charles Dickens, juste avant l’arrivée des chemins de fer qui transformèrent profondément la société anglaise rurale.

Trouver le lieu était un casting presque aussi important que celui des acteurs parce qu’il devait s’en dégager une personnalité également forte et mystérieuse. Finalement, l’équipe du film s’est installée dans le sud-est de l’Angleterre, dans une maison médiévale construite entre les XVIème et XVIIIème siècles qui présentait l’avantage de ne pas avoir été restaurée depuis des décennies, avec le délabrement que cela impliquait et le potentiel de transformations nécessaires pour le lieu d’arrivée de Rachel. Alice Normington s’est engagée à créer l’environnement poussiéreux et épuré de Philip, puis à l’enjoliver avec l’arrivée soudaine et perturbatrice de Rachel. Pour la petite-fille de Daphne du Maurier, Grace Browning, la maison est exactement comme celle qu’elle avait imaginée en lisant le roman. Pour la côte elle-même, la production s’est établie à Devon, réputée pour ses baies sablonneuses et ses falaises abruptes.

L’authenticité se retrouve également dans les costumes imaginés par Dinah Collins, dans le style du milieu du XIXème siècle. En pleine apogée de la révolution industrielle, les vêtements que portaient hommes et femmes étaient semblables : pratiques et adaptés au labeur. Rachel étant tout récemment veuve, elle ne pouvait emporter avec elle que quelques articles en Angleterre. Alors, Dinah Collins l’a habillée avec une série de robes noires qui lui donnent une apparence à la fois austère et mystérieuse. Dinah Collins a voulu créer un contraste avec Louise qui porte une parure plus brillante.
Notre entretien avec le compositeur Rael Jones est disponible ici
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Synopsis :
Angleterre, début du XIXème siècle. Philip, un jeune noble anglais, apprend la mort mystérieuse de son cousin en Italie, survenue peu après son mariage secret avec la jeune et jolie veuve Rachel. Il n’a qu’une idée en tête : découvrir les véritables raisons de sa mort afin de le venger par tous les moyens. Mais la visite inattendue de cette nouvelle cousine va tout bouleverser.

My cousin Rachel
Un film écrit et réalisé par Roger Michell
Avec Rachel Weisz (Rachel), Sam Claflin (Philip), Holliday Grainger (Louise), Iain Glen (Kendall), Pierfrancesco Favino (Rainaldi), Simon Russell Beale (Couch), Andrew Havill (Parson Pascoe), Poppy Lee Friar (Mary Pascoe)
Compositeur: Rael Jones
Distributeur: Sophie Dulac Distribution
Date de sortie: le 26 juillet 2017
Photos films : copyright Twentieth Century Fox
Vidéos et photos : Mulder (Boris Colletier)
(Source: Dossier de presse)