Q: pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez appelé votre film John wick chapitre 2 et pas uniquement John Wick 2 ? Etait-ce une manière de se l'approprier différemment ?
Chad Stahelski : oui absolument, mais ce n’était pas seulement cela. On voulait aussi montrer que c'était un chapitre dans l'histoire d'un homme dans sa vie parce qu’évidemment John est un peu un mythe urbain, une légende en quelque sorte. On voulait montrer qu'il avait une véritable vie et existence donc ce n'est pas simplement un moment de sa vie, cela montre aussi qu'il y d'autres chapitres.
Q: pour Chad, avec les deux premiers films vous nous avez plus que convaincu. J'aurais voulu savoir quel est l'ingrédient secret pour faire une bonne trilogie vu qu'il y a un troisième chapitre de prévu. Pour Keanu, pouvez vous nous parler un peu plus de votre entraînement, de la façon dont votre personnage de déplace, La gestuelle en général ?
Keanu Reeves : seulement 3 ? Non, pour le moment seulement 3. Pour le moment il y en a deux.
Chad Stahelski : il faut d'abord un personnage important et un univers qui soit vraiment palpable et intéressant et annonçant une mythologie derrière cette histoire. Il s'agit de la narration parce que ce soit 1,2,3,4,5 peu importe, regardez des trilogies ou au contraire d'autres films qui ont été bien au-delà de ces chiffres, Le seigneur des anneaux , Star Wars même La légende du roi Arthur , tout cela . Ce qui est important c'est la façon de raconter une histoire. Lorsque nous avions fait le premier John Wick en quelque sorte on a senti que l’on n’avait pas fini de raconter l'histoire de John Wick et on avait envie de poursuivre cette aventure et on a senti que le public lui aussi avait envie de suivre. Il ne s'agit pas seulement d'une histoire banale avec juste un "plot" et de l'action, il s'agit vraiment de dérouler une histoire qui ait une ampleur dramatique.
Keanu Reeves : c'était un entraînement qui avait commencé dans le premier film et qui a donc continué avec le second. Mais c'est vrai qu'il avait plus de judo, du jujitsus et beaucoup plus d'usage d'armes à feu Bien sûr comme vous l'avez vu, bon aussi un peu de cascades de voitures. Bref, quelques mois de passer à se préparer.
Chad Stahelski : beaucoup plus que ce qu'il ne dit, à peu près cinq à six heures par jour, bref, modestie d'un côté et réaliste de l'autre.
Q: depuis des années vous faites des gros films d'action et vous alternez avec des petits Films d'auteur comme l'année dernière The Néon Demon. C'est un équilibre qui vous convient ?
Keanu Reeves: oui c'est vrai vous avez raison. J'ai été très chanceux ces deux dernières années, travailler d'une part évidement sur John Wick chapter 2 mais aussi comme vous l'avez mentionné sur the Néon Demon de Nicolas Winding Refn mais aussi Ana Lily Amirpour. Bref, une force qui me convient parfaitement parce que j'ai toujours voulu en réalité explorer différents genres.
Q: j'ai une question pour tous les deux. Lorsque je regarde John Wick le premier et le deuxième, je pense évidemment à Matrix er j'aurai voulu savoir quelle était l'influence du travail des frères Wachowski sur votre parcours et sur ce film là en particulier.
Chad Stahelski : c'est vrai qu'il y a une énorme influence, probablement celle majeure parce qu'ils m'ont montré comment créer tout un univers, les détails, l'attention sur ces détails et que chaque chose était importante, que l'on aille du stylisme, des costumes, du ton, du casting. Ils m'ont montré comment rendre un monde à la fois extraordinaire et crédible. C'est vrai qu'en même temps il y avait une plongée, une immersion du public qui était extraordinaire. Pour moi, cela était majeur. Que cela soit Le premier volet ou les autres volets cette trilogie a influencé mon art
Keanu Reeves: c'est vrai que je vous répondrai dans un sens sensiblement différent. C'est vrai qu'il y a une influence mais c'est surtout que Chad et moi, on est de la même école. C'est une expérience commune que nous avons vécu donc lorsque nous travaillons ensemble, on se comprend et c'est vrai que là aussi où c'est important pour moi c'est que cela m'a aidé à comprendre une forme d'esthétisme dans le cinéma, une forme de travail évidemment, d’être entrainé comme cela avec Chad nous a donné un lien qui évidemment est palpable encore aujourd’hui. On se comprend et c’est cela effectivement l’influence majeure en quelque sorte.
Chad Stahelski : votre question nous a ramené beaucoup d’excellents souvenirs car le tournage de la trilogie Matrix reste un des plus beaux souvenirs de notre vie.
Q : La construction du deuxième film fait penser à Running Out of Time 2 de Johnnie To, Wing-Cheong Law spécialement dans la course poursuite entre Cassian et john wick. Ce film a-t-il été une source de votre inspiration ?
Chad Stahelski : Il y a en effet de nombreuses influences pour ce film, on pourrait aussi citer Akira Kurosawa, Sergio Leone avec évidemment l’utilisation des focales mais aussi Bernardo Bertolucci dans ces cadrages. On pourrait citer aussi certains réalisateurs hong-kongais comme John Woo, Johnnie To. A cela on pourrait rajouter le cinéma coréen, toute l’influence du cinéma asiatique mais aussi un mélange de la nouvelle vague Jean Luc Godard et on a voulu donner une sorte de teneur, de ton des années 70 en quelque sorte , les films de la vieille école si on peut dire mais en même temps mêler à quelque chose de tout à fait nouveau, new-look en quelque sorte mais de nouveau en disant que c’est vrai les Wachowski ont été une influence majeure car c’est eux qui ont influencé ce new-look.
Keanu Reeves : les films d’animation japonais aussi
Q : j’aurais voulu rebondir par rapport à Matrix et aux frères Wachowski, est-ce un clin d’œil la présence de Laurence Fishburne. Comment est-il arrivé sur le casting et comment cela s’est-il passé pour chacun ?
Keanu Reeves : Laurence Fishburne est un de mes amis. Plusieurs fois par an on se rencontre et on parle de la vie et puis une fois justement une fois il me dit à quel point il avait aimé le premier volet et il m’a dit qu’il aimerait bien jouer dans cette suite. Il m’a demandé à ce qu’on lui envoie le script. J’ai appelé immédiatement Chad et dans les quelques secondes qui suivent il lui envoie le scénario et le même jour Laurence a donné son accord. C’était une belle journée. Le scénariste lui-même avait écrit le scénario en pensant au personnage de Larry Fishburne avec ce roi des clochards. Ce fut une surprise qu’il soit dans ce film.
Q : Concernant la scène finale, est ce que ce n’est pas un cauchemar de filmer avec des murs remplis de miroirs ou est ce qu’il y a des trucages en post-production ?
Chad Stahelski : les deux. Cette scène est un hommage au film Opération dragon (Robert Clouse, 1973). Mais ce que l’on voulait faire en réalité ce n’est pas tout focaliser sur de l’action, on voulait qu’il y ait un feeling plus artistique. On voulait être un peu malin en juxtaposant les miroirs. On s’est dit que c’était une excellent idée de placer cette d’action dans un musée pour une scène de combats mais aussi d’utiliser les miroirs en sachant que cette exposition qui s’appelle Le reflet de l’âme. Ce lieu avec ces œuvres appartient dans le film aux méchants. On trouvait que ce clin d’œil était intéressant. Vous seriez assez surpris à quel point on a finalement assez peu utilisé des effets spéciaux en post production même si il y en a eu. On a vraiment filmé là en utilisant pratiquement tous les trucs possibles et inimaginables que nous donnent aujourd’hui les caméras.
Q : Un personnage récurrent n’est jamais un bloc monolithe. Il doit évoluer tout en restant fidèle à son ADN de base. Comment voyez-vous évoluer John Wick ? Comment voyez-vous sa trajectoire à venir ?
Keanu Reeves : ce qui me touche dans ce personnage c’est finalement son chagrin qui est profond, sa peine. Il se sent évidement piégé. A partir du moment où est-il est forcé comme vous l’avez vu dans le film à finalement accepter une nouvelle mission, on voit très bien sa réaction double. Il hurle pendant un temps très bref et il est de nouveau très calme. C’est toute l’essence du personnage. J’aime ce côté double facette où il est à la fois fort et vulnérable, où ce personnage va-t-il aller, que va-t-il devenir ? Je pense en tout cas qu’il y a une chose qui va rester chez lui c’est que c’est un homme profondément passionné et qui souffre évidemment d’un trauma qui est en lui. Il a un passé difficile et complexe.
Q : A-t-il été difficile de choisir pour vous d’être au casting du reboot de Point Break ou dans John Wick ? Comment voyez-vous le Président des Etats-Unis dans l’univers de John Wick ?
Keanu Reeves : la question ne se pose même pas. Vous devriez écrire un comics, le monde merveilleux de John Wick.
Q : Un membre de l’équipe dit dans le dossier de presse que John Wick c’est Keanu Reeves. Qu’avez-vous en commun avec votre personnage ?
Chad Stahelski : son obstination, sa volonté, c’est un dur. C’est un vrai gentleman. Il est très généreux, très attachant.
Keanu Reeves : non, je ne suis pas un dur mais j’espère que je suis John Wick au moment où je l’incarne pour vous à l’écran. J’aime beaucoup interpréter ce personnage. S’il y a des choses que nous avons en commun, c’est une forme de chagrin mais aussi cette volonté très fort que j’ai ou qu’il a à chaque fois qu’il est à terre et qu’il se relève, son sens de l’humour aussi.
Q : Le tournage s’est passé à Rome. Pourquoi Rome ? Comment s’est passé le tournage dans les catacombes et où va nous emmener le chapitre 3 ?
Chad Stahelski : On voulait que l’univers de John Wick devienne en quelque sorte plus majestueux car on voulait montrer que le Continental existe non seulement à New York mais aussi à Rome et dans toutes les capitales du monde comme d’ailleurs comme existe la pègre dans toutes les capitales. Il y avait aussi quelque chose d’important, c’est toute la mythologie puisqu’il y a un côté mythique dans cet univers donc Rome c’est à la fois la Rome Antique et c’est aussi aujourd’hui. Il y a aussi tout le côté esthétique, ici tout brille, tout est beau esthétiquement parlant. Les romains portent le costume très bien.il y a aussi la Gomora , les racines mêmes de la mafia. Toute cette mythologie qui associée à la fois à la Rome Antique et la Grèce antique allait parfaitement avec l’univers de john Wick chapter 2 L’action du troisième film pourrait se situer à Paris..
Q : On sait que Tom Cruise aime bien réaliser lui-même toutes ses cascades et qu’il a un côté Je n’ai jamais peur est ce que Keanu aime se sentir comme un vrai action heros et a t-il le goût de ce risque des cascades ?
Keanu Reeves : c’est vrai que je ne fais de cascades. Les cascadeurs font cela très bien mais c’est vrai que je suis évidemment dans l’action car j’adore cela. Je crois aussi que lorsqu’on incarne un tel personnage, cela aide , cela fait partie de la structure dramatique du film et je crois qu’en tant qu’acteur mais aussi pour le public c’est très important que l’on sente ce qui se passe à l’écran c’est vraiment moi. C’est une expérience presque immersive et pour moi c’est très important
Chad Stahelski : c’est vrai qu’il y a dans ce personnage lorsque Keanu joue les scènes de combat, il y a des pauses presque magiques parce que oui c’est vrai il se bat avec ses poings, avec des armes mais à chaque fois il y a des moments où sa vraie personnalité transparait. Je crois que c’est très important que le public perçoive l’honnêteté de son personnage. Son honnêteté quand il se bat également, qu’il soit crédible dans ses combats, qu’il soit aussi génial que ce que nous on a envie qu’il soit. Ces moments un peu magiques révèlent à la fois sa force mais aussi sa personnalité. C’est important d’avoir des acteurs qui sont captables de faire tout cela.
Q : On a entendu parler d’une série télévisée John Wick qui se passerait avant les événements du premier film. De quelles manières pourriez-vous êtes amené à être impliqué dans ce projet. Si il fallait quelqu’un pour incarner John Wick beaucoup plus jeune qui verrez-vous dans le rôle ?
Chad Stahelski : c’est vrai que effectivement Lionsgate a montré son intérêt pour l’idée effectivement d’une série télévisée basée sur le personnage de John Wick car il pense que ce caractère et son mythe qui l’entoure vont parfaitement avec le modèle aujourd’hui des séries télévisées. Pour le moment c’est en développement. Je sais que Lionsgate est en train de parler à plusieurs scénaristes. C’est ce que l’on appelle la phase de développement créatif mais vraiment on en est au début du processus. Comme c’est un projet et un personnage qui m’est cher, c’est vrai que j’aimerais bien faire partie un peu de ce projet.
Q : J’ai lu que le personnage interprété par Ian McShane pourrait avoir un rôle plus important dans la suite de ce film. Que pouvez-vous nous en dire ?
Chad Stahelski : c’est vrai qu’en ce moment avec Keanu on échange beaucoup d’idées mais pour le moment nous n’avons toujours pas de scénario complet mais le personnage de Ian McShane est un personnage clé que nous aimerions développer mais on a aussi envie d’introduire de nouveaux personnages. Pour le moment on en est là.
Q : Peut on envisager des spin-of f de certains personnages ?
Chad Stahelski : je pense qu’il les a tous tué. Il faut au moins les avoir à l’écran pour une première fois et aussi les avoir en vie.
Q : quel est le nombre de morts dans le film ?
Chad Stahelski : c’est vrai qu’il y a plus de morts dans celui-ci mais on ne veut pas vous le dire pour que vous ayez peut-être à les compter
photos: Mulder (Boris Colletier)
Avec tous nos remerciements à Keanu Reeves et Chad Stahelski pour cette mémorable conférence de presse et également à Zvi David (Mensch Agency) et à Metropolitan Filmexport pour nous avoir permis d’assister à cet événement.