
Parmi les nombreuses démonstrations technologiques qui ont transformé l’avenue la plus célèbre du monde en un laboratoire d’innovation à ciel ouvert lors de VivaTech 2026, peu de projets ont autant captivé l’imagination que Climate Impulse, l’ambitieux avion à hydrogène porté par Bertrand Piccard. Situé dans la section « Impact & Planète » de l’événement, Climate Impulse ne se présentait pas seulement comme un projet aéronautique, mais comme le symbole de cet esprit pionnier qui caractérise la carrière de Bertrand Piccard depuis plus de trois décennies. Le projet occupait une place de choix dans le parcours expérientiel conçu pour l’édition spéciale Champs-Élysées de VivaTech, où les visiteurs pouvaient découvrir des innovations dédiées à la durabilité, à la mobilité, à la robotique, à l’intelligence artificielle et à l’avenir de la société. L’événement lui-même a transformé une partie importante de l’avenue en une exposition vivante, organisée autour de zones thématiques et de démonstrations immersives conçues pour rapprocher les technologies émergentes du grand public.
Pour quiconque connaît l’histoire de l’exploration moderne, Bertrand Piccard n’a guère besoin d’être présenté.
Né à Lausanne, en Suisse, il est issu de l’une des familles d’explorateurs les plus extraordinaires de l’histoire moderne. Son grand-père, Auguste Piccard, fut le premier homme à atteindre la stratosphère en ballon en 1931, tandis que son père, Jacques Piccard, descendit jusqu’au point le plus profond connu de la Terre, la fosse des Mariannes, en 1960. Loin d’être intimidé par un tel héritage, Bertrand Piccard l’a prolongé vers des frontières entièrement nouvelles. En 1999, aux côtés de Brian Jones, il a réalisé le premier tour du monde en ballon sans escale à bord du Breitling Orbiter 3, un périple de 19 jours couvrant plus de 45 000 kilomètres. Des années plus tard, il allait une nouvelle fois redéfinir ce que beaucoup considéraient comme impossible grâce à Solar Impulse, cet avion révolutionnaire propulsé exclusivement à l’énergie solaire qui a accompli un tour du monde en 2016 avec André Borschberg. Ces exploits l’ont fait passer du statut d’aventurier à celui d’ambassadeur parmi les plus reconnaissables de l’innovation technologique et du progrès environnemental.

Climate Impulse représente le prochain chapitre de ce parcours remarquable. Plutôt que de s’appuyer sur l’énergie solaire, le projet vise à démontrer la viabilité de l’hydrogène vert en tant que solution majeure pour l’avenir de l’aviation. À première vue, l’objectif semble presque impossible : un vol sans escale de neuf jours autour du monde à bord d’un avion entièrement propulsé par de l’hydrogène vert, ne produisant aucune émission de carbone pendant le vol. Pourtant, c’est précisément ce sentiment d’impossibilité apparente qui attire Bertrand Piccard. Tout au long de sa carrière, il a maintes fois expliqué que les projets les plus passionnants sont ceux qui sont initialement rejetés comme irréalistes. Climate Impulse suit exactement cette philosophie, en tentant de prouver que l’aviation long-courrier peut être décarbonée grâce à l’innovation plutôt qu’au sacrifice.
L’avion actuellement en construction aux Sables-d’Olonne représente déjà une prouesse technique remarquable. Environ soixante pour cent de l’appareil est achevé, notamment les principales sections du fuselage, du cockpit et des ailes. Conçu avec une envergure de 34 mètres et construit principalement à partir de matériaux composites de pointe, l’avion allie une construction légère à une efficacité énergétique extraordinaire. Contrairement aux avions conventionnels, chaque composant a été optimisé pour réduire la traînée et la consommation d’énergie. Selon les ingénieurs du projet, les défis structurels sont importants mais surmontables. La véritable avancée technologique réside ailleurs : le stockage et l’utilisation d’hydrogène liquide pendant une mission ininterrompue de neuf jours.

L'un des plus grands obstacles techniques consiste à maintenir l'hydrogène liquide à une température de moins 253 degrés Celsius pendant toute la durée du vol. Les deux grands réservoirs cryogéniques de l'avion, placés dans des nacelles latérales près du centre de gravité, doivent maintenir ces conditions en permanence tout en alimentant les piles à combustible qui transforment l'hydrogène en électricité. Ces piles à combustible alimentent ensuite les moteurs électriques et les hélices, créant ainsi un système de propulsion totalement exempt d’émissions. Alors que des démonstrations de propulsion à l’hydrogène ont déjà été réalisées à petite échelle dans le secteur aérospatial, Climate Impulse vise à porter ces technologies à un tout autre niveau d’endurance. Selon l’équipe du projet, maintenir l’hydrogène à basse température pendant neuf jours consécutifs reste l’un des défis techniques les plus complexes jamais relevés dans le domaine de l’aviation durable.
Cette initiative s'appuie sur un vaste écosystème de partenaires industriels, universitaires et technologiques. Parmi les plus importants figure Syensqo, l'entreprise mondiale de chimie de spécialité qui agit en tant que principal partenaire technologique du projet. La relation entre Bertrand Piccard et l'entreprise remonte à l'époque de Solar Impulse, lorsque les matériaux avancés développés par l'ancien groupe Solvay ont joué un rôle essentiel pour rendre possible le vol à énergie solaire. Aujourd'hui, Syensqo apporte non seulement son expertise en matière de matériaux, mais aussi l'accès à un réseau de start-ups innovantes capables d'accélérer les cycles de développement et d'introduire de nouvelles techniques de fabrication.

L’entreprise britannique Plyable est un contributeur particulièrement fascinant : sa plateforme de fabrication numérique alimentée par l’intelligence artificielle aide à optimiser la conception des composants et les processus d’outillage. Grâce à des simulations basées sur l’IA et au prototypage rapide, Plyable permet aux ingénieurs d’affiner des éléments aérodynamiques critiques tels que les winglets et la structure du nez de l’avion, tout en réduisant considérablement les délais de production. Selon les partenaires du projet, les processus d’outillage et de fabrication qui nécessitaient autrefois quatre ou cinq mois peuvent désormais être achevés en environ huit semaines. Ces gains ne sont pas de simples commodités ; ils illustrent à quel point les technologies numériques et l’intelligence artificielle deviennent des outils de plus en plus essentiels dans le développement des transports durables.
Ce qui rend Climate Impulse particulièrement pertinent dans le contexte de VivaTech, c’est qu’il incarne parfaitement la philosophie centrale de l’événement. L’édition 2026 sur les Champs-Élysées s’articulait autour de thèmes tels que la mobilité, la durabilité, la santé, la robotique, l’intelligence artificielle, l’emploi, la culture et les technologies du futur. Climate Impulse se situait à la croisée de plusieurs de ces catégories, combinant matériaux avancés, énergie propre, conception assistée par l’IA, innovation industrielle et responsabilité environnementale en un seul projet. Sa présence aux côtés d’autres innovations présentées, telles que des solutions d’agriculture urbaine, des véhicules autonomes, des technologies spatiales, la robotique et des initiatives d’adaptation au changement climatique, a mis en évidence la nature de plus en plus interconnectée du progrès technologique.

Le message symbolique qui sous-tend le projet est tout aussi important. À une époque où l’aviation se retrouve souvent au centre des débats environnementaux, Bertrand Piccard soutient que l’innovation doit remplacer le pessimisme. Plutôt que de présenter la durabilité comme une contrainte, Climate Impulse la présente comme une opportunité de réinventer tout un secteur. Cette perspective est devenue la marque de fabrique du travail de l’explorateur à travers la Fondation Solar Impulse, qui a identifié et certifié plus d’un millier de solutions environnementales rentables capables de relever les défis mondiaux en matière de durabilité. Sa philosophie reste cohérente : le progrès écologique et le développement économique ne sont pas des forces opposées, mais des objectifs complémentaires.
Le calendrier reste ambitieux. Les premiers essais en vol devraient avoir lieu à Châteauroux avant que l’avion n’entame finalement sa mission historique. Si tout se déroule comme prévu, Bertrand Piccard et son compagnon d’aventure Raphaël Dinelli pourraient tenter leur tour du monde sans escale de neuf jours vers mars 2029. Ce défi rappelle l’esprit audacieux des grands pionniers de l’aviation tout en répondant aux questions environnementales urgentes du XXIe siècle. Au milieu des présentations futuristes de VivaTech 2026, Climate Impulse a rappelé avec force que certaines des innovations les plus importantes de l’humanité voient le jour lorsque des visionnaires refusent d’accepter les limites de ce qui est considéré comme possible. À bien des égards, l’avion en cours de construction aujourd’hui dans l’ouest de la France n’est pas simplement une machine. C’est la dernière expression d’une tradition familiale, un manifeste technologique et peut-être un aperçu de l’avenir de l’aviation mondiale.
Vous pouvez consulter nos photos sur notre page Flickr
Photos et vidéo 4K : Boris Colletier / Mulderville