
Le jeudi 21 mai 2026, le Palais des Festivals et des Congrès de Cannes a vécu l’un de ces moments magiques que seul le Festival de Cannes sait encore créer, lorsque le cinéma, la mode, la mémoire historique et l’émotion collective se rejoignent en un seul souffle. Présenté en Compétition officielle lors de cette 79e édition du Festival de Cannes, La bola negra (La boule noire) s’est imposé dès son arrivée sur le tapis rouge comme l’un des événements majeurs des derniers jours du festival, attirant une foule dense de photographes, de journalistes et de festivaliers venus assister au retour très attendu à Cannes de Penélope Cruz, absente de la Croisette depuis Douleur et gloire de Pedro Almodóvar en 2019. Derrière les barrières, l’excitation était palpable bien avant l’arrivée de l’équipe du film, en grande partie grâce à la réputation grandissante de Javier Calvo et Javier Ambrossi, dont le nouveau projet semble déjà être leur œuvre la plus ambitieuse et la plus intime à ce jour.
Lorsque les premières voitures officielles ont commencé à remonter l’allée du Palais, les applaudissements ont rapidement laissé place à une véritable effervescence du public. Lola Dueñas, Miguel Bernardeau, Guitarricadelafuente, Javier Ambrossi, Javier Calvo, Penélope Cruz, Milo Quifes et Carlos González ont ainsi gravi ensemble les marches légendaires de Cannes dans une atmosphère mêlant élégance classique et émotion presque mélancolique, en parfaite adéquation avec les thèmes du film. La présence de Guitarricadelafuente, pour qui il s’agit de tout premier rôle au cinéma, a particulièrement intrigué les spectateurs présents, beaucoup voyant déjà dans cette apparition une étape importante de la transition artistique du chanteur espagnol vers le grand écran. Tout au long du passage sur le tapis rouge, tous les regards étaient également tournés vers les deux réalisateurs, dont la relation personnelle — récemment mise en avant par plusieurs médias espagnols — a ajouté une dimension supplémentaire à l’accueil émotionnel réservé au projet, sans jamais éclipser l’essentiel : la puissance profondément humaine de cette épopée historique queer couvrant trois périodes majeures de l’histoire espagnole.

Mais la véritable apparition qui a électrisé la Croisette était, bien sûr, celle de Penélope Cruz, dont chaque visite à Cannes continue de susciter le même phénomène de fascination collective. À 52 ans, l’actrice espagnole était radieuse dans une tenue Chanel qui est immédiatement devenue l’un des moments forts de la mode de cette édition 2026. Ambassadrice fidèle de la maison de couture française, elle a choisi une robe asymétrique noire particulièrement élégante, mélange de classicisme et de sensualité contemporaine, dotée d’une spectaculaire fente sur la jambe droite et de plusieurs détails de plumes noires cousues sur l’épaule et la taille. Sous les flashs incessants des photographes, la tenue créait un contraste saisissant avec les lumières du tapis rouge cannois. Son look était rehaussé par la parure Dazzling Star double C de Chanel, inspirée de la légendaire collection Bijoux de Diamants conçue par Gabrielle Chanel en 1932. Les boucles d’oreilles serties de 102 diamants et la bague ornée de 104 diamants évoquaient les constellations chères à la créatrice française, tandis que les fines lignes de laque noire accentuaient l’élégance presque cosmique de l’ensemble. Sur place, plusieurs journalistes de mode saluaient déjà cette apparition comme l’une des plus mémorables de la carrière cannoise de l’actrice.
Cette apparition sur le tapis rouge a également permis de souligner l’importance symbolique de La bola negra dans le paysage cinématographique espagnol contemporain. Adapté du roman inachevé de Federico García Lorca et de la pièce d’Alberto Conejero La piedra oscura (Conejero a également coécrit le scénario), le film s’inscrit dans une tradition de cinéma historique et politique profondément ancrée dans la mémoire collective espagnole. L’intrigue, structurée autour de trois périodes distinctes (1932, 1937 et 2017), explore les destins entremêlés de trois hommes homosexuels séparés par le temps mais unis par le désir, le rejet, la mémoire et l’héritage. Les réalisateurs ont délibérément maintenu un voile de mystère autour de l’éventuelle apparition de Federico García Lorca en tant que personnage à l’écran, préférant laisser le film dialoguer avec l’esprit du poète plutôt que de proposer une simple reconstitution biographique. Cette approche a déjà suscité de nombreuses discussions critiques sur la Croisette, certains observateurs voyant dans le film une œuvre sur les fantômes invisibles laissés par la guerre civile espagnole et les cicatrices intimes de l’histoire.

Dans les couloirs du Palais, plusieurs conversations ont également abordé la production tumultueuse du film, en particulier le tournage dans le village abandonné de Castil de Carrias, ainsi qu’à Grenade, Comillas et Sigüenza. Certains journalistes espagnols présents à Cannes ont évoqué avec émotion la tragédie qui a frappé la production lorsqu’un figurant de 70 ans est décédé après une chute sur le plateau à Comillas, un événement qui aurait profondément marqué l’équipe. Malgré ces circonstances difficiles, les premières réactions de la critique décrivent une œuvre d’une grande profondeur émotionnelle, portée par la photographie de Gris Jordana, le montage d’Alberto Gutiérrez et la bande originale atmosphérique de Raül Refree — déjà saluée lors des premières projections pour la presse pour son approche sensorielle et élégiaque. Avec sa durée de 155 minutes assumée, La bola negra s’impose comme un projet profondément ambitieux, presque littéraire dans sa construction narrative, très éloigné des formats plus conventionnels généralement associés aux grandes compétitions internationales.
Sur le tapis rouge, l’ambiance évoquait par moments l’âge d’or du Cannes espagnol de Pedro Almodóvar, tant la ferveur entourant le film semblait transcender la simple curiosité du festival. La présence de Demi Moore, membre du jury de cette année, a encore rehaussé le glamour de cette soirée particulièrement bondée. Mêlant cinéma d’auteur, émotion politique, esthétique queer et glamour intemporel, La bola negra a offert à Cannes l’un de ces rares moments où un film semble déjà exister bien au-delà de sa projection officielle. De nombreux festivaliers présents jeudi soir ont eu le sentiment d’assister à la naissance d’une future œuvre majeure du cinéma espagnol contemporain, capable de prolonger l’héritage artistique et politique laissé par Federico García Lorca tout en abordant de front les fractures modernes de l’identité et de la mémoire. Reste à voir si cet accueil enthousiaste se traduira dans les jours à venir par une véritable candidature à la Palme d’Or ou à la Queer Palm, mais une chose est sûre : sur la Croisette, La bola negra a déjà laissé une impression durable bien avant l’annonce des lauréats.

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Synopsis :
Espagne, 1932, 1937, 2017. Trois hommes. Trois époques. Un seul fil invisible de désir, de douleur et d’héritage. La Bola Negra traverse le temps pour révéler ce qui les lie.
La Bola Negra
Écrit et réalisé par Javier Calvo, Javier Ambrossi
D'après La bola Negra de Federico García Lorca et La piedra oscura d'Alberto Conejero
Avec Guitarricadelafuente, Miguel Bernardeau, Carlos González, Milo Quifes, Lola Dueñas, Penélope Cruz, Glenn Close
Photographie : Gris Jordana
Montage : Alberto Gutiérrez
Musique de Raül Refree
Sociétés de production : Movistar Plus+, Suma Content Films, El Deseo, Le Pacte
Distribué par Le Pacte (France)
Dates de sortie : 21 mai 2026 (Cannes),
Durée : 155 minutes
Photos : @fannyrlphotography