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Le marché de la brique de construction continue de se transformer profondément avec l’explosion du phénomène des kidults, ces adultes passionnés par les objets de collection, le modélisme et les créations décoratives à assembler. Dans ce contexte, JEKCA France entend se démarquer en proposant une approche beaucoup plus technique et durable de la construction en briques grâce à sa célèbre brick-through technology, un système breveté qui transforme chaque modèle en véritable sculpture destinée à être exposée. Entre ambitions internationales, implantation progressive dans les grandes enseignes françaises et volonté de séduire un public toujours plus adulte, la marque poursuit une stratégie particulièrement ambitieuse sur un marché en pleine mutation. À l’occasion de cette interview, nous avons pu échanger avec Xavier Mahieu afin de revenir sur l’histoire de JEKCA, sa vision du marché, ses ambitions pour les années à venir et cette frontière de plus en plus floue entre jouet, objet de décoration et œuvre artistique.
Q : Bonjour, pour commencer, pourriez-vous vous présenter brièvement et nous parler également de la société JEKCA, de son histoire et de sa spécialité ?
Xavier Mahieu : Alors, rapidement, je m'appelle Xavier. On a découvert JEKCA à Hong Kong il y a maintenant 6 ou 7 ans, le temps passe vite, avec Bruce, mon associé on a contacté JEKCA quand on est rentré en France vu que le produit n'était pas distribué ici et on leur a demandé s'ils cherchaient des agents pour le développer et ils nous ont répondu. On a fait connaissance par mail et par chat et visio et donc voilà, on a conclu sur un accord, on a rédigé un contrat d'agent commercial pour la France et voilà comment on est arrivé au lancement de JEKCA en France.
Q : Aujourd’hui, le phénomène des “kidults” explose : à quel moment avez-vous compris chez JEKCA que le marché adulte allait devenir central, et non plus marginal ?
Xavier Mahieu : Ben, c'est quelque chose qui a évolué au fil du temps et qu'on a constaté avec le secteur du jouet. C'est-à-dire que JouéClub nous a dit il y a quelques années qu'ils allaient lancer euh des gammes spécifiques kidultes, des corners kidultes. On a même été contactés par la grande distribution qui cherche aussi à faire dans certains hypers des corners kidultes et souvent au niveau des briques, il y a LEGO qui est un gros faiseur de kidultes et souvent ben les gens cherchent aussi une deuxième marque pour ne pas avoir euh et pensent à nous.
Q : Vous vous positionnez clairement comme une alternative à The LEGO Group : est-ce un positionnement assumé ou plutôt une comparaison imposée par le marché ?
Xavier Mahieu : J'ai envie de dire un peu le marché, c'est souvent dans ce secteur-là qu'on nous place. On nous place souvent dans la catégorie LEGO et comme un concurrent entre guillemets. Bon voilà, LEGO, c'est un géant mondial, on est très loin d'eux mais c'est vrai qu'il y a peu de gens dans le domaine de la brique reconnue et nous on en fait partie avec un concept qui est aussi un peu différent de celui de LEGO.
Q : JEKCA parle de devenir le numéro deux mondial : c’est une ambition réaliste à quel horizon selon vous ?
Xavier Mahieu :Aujourd'hui avec les données qu'on a, c'est-à-dire tous les résultats avec les partenaires professionnels du jouet avec qui on travaille, on est en deuxième position dans le milieu de la brique. On peut se considérer comme en France en tout cas l'acteur numéro 2 dans le milieu de la brique.
Q : Est-ce que vous considérez JEKCA comme une marque de jouet… ou déjà comme une marque de décoration et d’objets d’art ?
Xavier Mahieu : C'est une question compliquée. J'ai envie de vous dire les deux, mon capitaine, mais oui, on est vraiment entre le jouet et la satisfaction d'avoir à la fin un objet tendance et design de la pop culture et en plus un objet qui reste durable dans le sens où ben on n'a pas cette crainte que le chat mette un coup de patte dans le gros LEGO qu'on a, voilà.

Q : La “brick-through technology” change totalement la logique du montage : est-ce que vous avez hésité à aller aussi loin, au risque de perdre le côté jeu ?
Xavier Mahieu : Alors non, je pense pas qu'on perde le côté jeu parce qu'il y a bien voilà, on a le même système que LEGO, c'est-à-dire qu'on suit un plan, on voit la construction de son objet au fil du temps. Et il y a aussi des gens qui s'amusent à monter des JEKCA sans plans et et qui utilisent uniquement les briques de différentes couleurs. On peut commander des briques sur le site et des goupilles euh des couleurs de son choix et il y a des gens qui font des sculptures assez impressionnantes.
Q : Est-ce que cette complexité supplémentaire est volontairement pensée comme un filtre pour un public plus adulte ?
Xavier Mahieu : Alors oui, c'est vrai qu’à partir de 5-6 ans, monter un JEKCA tout seul, il y en a qui le font mais souvent ça permet plutôt d'avoir un accompagnement avec un adulte, ses parents, son père ou sa mère, de passer du temps aussi avec son enfant sur des choses qui vous éloignent de l'écran, qui vous ramènent sur des choses où il faut un petit peu de minutie, qui vous permettent de vous vider l'esprit et d'avoir ce côté satisfaisant. Par exemple, le premier JEKCA que j'ai monté, enfin que j'ai ramené de Hong Kong, je l'ai monté avec ma fille et à l'époque elle devait avoir 11-12 ans et on a fait des sessions le soir, on a passé du temps ensemble. Donc il y a ce côté-là aussi qui est intéressant.
Q : Vos modèles sont conçus pour durer et ne pas être démontés : est-ce que cela change la manière dont vous imaginez vos produits dès la phase de design ?
Xavier Mahieu : Alors, au niveau de la phase de design, oui, on est vraiment sur de la brique. C'est-à-dire que contrairement à LEGO où à un moment il va y avoir des briques complètement spécifiques pour une sculpture, nous on est vraiment des puristes de la brique. C'est-à-dire que toutes les briques que l'on fait ont des tailles et on part de ce principe-là. On ne crée pas des briques uniquement pour un objet final. Et c'est ça qui est vraiment intéressant dans la construction de la brique je trouve. Donc ça laisse le champ libre, le champ des possibles.
Q : Quelle est la plus grande difficulté technique aujourd’hui dans le développement de vos modèles ?
Xavier Mahieu : C'est peut-être ce que je viens de dire, c'est-à-dire le fait de rester,d'avoir une ligne de conduite et de dire : "On est dans la brique, on ne construit pas des briques pour un modèle spécifique." C'est peut-être ça qui est le plus dur pour pouvoir faire des créations euh qui ont un résultat sympa.
Q : Les sculptures animalières sont très présentes dans votre catalogue : pourquoi ce choix fort autour du vivant ?
Xavier Mahieu : Alors, c'est vrai qu'il y a deux points. Le premier point, c'est que tout ce qui est animaux de compagnie ou animaux sauvages c'est quelque chose qui est toujours ancré et qui est toujours un plaisir pour le propriétaire. Par exemple, vous avez un chien, un border collie, ça va vous plaire de faire la sculpture d'un border collie. Vous le voyez sur Insta, il y a énormément de gens qui font des photos avec leur animal ou leur animal fétiche et le JEKCA. Donc c'est une voie qui est intéressante. Et après aussi, c'est un produit, enfin voilà, qui vient de Hong Kong avec quelques licences asiatiques, des Hello Kitty, des choses comme ça. Maintenant, c'est pas complètement dédié pour le marché français. On est en discussion aussi avec eux pour pourquoi pas avoir des licences. Voilà, les licences ont un certain coût aussi. Et dans le monde de la brique, le leader LEGO a quand même bien verrouillé les choses et c'est compliqué de lutter contre.

Q : Est-ce que vous envisagez d’aller plus loin vers des licences (cinéma, jeux vidéo, pop culture) ou souhaitez-vous rester sur des créations originales ?
Xavier Mahieu : Nous, on aimerait vraiment développer, continuer et voilà, c'est l'occasion de faire un appel, c'est-à-dire à tous les créateurs de la pop culture ou des gens qui ont lancé des choses. On a des artistes qui nous ont contactés aussi. Ca peut être intéressant d'utiliser les briques JEKCA pour faire des sculptures. Par exemple, j'ai un chat qu'on a fait avec des briques parce qu'on a des briques de différentes tailles et j'ai fait un chat avec des briques qui font cinq fois la taille normale et le chat fait 1,70 m de haut. Donc voilà, il y a des possibilités de faire des trucs sympas pour des événements. On peut faire des collaborationss. Voilà, moi j'appelle un peu à ça aussi dans le temps, c'est sûr, c'est intéressant.
Q : Vous développez aussi des tableaux en briques : est-ce une manière de toucher un public encore plus large, proche de la décoration intérieure ?
Xavier Mahieu : Les tableaux, c'est vraiment quelque chose de sympa et le rendu est vraiment bien. Moi, j'ai la Joconde dans mon salon et franchement voilà, j'aime beaucoup le rendu. Après, je suis aussi assez passionné par l'art, que ce soit le monde du graffiti ou le monde du street art et on retrouve de la pop en règle générale et voilà, il y a des icônes aussi intéressantes à travailler. Et la Joconde par exemple a été aussi une base pour des artistes pop. On est dans l'icône quoi.
Q : Jusqu’où peut aller la personnalisation chez JEKCA ? Peut-on imaginer du sur-mesure pour les particuliers ou les entreprises ?
Xavier Mahieu : Oui. Alors, le particulier c'est peut-être un petit peu plus compliqué mais oui, pour des événements, pour des artistes, on peut avec nos designers réfléchir à travailler. Voilà, on ne va pas partir dans l'idée de dire : "Vous m'envoyez une photo de votre chien et on vous fait un JEKCA ressemblant", mais voilà, ça ne ce sera pas possible. Mais après, pour certaines collaborationss oui, on peut le faire. Et il y a aussi certains designers freelance qui font des choses sur la base de JEKCA avec des plans aussi de montage.
Q : La France est-elle un marché stratégique pour JEKCA en Europe ?
Xavier Mahieu : Oui, la France, c'est un des plus gros marchés européens. Historiquement, c'est aussi un des premiers. Mais oui, actuellement en Europe, c'est la France qui réalise les meilleures perfs.
Q : Votre présence chez JouéClub, King Jouet ou La Grande Récré montre une vraie implantation physique : est-ce indispensable pour convaincre le public ?
Xavier Mahieu : Oui, je pense que c'est une réassurance importante puis c'est surtout un moyen de faire connaître JEKCA parce qu'on se rend compte que quand les gens découvrent, ils deviennent fans. Mais le plus dur c'est toujours d'arriver à avoir de la notoriété et voilà, on n'a pas le budget marketing de LEGO malheureusement. Donc c'est important de relayer notre marque à travers des structures déjà établies.
Q : Est-ce que le prix plus élevé de vos produits est un frein… ou au contraire un marqueur premium recherché ?
Xavier Mahieu : Alors, en termes de prix, si on fait des comparaisons par rapport à LEGO par exemple ou des tailles ou des poids parce que voilà, on vend aussi une matière première qui a un certain poids. Si on fait une comparaison, on n'est pas plus cher que LEGO. On est même souvent moins cher sur des grosses pièces. On a fait aussi ce qu'on appelle les mini chez nous euh qui sont voilà des sculptures beaucoup plus petites euh et qui sont entre 20 et 30 €. Donc pour que ça reste complètement abordable.

Q : La communauté joue un rôle clé : comment animez-vous concrètement cet écosystème de passionnés ?
Xavier Mahieu : Alors c'est quelque chose qui est dans mes objectifs, d'arriver à fédérer la communauté parce qu'aujourd'hui on a des gens un peu partout. On voit qu'il y a des personnes, ils en sont à 15 ou 20 JEKCA. Arriver à regrouper tout le monde à travers les réseaux, cela est en cours.
Q : Les réseaux sociaux montrent beaucoup de mises en scène et d’expositions : est-ce que JEKCA est en train de créer une nouvelle forme d’expression artistique ?
Xavier Mahieu : pourquoi pas ? En tout cas faire des photos de son animal de compagnie avec une sculpture à côté qu'on a construite soi-même, c'est des choses qui n'existent que chez nous.
Q : Est-ce que vous travaillez avec des créateurs, artistes ou influenceurs pour développer l’image de la marque ?
Xavier Mahieu : Alors pas encore, on commence un petit peu. On a envoyé un premier communiqué de presse, on a eu quelques retours. Voilà, l'idée c'est ça, c'est d'essayer de faire de la presse et de travailler avec des collaborateurs et des partenaires pour faire avancer JEKCA.
Q : Dans 5 ans, comment aimeriez-vous que le public décrive JEKCA en une phrase ?
Xavier Mahieu : Mieux que LEGO..
À travers cet échange, Xavier Mahieu confirme que JEKCA France ne cherche pas simplement à proposer une alternative supplémentaire sur le marché de la brique de construction, mais bien à accompagner l’évolution profonde des attentes des consommateurs adultes. Entre sculptures décoratives, objets de collection et approche plus premium du montage, la marque semble vouloir s’imposer dans un segment hybride situé entre le jouet, le design et l’art contemporain. Avec une présence de plus en plus visible dans les enseignes françaises, une communauté particulièrement active sur les réseaux sociaux et une identité visuelle immédiatement reconnaissable, JEKCA poursuit son développement avec une ambition clairement assumée : devenir un acteur incontournable du marché international de la construction pour adultes dans les années à venir…
Nous tenons à remercier Xavier Mahieu pour nous avois accordé du temps pour répondre à nos questions