
Il régnait une atmosphère particulièrement électrique sur la Croisette le vendredi 15 mai 2026, lorsque Karma a été présenté en avant-première hors compétition lors de la 79e édition du Festival de Cannes. Bien avant le début de la projection au Grand Théâtre Lumière, l’effervescence autour du film avait déjà fait de cette soirée l’un des moments phares du festival. Sous les flashs incessants des photographes rassemblés devant le Palais des Festivals, Guillaume Canet est revenu à Cannes non seulement en tant que réalisateur présentant son neuvième long métrage, mais aussi en tant que cinéaste semblant se réapproprier une partie de son identité cinématographique. Avec Marion Cotillard en tête d’affiche, aux côtés de Léonardo Sbaraglia, Luis Zahera et Denis Ménochet, Karma est immédiatement devenu l’une des premières les plus commentées du festival, mêlant tension psychologique à l’écran et moments de vie profondément émouvants sur le tapis rouge.
Ce qui a immédiatement frappé toutes les personnes présentes sur les célèbres marches de Cannes, c’est le caractère profondément personnel de la soirée. Plutôt que d’opter pour l’élégance froidement chorégraphiée souvent associée aux grandes premières de festival, Guillaume Canet est arrivé entouré de sa famille, créant l’un des moments les plus chaleureux et les plus authentiques du tapis rouge de cette année. Aux côtés de Marion Cotillard, le réalisateur était accompagné de leur fils Marcel, ainsi que de ses parents, Philippe Canet et Marie-Antoinette Canet, transformant l’événement en ce que de nombreux journalistes français ont décrit comme une touchante réunion de famille sous les projecteurs de Cannes. Le symbolisme était impossible à ignorer. Après l’annonce publique de la séparation de Guillaume Canet et Marion Cotillard l’année dernière, après près de deux décennies passées ensemble, les voir réunis pour ce qui est officiellement leur dernière collaboration en tant que couple a donné à la soirée une charge émotionnelle indéniable. À plusieurs reprises pendant la montée des marches, tous deux semblaient visiblement émus, souriant à la foule tout en échangeant quelques mots à l’écart des caméras. Le public rassemblé à l’extérieur du Palais a réagi avec enthousiasme, tandis qu’à l’intérieur du Grand Théâtre Lumière, les applaudissements qui ont suivi la projection auraient duré plusieurs minutes, confirmant que Karma avait fortement marqué les festivaliers.

L’un des sujets de conversation inattendus de la soirée a rapidement été Marcel lui-même. À seulement 15 ans, le fils de Guillaume Canet et Marion Cotillard semble déjà de plus en plus à l’aise dans le monde du cinéma et des apparitions publiques. Après avoir fait ses débuts d’acteur dans le rôle du jeune Astérix dans Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu, réalisé par son père, puis avoir joué à ses côtés dans Ad Vitam de Netflix, Marcel tient désormais un petit rôle dans Karma. De nombreux photographes présents sur la Croisette ont remarqué avec quel naturel il gérait l’attention, suscitant des discussions parmi les médias français quant à savoir si cette apparition à Cannes pourrait marquer le début d’une carrière d’acteur plus sérieuse. Pourtant, au-delà de l’aspect people, ce qui a véritablement marqué la soirée, c’est la sincérité de l’atmosphère qui entourait le film. Cannes excelle souvent dans le spectacle, mais Karma a offert quelque chose de plus rare : la vulnérabilité. Même les habitués du festival ont semblé touchés par l’affection et le respect mutuel toujours visibles entre Guillaume Canet et Marion Cotillard, malgré la fin de leur relation amoureuse.
Sur le plan artistique, Karma marque également un tournant majeur dans la carrière de réalisateur de Guillaume Canet. Depuis l’énorme succès de Ne le dis à personne en 2006, de nombreux critiques avaient estimé que le cinéaste n’avait jamais pleinement retrouvé l’équilibre entre tension, profondeur émotionnelle et précision cinématographique qui avait fait de ce thriller un tel jalon du cinéma de genre français moderne. Alors que des films comme Les Petits Mensonges devenaient des succès de box-office, des projets tels que Les Liens du sang, Rock’n Roll, Lui, et surtout Astérix et Obélix : Le Royaume du Milieu ont divisé tant le public que la critique. Avec Karma, cependant, Guillaume Canet revient directement au thriller psychologique qui a fait sa réputation, et d’après de nombreuses réactions venues de Cannes, il pourrait bien s’agir de son œuvre la plus aboutie depuis près de vingt ans. Le film suit Jeanne, incarnée par Marion Cotillard, une Française expatriée vivant dans le nord de l’Espagne avec Daniel, interprété par Leonardo Sbaraglia. Jeanne semble avoir échappé à un passé tourmenté, mais lorsque son filleul de six ans, Mateo, disparaît mystérieusement, les soupçons se portent rapidement sur elle. Contrainte de fuir, elle retourne dans la communauté religieuse en France où elle est née et qu’elle avait quittée des années plus tôt, tandis que Daniel tente désespérément de prouver son innocence avant que la police ne la rattrape.

Ce qui rend Karma particulièrement captivant, c’est son atmosphère oppressante et son ambition visuelle. La photographie de Benoît Debie, célèbre pour son travail avec Gaspar Noé, confère au film une texture constamment dérangeante, utilisant une faible profondeur de champ, des changements de focale et des compositions envoûtantes pour plonger les spectateurs directement dans l’état psychologique fracturé de Jeanne. Les lieux de tournage catalans, notamment El Port de la Selva et La Selva de Mar, ajoutent à l’histoire une beauté rude et presque suffocante, contrastant avec l’isolement rigide de la communauté religieuse française au cœur du récit. Plusieurs critiques présents à la première ont relevé des échos de Prisoners de Denis Villeneuve, tandis que d’autres ont comparé la tension rurale et l’atmosphère d’enquête du film à l’œuvre du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, notamment grâce à la performance mémorable de Luis Zahera dans le rôle d’un enquêteur de police. Le film trouve un équilibre subtil entre mystère, traumatisme émotionnel et critique sociale sur la manipulation au sein des milieux sectaires, même si certains observateurs ont souligné que la représentation du comportement sectaire s’appuie parfois sur des conventions de genre familières.
Lors d’entretiens organisés le lendemain à Cannes, Guillaume Canet s’est exprimé ouvertement sur les origines du projet. Visiblement épuisé après l’intensité émotionnelle de la première, le réalisateur a admis que Cannes apportait « beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de pression ». Il a expliqué que l’idée de Karma lui était venue après avoir rencontré au Portugal, il y a plusieurs années, une personne qui s’était échappée d’une secte. Ce témoignage l’avait profondément marqué et l’avait poussé à mener des recherches approfondies aux côtés du co-scénariste Simon Jacquet. Selon Guillaume Canet, ils ont étudié des rapports d’enquête, regardé des documentaires et même assisté discrètement, sous une fausse identité, à un procès lié à une secte afin de mieux comprendre les mécanismes psychologiques de la manipulation et du contrôle. Les thèmes centraux du film — isolement émotionnel, exploitation de la vulnérabilité personnelle, destruction des liens familiaux et obéissance spirituelle aveugle — trouvent tous leur origine dans des témoignages réels et des cas documentés. Ce réalisme confère au film une crédibilité troublante sous son apparence de thriller, notamment grâce à la performance terrifiante de Denis Ménochet dans le rôle de Marc, le chef autoritaire de la communauté religieuse.

Une grande partie des éloges qui ont suivi la première à Cannes a également porté sur la performance de Marion Cotillard, que de nombreux critiques ont décrite comme l’un de ses rôles les plus bruts et les plus exposés émotionnellement depuis des années. Jeanne est dépeinte comme à la fois profondément fragile et farouchement résiliente, portant des cicatrices physiques et émotionnelles visibles tout au long de l’histoire. Une photo promotionnelle publiée quelques mois plus tôt laissait déjà entrevoir la noirceur du rôle, montrant Marion Cotillard meurtrie et seule dans un couloir faiblement éclairé, mais sa performance dans son ensemble irait bien au-delà des simples archétypes du thriller. À ses côtés, Léonardo Sbaraglia apporte chaleur émotionnelle et détermination, tandis que Denis Ménochet domine chaque scène où il apparaît avec un calme presque hypnotique qui devient peu à peu terrifiant. Le résultat est un film qui allie suspense psychologique et drame humain intime d’une manière que le cinéma grand public français tente rarement à cette échelle.
Produit par Iconoclast, Caneo Films, Pathé et M6 Films, monté par Laure Gardette et accompagné d’une bande originale de Yodelice, Karma s’impose désormais comme l’un des grands événements cinématographiques français prévus pour l’automne 2026, avant sa sortie en salles le 21 octobre. Mais au-delà des attentes de l’industrie et des réactions de la critique, ce qui restera sans doute dans les mémoires de Cannes, c’est l’extraordinaire résonance émotionnelle de cette soirée de première. Dans un festival souvent dominé par un glamour calculé et un spectacle promotionnel, Karma a offert quelque chose d’étonnamment sincère : l’image d’un cinéaste revenant au genre qui l’a défini à ses débuts, entouré de sa famille, d’un ancien amour, de ses collaborateurs et d’un public visiblement prêt à croire à nouveau en lui.
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Synopsis :
Dans un village du nord de l’Espagne, Jeanne tente de reconstruire sa vie avec Daniel, qui ignore tout de son passé tourmenté. Un jour, Mateo, le filleul de Jeanne âgé de six ans, disparaît mystérieusement… Pour échapper à la police, qui la soupçonne rapidement, Jeanne s’enfuit en France, dans la communauté où elle est née et qu’elle avait quittée quelques années plus tôt. Daniel ne croit pas que la femme qu’il aime soit coupable et fera tout ce qui est en son pouvoir pour la retrouver avant la police.
Karma
Réalisé par Guillaume Canet
Écrit par Guillaume Canet, Simon Jacquet
Avec Marion Cotillard, Leonardo Sbaraglia, Luis Zahera, Denis Ménochet
Direction de la photographie : Benoît Debie
Montage : Laure Gardette
Musique : Yodelice
Sociétés de production : Iconoclast, Caneo Films, Pathé, M6 Films
Distribué par Pathé (France)
Dates de sortie : 15 mai 2026 (Cannes), 21 octobre 2026 (France)
Durée : 149 minutes
Photos : @fannyrlphotography